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Approche et contenu

Objectif

L’objectif de cet ouvrage est d’analyser de façon détaillée les mécanismes grammaticaux du français tels qu’ils se présentent à l’apprenant finnophone de français, et de fournir à celui-ci des outils théoriques per­mettant de comprendre — et, le cas échéant, de faire comprendre à des élèves — des règles souvent aussi complexes que fondamentales. Cet ouvrage a été conçu pour servir de sup­port d’enseignement de la grammaire à un public d’étudiants de français au niveau universitaire. Le contenu est utilisé concrètement pour l’enseignement présenciel et il est constamment mis à jour. Il pourra aussi être utile aux étudiants devenus enseignants de français.

Un guide de référence pour étudiants avancés…

Cette grammaire a également été conçue pour servir de référence aux étudiants de niveau avancé (li­cen­ce, master ou +), par exemple dans la recherche portant sur l’apprentissage du français ou sur toute au­tre question impliquant une perspective contrastive ou comparative français-finnois. Elle s’efforce d’ana­lyser de façon détaillée des phénomènes dont les étudiants n’ont en général qu’une perception confuse ou intuitive, ou qu’ils ne parviennent à identifier que par recoupement de règles diverses épar­pillées dans les manuels. Comme on s’en doute, les meilleures grammaires de français n’apportent pas toujours de ré­pon­se aux problèmes particuliers des apprenants finnophones. Ou bien ces réponses se trouvent dis­sé­minées dans des monographies ou des articles difficilement accessibles. C’est ce manque, qui se fait sentir cons­tam­ment dans la direction des jeunes chercheurs, que cette grammaire tente également de combler.

Dans cette même perspective, la Grammaire du français langue étrangère pour étudiants fin­no­pho­nes a également été conçue pour servir de guide de référence pour l’expression écrite. De nombreuses re­mar­ques et FAQ permettent au rédacteur finnophone de savoir ce qu’on peut dire en français et quelles sont les tournures calquées sur le finnois qu’il faut éviter. Certaines formes erronées font l’objet d’une entrée dans l’index, pour que les explications les concernant puissent être retrouvées plus facilement.

Une grammaire en contexte

Cette grammaire s’adresse à des utilisateurs dont la langue première est le finnois et présente et analyse les règles et les problèmes avant tout sous l’angle du finnois. Le lecteur ne doit pas s’étonner que nombre de points soient présentés d’une façon qui diffère parfois grandement de la tradition de l’enseignement du français, qu’il soit FLE ou gé­né­raliste. L’élaboration des grammaires FLE conçues par des au­teurs francophones connaissant la langue de départ des apprenants auxquels elles s’adres­sent (autrement dit des grammaires élaborées dans ou pre­nant en compte le contexte linguistique différent) offre souvent des éclairages inédits sur la grammaire du français en tant que telle. Les auteurs sont presque toujours amenés à adapter des règles présentées dans les gram­mai­res « made in France » (ou conçues dans le pays où ils enseignent par des auteurs non francophones) pour les rendre compréhensibles et exploitables par leur public spécifique.

Ce travail de contextualisation peut accessoirement mettre en lumière des phénomènes que les gram­mai­res passent sous silence ou traitent de façon très sommaire, soit qu’ils ne posent pas de pro­blèmes aux locuteurs francophones dit natifs, soit que ces problèmes soient négligés par la tradition pédagogique (voir à ce sujet le programme du GRAC). La contextualisation peut ainsi permettre dans certains cas d’améliorer la des­crip­tion du français en général, ou tout au moins de présenter des règles qui soient plus opératoires que celles de la tradition scolaire. Sous cet aspect, cette grammaire pour finnophones s’adresse aussi à un public plus large et peut intéresser des uti­li­sa­teurs autres que finnophones, et, en de nombreux endroits, il est fait référence expressément aux pro­blèmes rencontrés par exemple par des hispanophones, des ita­lo­phones ou des russophones.

Surexplication et sous-explication…

Certains points, quand ils posent de grandes difficultés aux finnophones, font l’objet de très longs développements (surexplication), tandis que d’autres, sur lesquels le finnois et le français ne divergent guère, sont traités de façon sommaire. Malgré les apparences, cette grammaire a donc une approche « utilitariste », non exhaustive, et n’a pas pour ob­jec­tif de se substituer à des des­crip­tions complètes de la grammaire française telles que la Grammaire méthodique du français ou Le bon usage, auxquels il est fait des renvois et auxquels on peut se reporter pour plus de détails. Du reste, il est également fait appel fréquemment à l’excellente grammaire du fin­nois VISK disponible gratuitement en ligne, dans laquelle les utilisateurs finnophones trouveront d’a­bon­dants compléments d’infor­ma­tion. Par conséquent, malgré de longs dé­ve­lop­pe­ments dans certains cas, certains problèmes ont été présentés de façon simplifiée, pour éviter de tomber dans une description lin­guis­ti­que trop détaillée, qui n’est pas la vocation première de cet ouvrage et qui en rendrait difficile l’utilisation par le public auquel il est destiné. L’auteur reconnait volontiers et assume le fait que par en­droit cette ligne de conduite n’a pas toujours été observée et qu’il y a parfois un certain déséquilibre en­tre le niveau de détail des ex­pli­ca­tions d’un chapitre par rapport à un autre.

Le problème de la norme

Tout autant qu’un recueil de règles de grammaire, cet ouvrage est aussi une description com­men­tée de la grammaire du français d’aujourd’hui dans toute sa variété, vue par un apprenant de français langue étran­gère. Le français moderne se présente à celui-ci comme un « mag­ma » de règles et de contre-règles, de préceptes divers observés ou non observés, qui rendent parfois ex­trê­me­ment difficile le déchiffrement des faits de langue, que ce soit dans la pratique de la langue ou dans les manuels. Une grande place a ainsi été accordée à la langue parlée et aux problèmes de la norme : que disent les grammaires ? Que disent les usagers ? Que doit-on dire ? Qui croire ? Quoi en­sei­gner ?

Ce problème de la norme linguistique, ressenti de façon « épidermique » (si on nous permet ce terme) par les puristes et autres donneurs de leçons souvent moins informés qu’ils ne le pensent, se pose à l’en­sei­gnant de FLE en termes purement pratiques : l’apprenant lit dans tel manuel qu’il existe telle règle qu’il est prié d’apprendre et d’appliquer. Pour constater ensuite sur le terrain (ce terrain étant souvent au­jour­d’hui Internet, toujours à portée du doigt) que la règle n’est pas appliquée. Les raisons pour les­quel­les elle ne l’est pas sont nombreuses : cas par­ti­cu­lier non mentionné dans le manuel ou dans l’en­sei­gne­ment (le fran­çais abonde en exceptions d’exceptions), inadvertance ou ignorance de la part de l’usager franco­pho­ne, niveau de langue, âge du texte (ou de son auteur) etc. L’apprenant FLE a rarement les moyens de maitriser tous ces paramètres dès le début de son apprentissage – de nombreux fran­co­pho­nes eux-mêmes ne les mai­trisent pas tous, même après bien des années de pratique. Les apprenants FLE s’imaginent que tout « locuteur natif » de français est une référence en matière de langue, affirmation que même les en­sei­gnants fran­co­pho­nes les moins sensibilisés à la variation linguistique ne se risqueraient pas à faire leur.

De nombreuses règles présentées dans cette grammaire sont donc accompagnées de re­mar­ques (parfois signalées en marge avec la men­tion FLE) sur les divergences par rapport à la « règle » que l’apprenant a de fortes chances de ren­con­trer soit sur le terrain dans un pays francophone, soit, plus probablement, sur Internet. Ces remarques sont des constatations d’ordre linguistique sans jugement de valeur, des­ti­nées à guider l’apprenant fin­no­pho­ne. Si l’on y indique que telle ou telle forme est à préférer ou à pros­cri­re, ce n’est pas une manière de s’ériger en censeur, prétention que l’auteur n’a absolument pas (mais qu’il sait que des lecteurs peu in­formés ou n’ayant pas pris la peine de lire tous les passages connexes lui prêteront mal­gré tout), mais parce qu’il faut bien donner des repères aux étudiants de français langue étrangère. Inversement, ces indications ne sont pas davantage une invitation au laisser-faire et à l’in­curie : la plupart des règles que l’apprenant FLE a apprises avec peine, et qu’il voit « ba­fouées » (pour reprendre un terme qu’af­fec­tion­nent les correcteurs amateurs dans les forums de discussion) dans la réalité, restent bel et bien vraies et applicables dans la lan­gue soignée et notamment dans l’expression écrite, comme il est souvent souligné au point concerné.

La vocation utilitaire de cette grammaire explique également la présence de nombreuses re­com­man­da­tions ou mises en garde concernant l’expression écrite et les erreurs à éviter destinées ex­pres­sé­ment aux apprenants finnophones (de même que l’annexe Expression française), qui, du reste, ne sont peut-être pas toutes dénuées d’intérêt pour l’uti­li­sa­teur non finnophone.

Structure et plan

Le plan reflète encore en partie l’approche progressive du cours de grammaire à partir duquel les versions précédentes ont évolué (voir Évolution et mises à jour). Le plan général de cette grammaire obéit avant tout à des considérations pratiques : il s’agit de pouvoir saisir d’un coup d’œil sur une même page (de ta­blet­te, par exemple) l’es­sen­tiel du contenu, re­grou­pé selon une logique facilement re­con­nais­sa­ble. Cette logique est forcément subjective et diffère probablement d’un utilisateur à l’autre (pour trouver un point particulier, il vaut donc mieux se référer directement à l’index que de chercher dans les tables des matières des chapitres et sous-chapitres). Aucun plan ne saurait jamais satisfaire tout le monde. Ce plan est donc par essence arbitraire et ne se veut pas meilleur qu’un autre : il n’a absolument pas la prétention (ni la fonction) de proposer un modèle théorique définitif des grandes divisions (et de leur ordre respectif) que devrait adopter une description linguistique du français. C’est pour cette raison, entre autres, que la numérotation des grandes sections et des chapitres a été supprimée à partir de la version 1.5. : elle établissait une hiérarchie visuelle qui n’a pas lieu d’être, tous les points étant importants dans tel ou tel contexte.

Prononciation. La bonne compréhension ou la bonne application des règles de grammaire sont souvent tributaires d’une bonne connaissance de la prononciation et vice-versa. Il est donc fait en divers endroits des renvois au manuel de phonétique et prononciation en ligne du même auteur (Phonétique et prononciation du français pour apprenants finnophones), lorsque ce manuel fournit commodément des explications ou des exem­ples com­plémentaires.

À noter

  1. Cet ouvrage étant destiné à des utilisateurs ayant déjà de bonnes connaissances de base, on n’a donné la traduction en finnois des exemples français que quand on l’estimait nécessaire à la dé­mons­tration ou pour garantir la bonne interprétation de telle ou telle structure.
  2. Orthographe : le texte applique les règles de la nouvelle orthographe. Voir p. 585. Dans certains exemples tirés d’auteurs littéraires, on a maintenu l’orthographe d’origine.
  3. Le terme de francophone désigne dans le texte les locuteurs dont le français est la langue pre­mière (essentiellement France, Belgique, Suisse, Canada, etc.) et non pas les membres de la « Fran­co­phonie » au sens large du terme.
Jean-Michel Kalmbach  

Jean-Michel Kalmbach est maitre de conférences et docent en linguistique appliquée de l’université de Jyväskylä. Il est titulaire d’un doctorat (filosofian tohtori, PhD) de l’université de Jyväskylä, d’une maitrise de lettres classiques (langue et littérature françaises, latin, grec) de l’université de Strasbourg, et d’un diplôme de l’INALCO (majeure en hongrois et mineure en finnois). Spécialiste au départ de grammaire comparée des langues indo-européennes (études de sanscrit et de hittite), il s’est in­té­res­sé aussi aux lan­gues finno-ou­griennes et à la typologie des langues.

Il enseigne le français à l’institut des langues modernes et classiques de l’université de Jyväskylä depuis 1980. Après avoir enseigné des matières allant de la littérature du XVIIe siècle à la linguistique générale, il s’est spécialisé depuis les vingt dernières années dans l’en­sei­gne­ment de la grammaire et de la pro­non­cia­tion, pour lesquelles il a conçu plusieurs ouvrages. Il a aussi enseigné le grec classique à l’uni­ver­si­té de Jyväskylä de 2000 à 2004. Ses activités en matière d’étude de la grammaire et des grammaires FLE l’ont amené à re­joindre en 2011 le groupe de re­cher­che Grammaire et con­tex­tua­li­sa­tion (GRAC), rattaché à l’unité de re­cher­che Didactique des langues, des textes et des cultures (DILTEC) de l’université Paris III (Sorbonne-Nouvelle).

Jean-Michel Kalmbach a également une longue expérience de traducteur, dans les domaines les plus va­riés (passage au Parlement européen comme traducteur en janvier-juillet 1995). En outre, il est l’au­teur de plusieurs dictionnaires finnois-français et français-finnois.

Ces activités d’enseignement, de traduc­tion et de lexicographie lui ont permis d’acquérir une bonne con­nais­san­ce des différences entre le finnois et le français et des problèmes auxquels sont confrontés les apprenants finnophones de français et leurs homologues francophones étudiant le finnois. La pratique de nombreuses lan­gues étrangères et l’appren­tis­sage conti­nuel de nouvelles langues lui permettent de se placer dans la perspective de l’apprenant de langue étran­gère et de mieux prendre en compte ses besoins et ses interrogations. Il est chargé actuellement (2017) de la coordination de la Grammaire actuelle et contextualisée du français publiée par la La Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) et la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF).