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48. L’article indéfini pluriel devant épithète antéposée

1. Règle de base

Quand l’article indéfini pluriel (pas singulier, ni massif) des détermine un groupe nominal contenant un ad­jectif antéposé (qui précède le nom), il prend la forme de. Comparer :

Il m’a offert des fleurs magnifiques adjectif postposé
Il m’a offert de belles fleurs. adjectif antéposé
Je vous donne un autre exemple. → Je vous donne d’autres exemples.
Ils ont acheté un grand poster. → Ils ont acheté de grands posters.

La règle s’applique aussi quand l’adjectif est modifié par divers adverbes, qui viennent se placer entre celui-ci et le déterminant :

Il a dit de si belles choses.
Ce sont de très bons exemples.
Elle a d’assez bons résultats scolaires.

Dans ce cas, le mot de est simplement une forme que l’article indéfini prend dans un cas particulier. Ce n’est pas une préposition. 

En savoir plus ...

Il est essentiel de savoir bien identifier le mot de comme un article dans ce cas. Tout finnophone connaissant un peu la grammaire comprend que dans les phrases Olen aika pettynyt et Aika on rahaa, le mot aika n’a pas la mê­me signification, et qu’en fait il ne s’agit pas du mê­me mot : adverbe dans un cas, nom dans l’autre. Et pourtant, à l’origine il s’agit bel et bien d’un seul et mê­me mot (voir Suomen sanojen alkuperä, 1992, s.v. aika). C’est un phénomène d’évolution du sémantisme, comme il s’en produit dans toutes les langues du monde, et que toute personne ayant un peu touché aux langues peut comprendre et admettre. Pourquoi est-il alors si difficile de comprendre ou d’admettre que dans les phrases Je manque de temps et Je n’ai pas de temps, le mot de n’a pas la mê­me signification, et qu’en fait il ne s’agit pas du mê­me mot (pré­po­si­tion dans le premier cas, article dans le deuxième) ? Et pourtant, à l’origine il s’agit aussi, comme dans le cas de aika nom et aika adverbe, d’un seul et mê­me mot (Voir EGFF p. 76-79).

2. À retenir

3. Exceptions : mots composés

Certains groupes adjectif antéposé + nom comme petit pois, grande personne etc., forment des mots com­po­sés, c’est-à-dire une seule unité sémantique. Dans ce cas-là, l’article indéfini pluriel qui les dé­ter­mine ne change pas de forme, puisque l’adjectif n’est plus un vrai adjectif qua­li­fi­ca­tif (dont la fonction est de qualifier, de modifier le sens du nom) : le groupe adjectif + nom est lexicalisé, il est devenu un élé­ment au­to­nome du lexique :

un petit pois herne→ des petits pois
un jeune homme nuorimies → des jeunes hommes
une jeune fille tyttö → des jeunes filles
une petite cuillère teelusikka → des petites cuillères
un petit four pikkuleipä → des petits fours
une grande personne aikuinen → des grandes personnes

Comparer également :

un grand ensemble suuri kokonaisuus → de grands ensembles
un grand ensemble kerrostalolähiö→ des grands ensembles

Comment savoir à priori si un adjectif et un nom forment une seule notion ?

La grammaire n’ap­por­te mal­heu­reusement aucune aide : c’est une question de vocabulaire, c’est-à-dire de mots qu’on connait ou qu’on ne connait pas. La grammaire permet en revanche de détecter ces groupes dans un texte écrit : si un ad­jec­tif antéposé pluriel est précédé de des, il y a de fortes chances pour que l’adjectif forme une seule notion avec le nom. Par exemple, dans la phrase suivante, le fait que l’article indéfini des ne soit pas devenu de indique que gros porteur forme un mot composé, un seul nom, qui correspond au finnois laa­ja­run­ko­len­to­kone :

L’armée de l’air envisage de commander des gros porteurs à une compagnie étrangère.
Ilmavoimat aikoo ostaa laajarunkolentokoneita ulkomaiselta yhtiöltä.

Cependant, dans la langue parlée, comme la règle est rarement observée (voir §4 ci-dessous), rien ne per­met de détecter avec certitude ces types de noms.

4. Exceptions : langue parlée

Dans la langue écrite, la règle « des devient de devant adjectif épithète antéposé » s’applique pra­ti­que­ment systématiquement (sauf dans le cas des mots composés, voir ci-dessus §3). En revanche, dans la langue par­lée, on la néglige souvent :

Tu as acheté des beaux rideaux.
Au marché, j’ai trouvé des belles tomates.
Il y avait des petits bouleaux devant la maison.

L’une des raisons pour lesquelles on n’applique cette règle que rarement dans la langue parlée est que n’importe quel groupe adjectif + nom peut former une notion dans l’esprit du locuteur (au moins momentanément) : des beaux fruits, des grands arbres, des petits bouleaux, des belles chaussures etc. Il peut ainsi s’opérer un glissement subtil entre appréciation pure et mot composé, dont le sens n’est pas toujours facile à interpréter pour l’apprenant FLE :

Tu as acheté de belles chaussures. [des chaussures qui sont belles]
Il avait mis des belles chaussures. [des chaussures de fête, des chaussures qui n’étaient pas des chaussures de tous les jours, ou en meilleur état que ses chaussures habituelles etc.]