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40. Les constructions adjectif à infinitif

1. Analyse de la construction

La construction adjectif à infinitif est assez particulière, car l’adjectif forme un groupe sémantique avec l’in­fi­ni­tif. Dans une phrase comme la suivante :

Ce film est trop long à expliquer.

ce n’est pas le film qui est long (ce film est trop long), mais l’explication. Autrement dit, le nom (n) qui est le sujet du verbe est aussi sémantiquement l’objet direct de l’infinitif (lequel est formellement le com­plé­ment de l’adjectif attribut du sujet). Cette structure cache ainsi une construction infinitive, qui contient un verbe transitif direct :

Ce livre est facile à lire = Lire ce livre est facile. / Il est facile de lire ce livre.

Autres exemples de ce type :

J’ai trouvé une nouvelle règle très simple à comprendre.
C’est un pantalon impossible à repasser.
Ce dispositif est compliqué à mettre en place.
Ceci peut sembler stupide à dire, mais je le trouve adorable.
Cette vérité est dure à admettre.
Le film est trop long à raconter.
Cette particularité est facile à retenir
Le verbe conclure semble presque « trop » facile à conjuguer.
C’est pas si évident à comprendre.
La décision qui a été prise est évidemment facile à critiquer, mais elle était indispensable.
Arnaud a été dur à convaincre, mais j’y ai mis toute ma force de persuasion et il a fini par accepter. 
Le climat norvégien : ça peut être dur à vivre [titre de journal].

Bon à savoir pour les apprenants de FLE...

Pour qu’un verbe puisse être utilisé dans une construction adjectif à infinitif, il faut donc qu’il soit transi­tif direct. On ne peut donc pas utiliser n’importe quel verbe dans cette construction. Les exemples suivants, qui ont été trouvés sur Internet, sont agrammaticaux, parce que le verbe à l’infinitif n’est pas transitif direct, et ils montrent que la règle est difficile à comprendre même pour les francophones :

*Ces instructions ne sont pas difficiles à se souvenir. [agrammatical, car le verbe est se souvenir de]
*Ce virus est difficile à se débarrasser. [agrammatical, car le verbe est se débarrasser de]
*Mais mon blog n’est pas compliqué à se servir. [agrammatical, car le verbe est se servir de]

2. Interprétation sémantique

Les constructions adjectif à infinitif ne peuvent cependant pas toujours être transformées en une infinitive :

C’est un spectacle horrible à regarder. → Regarder ce spectacle est horrible.
Mais :
? Il est horrible de regarder ce spectacle.

En effet, les constructions avec sujet apparent il est adjectif + complétive/infinitive ne peuvent pas être uti­li­sées avec tous les adjectifs. On dit assez peu volontiers

? Il est/c’est compliqué de comprendre cette théorie.

parce que la complexité réside moins dans le processus de compréhension que dans la théorie elle-même (qui est en quelque sorte compliquée par essence, par nature). L’avantage de la construction n (est) ad­jec­tif à verbe est justement de reporter le processus verbal sur le nom seul, comme si c’était une carac­té­ris­tique intrinsèque du nom :

Cette théorie est compliquée à comprendre.
Ce pantalon est facile à repasser.
Ce livre est facile à lire.

De même, présentée telle quelle, sans précision supplémentaire, la phrase

Il est facile de trouver cette route.

parait légèrement étrange parce que la « facilité » est posée comme une vérité générale et n’est pas rat­ta­chée à des causes ou des circonstances particulières. Elle serait plus naturelle par exemple avec un com­plé­ment quelconque :

Il est facile de trouver cette route, même quand il fait nuit.

Cette difficulté disparait avec la construction adjectif à infinitif :

Cette route est facile à trouver.

3. Constructions équivalentes en finnois

En finnois, on trouve des constructions similaires, mais dans lesquelles il n’y a aucune pré­po­si­tion ou autre mot de liaison rattachant l’adjectif à l’infinitif :

Erityisesti pikavipit ovat presidentin mukaan helppoja saada, mutta monelle vaikeita maksaa takaisin.
Suosituimmat hääpäivämäärät ovat helppoja muistaa.

Mais on peut dire qu’il n’y a pas véritablement de construction équivalente. Le finnois préfère nettement les constructions infinitives inversées :

Sitä yrittäjäpariskunnan surua oli aivan hirveä katsoa.

Dans certains cas, l’ordre des mots permet d’obtenir le même effet, mais ce n’est pas le cas avec tous les ad­jec­tifs :

Tämä kirja on helppo lukea. Ce livre est facile à lire.
On helppo lukea tämä kirja. Il est facile de lire ce livre.
Tämä tie on helppo löytää. Cette route est facile à trouver.

Souvent, la construction adjectif à verbe équivaut en finnois à un adjectif (a, b, c), mais la plu­part du temps, il faut utiliser des constructions tout à fait différentes (d) :

(a) facile à lire helppolukuinen
(b) difficile à comprendre vaikeaselkoinen
(c) facile à entretenir helppohoitoinen
(d) Ce pont a été long à construire. Sillan rakentaminen kesti kauan.

4. Un seul adjectif possible

En français on ne peut pas faire dépendre un infinitif introduit par à de plusieurs adjectifs à la fois. Si on veut rendre le finnois (e), on ne peut pas traduire la phrase mot à mot (f)  :

(e) Laite on nopea ja helppo ottaa käyttöön.
(f) L’appareil est rapide et facile à installer.
(g) = Laite on nopea ja se on helppo ottaa käyttöön.

La phrase (f) serait grammaticale, mais elle aurait un autre sens (g). On pourra donc traduire la phase par exemple de la manière suivante :

Laite on nopea ja helppo ottaa käyttöön.
L’appareil est d’une installation rapide et facile.

Dans les autres langues romanes...

La construction nom est adjectif à verbetrans est également très fréquente en italien, et elle existe aussi en espagnol. En italien, la préposition introduisant l’infinitif est da, en espagnol de (p. 467 §3) :

Cette route est très facile à trouver.
Questa strada è molto facile da trovare.
Esta carretera es muy fácil de encontrar.

En espagnol, cette construction est cependant d’un emploi nettement moins fréquent qu’en français et limitée à certains types d’adjectifs.