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35. L’adjectif qualifiant un indéfini ou un neutre

1. Règle générale

Quand l’adjectif qualifie un indéfini, il est obligatoirement précédé de la préposition de. Le cas le plus ty­pi­que est celui où l’adjectif qualifie un pronom indéfini comme quelqu’un, personne etc :

J’ai rencontré quelqu’un de très gentil.
Tu as rencontré quelqu’un de connu ?
Pierre est quelqu’un de bien. Pierre on mukava ihminen. [bien = adjectif dans langue parlée, finnois kunnon, mukava]
Il n’y avait personne d’intéressant à ce débat.
J’ai envie de manger quelque chose de sucré.
Il n’a rien appris de nouveau.
Alors, quelles sont les nouvelles ? – Rien de neuf.
Parmi les disques que j’ai achetés, il y en a quelques-uns de très beaux.
Dans les modes d’emploi d’appareils électroménagers étrangers, il y en a certains d’assez difficiles à comprendre.
Il a cherché des exemples, mais n’en a trouvé aucun de bon.
Il prétendait qu’il n’avait rien fait de mal.
Tu veux un billet pour le concert? Il m’en reste un de trop.
Je ne sais pas si vous trouverez une place dans la salle, il n’en reste que deux de libres.
C’est un réel plaisir de discuter avec quelqu’un de si cultivé.
Je veux quelque chose de concret.
J’ai encore autre chose d’important à régler.

Dans la langue courante (familière), le groupe quelque chose de + adjectif peut aussi être remplacé par un adjectif introduit par un article massif (voir p. 55 §3) :

je veux quelque chose de neuf → je veux du neuf

2. Une autre chose vs autre chose

Ne pas confondre le groupe nominal une autre chose et le pronom neutre autre chose (voir p. 329). Si autre chose est un nom et qu’on y ajoute un adjectif, on n’utilise évidemment pas la préposition de. Com­pa­rer :

Je voudrais ajouter encore une autre chose importante.
Haluaisin lisätä vielä muun tärkeän seikan.
Je voudrais ajouter encore autre chose d’important.
Haluaisin lisätä vielä jotain muuta tärkeää.

L’erreur courante chez les finnophones est de mêler les deux constructions et de dire :

*Je veux ajouter encore autre chose importante.

Cette phrase est agrammaticale : autre chose est un pronom, et neutre, l’adjectif ne peut donc pas s’ac­cor­der au féminin.

3. Pronom interrogatif

Le pronom interrogatif est aussi un pronom indéfini et l’adjectif qui le qualifie est précédé de la pré­po­si­tion de :

Alors, quoi de neuf ?
Quoi de plus beau que cette symphonie ?
Qu’y a-t-il de vraiment nouveau dans cette théorie ?
Qu’est-ce qu’il y a de particulier dans ce système d’épuration d’eau ?

4. Pronom démonstratif neutre

La même règle s’applique quand l’adjectif qualifie un pronom démonstratif neutre (ceci/cela) com­plé­ment d’objet direct, dans un type de construction cataphorique assez fréquente :

L’histoire a ceci de particulier qu’elle se répète.
Les verbes du 3e groupe irréguliers ont ceci d’irrégulier qu’ils ont souvent plus de deux radicaux, ou seulement un seul radical.
Ce nouveau concept a ceci de révolutionnaire que, pour la première fois, les chercheurs ont réussi à rendre opérationnelle une éolienne sans mât.
Notre vision a ceci de bizarre que lorsqu’on regarde en face de soi, les côtés sont flous.
En rapprochant les deux dates extrêmes, 1790 et 1886, on constate ceci de particulier que les chiffres sont sensiblement les mêmes.
J’ai trouvé ceci de très amusant dans un blog : une recette de glace au mämmi.

Cette construction a une variante pseudo-clivée (p. 517 et p. 622), plus courante, dans laquelle le pronom est à la forme courte ce. Dans ce cas-là, c’est à proprement parler le pronom relatif que qui est neutre et qui entraine l’utilisation de la préposition de :

Ce qu’il y a de particulier avec l’histoire, c’est qu’elle se répète.
Ce qu’il y a d’irrégulier dans les verbes du 3e groupe irréguliers, c’est qu’ils ont souvent plus de deux radicaux, ou seulement un seul radical.
Ce qu’il y a de révolutionnaire dans ce nouveau concept, c’est que pour la première fois, les chercheurs ont réussi à rendre opérationnelle une éolienne sans mât.
Ce qu’il y a de bizarre dans notre vision, c’est que quand regarde en face de soi, les côtés sont flous.
Ce qu’on constate de particulier en rapprochant les deux dates extrêmes, 1790 et 1886, c’est que les chiffres sont sensiblement les mêmes.

Cas particulier de ne... que...

Dans la construction ne … que, l’adjectif peut qualifier le groupe introduit par que et dans ce cas il est aus­si précédé de la préposition de. En effet, ce groupe introduit par que... forme une sorte de pro­po­si­tion, et les propositions ont une valeur référentielle indéfinie neutre (une proposition est reprise par un pronom neu­tre cela ou le, voir p. 277) :

Le thème, d’une simplicité éternelle, n’a de spécial qu’une pureté anachronique.
Attention, cette voiture n’a de nouveau que le nom.
Dans un grand nombre de cas, des conjugaisons qui semblent irrégulières (comme dormir, battre etc.) n’ont d’irrégulier que les formes du singulier du présent de l’indicatif.
Les restos en profitent pour nous refiler un menu « spécial » qui n’a de spécial que le prix.
Ce « traité » n’a de nouveau que les apparences : en réalité c’est un clone du Traité constitutionnel européen.

Cette construction peut être d’un emploi délicat pour l’apprenant. Elle peut être paraphrasée avec l’ad­jec­tif seul :

La seule chose spéciale dans ce thème, d’une simplicité éternelle, c’est une pureté anachronique.
Attention, la seule chose nouvelle, dans cette voiture, c’est le nom.
La seule chose irrégulière dans nombre des conjugaisons qui semblent irrégulières (comme dormir, battre, etc.), ce sont les formes du singulier du présent de l’indicatif.

On utilise aussi de pour les mêmes raisons après un pronom indéfini lié au pronom en (voir p. 265).