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15. Le féminin des noms à référent animé : emploi d’un suffixe féminin

1. Généralités

Dans la majorité des cas, le féminin est marqué par l’ajout d’un suffixe féminin à la forme du masculin, en général la lettre e. Normalement, cet e ne s’entend jamais. Souvent, la forme du féminin se pro­non­ce exac­te­ment comme celle du masculin. Dans ce cas-là, on peut donc dire que pho­né­tiquement le mas­culin et le féminin sont épicènes (p. 14 §3b).

Dans d’autres cas, quand le nom est terminé par une consonne, l’e du féminin ne s’entend pas, mais le fait d’ajouter cet e « réveille » la consonne finale, qui est alors prononcée et s’entend. Ces cas pro­vo­quent sou­vent des erreurs chez les finnophones, qui ont tendance à prononcer de façon erronée la consonne au mas­culin aussi (client prononcé de façon erronée avec t final [kliɑ̃t]). Dans d’autres cas, enfin, l’ajout d’un e entraine aussi d’autres transformations pho­né­ti­ques (aperture de la voyelle, dé­na­sa­lisation etc.). Dans les pages qui suivent, l’ordre de présentation des règles concernant la formation du féminin des noms tient donc compte des aspects phonétiques.

2. Ajout d’un e sans changement phonétique

Quand le nom est terminé par une voyelle, à l’écrit, on forme le féminin en ajoutant simplement un e. La pro­nonciation ne change pas. C’est également le cas quand le nom est terminé par un l :

un ami → une amie, un accusé → une accusée, un inconnu → une inconnue
un amiral → une amirale, un Occidental → une Occidentale, un Espagnol → une Espagnole, un Mongol → une Mongole

Dans les mots terminés par el, au féminin il y a redoublement du l dans la graphie, mais la pro­non­cia­tion ne change pas :

un criminel → une criminelle, un colonel → une colonelle

3. Ajout d’un e et prononciation de la consonne finale

Dans les noms terminés par d, t ou s, la consonne finale ne se prononce pas au masculin (il y a bien sûr des exceptions). Au féminin, on ajoute un e, qui ne s’entend pas, mais qui entraine la prononciation de la con­sonne finale qui était muette au masculin. Les finnophones doivent faire particulièrement attention aux mots terminés par d ou t, dont certains ont tendance à prononcer la consonne finale au masculin (voir phonétique p. 111a), ce qui équivaut à une faute de gram­mai­re ; si on pro­non­ce le mar­chand en disant [ləmaʀʃɑ̃d], on associe un déterminant masculin avec un nom féminin (*le mar­chan­de) :

un marchand → une marchande, un campagnard → une campagnarde
un bourgeois → une bourgeoise, un Portugais → une Portugaise
un client → une cliente, un étudiant → une étudiante
un rat →une rate. Exception : un chat → une chatte

4. Ajout d’un e et dénasalisation de la voyelle finale

Les mots terminés par une voyelle nasale forment leur féminin par l’ajout d’e, qui ne s’entend pas lui-même, mais la voyelle finale se dénasalise et le n se prononce (phonétique p. 142). Dans les mots ter­mi­nés par -an et -in, on ajoute simplement un e, dans les mots terminés par -en/-ien ou -on/-ion, on ajoute un e et on redouble le n :

Simple ajout d’un e :

-an : un courtisan → une courtisane, un partisan → une partisane
Exception : un paysan → une paysanne
-in : un voisin → une voisine, un coquin → une coquine, un cousin → une cousine

Avec redoublement du n :

-(i)en : un pharmacien → une pharmacienne, un chien → une chienne, un lycéen → une lycéenne
-(i)on : un lion → une lionne, un patron → une patronne, un espion → une espionne

5. Ajout d’un e et et modification de l’aperture de la voyelle

Les mots terminés par er (prononcé [e]) forment leur féminin en -ère, autrement dit on ajoute un e, le [e] fermé devient [ɛ] ouvert et le r, non prononcé au masculin, se prononce. Tous ces changements, qui sem­blent évidents aux francophones, posent de nombreuses difficultés aux finnophones, qui ont tendance à prononcer le masculin avec [ɛʀ], ce qui revient de nouveau, comme dans le cas mentionné au §3, à faire une faute de grammaire (emploi d’un article er­ro­né, voir phonétique p. 111b et p. 136, ainsi que p. 135 ex. 7). En effet, à l’oral, la suite [ləbuʃɛʀ] est interprétée comme *le bouchère (forme correcte : le boucher ou la bouchère) :

un passager → une passagère, un boucher → une bouchère, un cuisinier → une cuisinière

6. Suffixe particulier au féminin

Un certain nombre de noms ont un suffixe particulier au féminin. Le suffixe -eur devient -euse, le suffixe d’agent -teur devient -trice. Quelques mots, d’un nombre limité, forment leur féminin en -esse. Les adjectifs nominalisés terminés en -if forment leur pluriel en -ive.

Les noms en terminés en -teur posent un problème à l’apprenant FLE, car ils peuvent correspondre soit à un nom terminé par un suffixe d’agent en -teur (lirelecteur, agiracteur, etc.), dont le féminin est -trice (lecteur/lectrice, acteur/actrice etc.), soit à un nom avec un radical en -t terminé par le suffixe -eur (chant-erchant-eur), dont le féminin est en -euse (chanteur/ chan­teu­se). Une certaine hésitation règne par­fois dans ce domaine chez les francophones eux-mêmes, mais pour l’apprenant FLE, la seule solu­tion est de retenir ces cas par cœur.

-eur -euse joueur → joueuse, nageur → nageuse, danseur → danseuse
chanteur (radical chant- et suffixe -eur) → chanteuse
menteur (radical ment- et suffixe -eur) → menteuse
-teur -trice acteur (rad. ag- et suffixe teur) → actrice
lecteur (radical leg- et suffixe  teur) → lectrice
collaborateur (radical collabora- et suffixe -teur) → collaboratrice
-e -esse prince → princesse, comte → comtesse, Suisse → Suissesse, hôte → hôtesse
maitre → maitresse, âne → ânesse, tigre → tigresse
-if -ive un sportif → une sportive
un actif → une active

7. Radical différent au féminin

Le féminin de certains noms se forme sur un radical différent de celui du masculin :

duc → duchesse, dieu → déesse, héros → héroïne
empereur → impératrice, ambassadeur → ambassadrice

Voir les règles de féminisation des noms de profession sur le site ATILF.