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45. L’article indéfini

1. Variété des formes

L’article indéfini a plusieurs formes différentes, qu’on appelle des allomorphes. Elles dépendent de fac­teurs divers :

Cette variété morphologique est très déroutante pour les apprenants débutants et provoque de nom­breu­ses erreurs. Pourtant, il est essentiel de bien maitriser ces différentes formes pour pouvoir former des phra­ses correctes, aussi bien que pour pouvoir interpréter le sens des phrases ou pour utiliser les pro­noms de 3e per­sonne.

2. Des critères de variation simples

La variation des formes de l’article indéfini se fait en fonction de critères simples, généralement « mé­ca­ni­ques » (contrairement à ce qu’on enseigne dans les manuels finlandais). Ce n’est que dans certains cas que la forme dépend de facteurs sémantiques qui laissent de la place à l’interprétation (par exemple négation totale vs partielle). Il faut retenir quelques notions simples (voir remarques sur la tradition grammaticale finlandaise p. 56 §1), qui sont commentées dans les paragraphes suivants :

  1. le français (comme le finnois) peut faire la différence entre représentation comptable (finnois jao­ton, « indivisible ») et représentation massive (non comptable, finnois jaollinen « divisible » en n parties toujours identiques par leur nature, comme du sable), voir ci-dessous §3 ;
  2. les formes de, du, de la, des, de sont parmi les différentes formes que peut prendre l’article in­dé­fini, exactement comme en finnois niistä est par exemple une forme de se ou noihin une forme de tuo. On appelle ces formes des allomorphes, ce qui signifie « une des différentes formes que peut pren­dre un seul et même mot ».
  3. Il faut savoir distinguer des mots identiques qui sont employés dans des fonctions différentes : le groupe de la peut représenter une suite préposition + article défini ou bien former un seul en­sem­ble monobloc article indéfini.

3. Le mode de représentation

L’article indéfini a deux formes principales, qui dépendent du mode de représentation du nom :

a. Le nom peut être représenté comme une entité discrète (en finnois erillinen), c’est-à-dire qu’on peut comp­ter, c’est la représentation comptable (en finnois jaottomuus). Cette entité peut être présentée soit comme unique (c’est le singulier), on utilise alors les variantes de la forme un/une :

un livre, un papier, une table, un ami, une télévision, un vin, un pain
une eau minérale, un exemple, une maison, une pomme, un effort
une chance, un article, une bière blonde, un beurre, un homard

soit comme multiple (c’est le pluriel), on utilise alors la forme des :

des livres, des papiers, des amis, des vins, des maisons, des chances, des pains, des efforts
des eaux minérales, des bières blondes, des beurres, des homards

b. Le référent du nom peut aussi être représenté comme un ensemble, une masse continue (en finnois kat­keamaton), concrète ou abstraite, qu’on ne compte pas. C’est la représentation massive. Quand on divise cette masse, on obtient toujours le même genre de masse : quand on divise un morceau de beurre en plu­sieurs morceaux ou un tas de sable en plusieurs tas, ces morceaux ou ces tas sont aussi du beurre ou du sa­ble (c’est pourquoi en finnois on désigne la représentation massive du terme de jaollisuus, « di­vi­si­bi­lité »). Le plus souvent, les noms sont représentés comme comptables, la représentation massive est net­tement minoritaire, c’est aussi le cas en finnois, voir p. 58. On utilise alors les variantes de la forme du/de la :

du papier, du vin, du pain, de la pomme, de la chance, du beurre, de l’eau minérale
de la bière blonde, du homard, de l’argent, de l’amour, du bonheur

Remarque : il importe de remarquer que les objets du monde ne sont pas intrinsèquement soit massifs, soit comp­tables : ce qui importe pour le choix de l’article, c’est le mode de représentation, autrement dit la manière dont on présente cet objet, voir p. 58.

4. Résumé des formes

Le tableau suivant résume les formes de base de l’article indéfini, mais ces formes ne sont pas les seules, car l’article indéfini a encore d’autres variantes (allomorphes), qui sont présentées plus loin (p. 48 et p. 49). Les formes élidées de l’ de l’article indéfini massif s’utilisent devant des mots commençant par une voy­el­le :

45a. Formes de base de l’article indéfini
l’article indéfini
mode de représentation SINGULIER PLURIEL
COMPTABLE masculin un des
féminin une
MASSIF masculin du / de l’
féminin de la / de l’

Remarque : un tableau complet tenant compte de tous ces cas et présentant toutes les formes possibles de l’article in­défini se trouve p. 50.

5. L’article « partitif »

Dans de nombreuses grammaires françaises et dans toutes les grammaires de français conçues en Fin­lan­de, on appelle les formes du et de la « article partitif ». En réalité, du et de la sont des formes de l’article indéfini devant les noms dont le référent est présenté comme massif, il ne s’agit pas d’un article différent de un.

Le Bon usage le dit pratiquement dans les mêmes termes…

.L’article partitif n’est autre chose, pour la valeur, qu’un article indéfini employé devant un nom pour indiquer qu’il s’agit d’une quantité indéfinie d’une réalité non nombrable, non comptable. » (Le Bon usage14 § 582)

Le terme d’article partitif est inutile (voir le détail p. 57). Dans la présente grammaire, on utilise les termes suivants :

45b. Noms abrégés et noms complets des formes de l’article indéfini
formenom completnom abrégé
un/unearticle indéfini comptable singulierarticle indéfini singulier
desarticle indéfini comptable plurielarticle indéfini pluriel
du/de la/de l’article indéfini massifarticle massif