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54. Emploi de l’article indéfini

1. Indicateur de classe sémantique

Sémantiquement, l’article indéfini détermine le nom en donnant des indications sur la classe ou la catégorie à laquelle appartient le signifié du nom :

L’enfant jouait avec un ballon.
Il faut acheter de la lessive.
Ce livre est un roman. Etc.

Mais il ne permet pas à lui seul d’identifier de façon précise l’objet de pensée que le nom désigne. L’article indéfini peut renvoyer à un élément particulier non identifié mais qui est identifiable : j’ai acheté un livre. La phrase J’ai acheté un livre signifie « j’ai acheté un élément de la catégorie des livres, mais je n’indique pas précisément de quel livre il s’agit ». Il pourrait s’agir de n’importe quel type d’objet qui correspond à la définition de « livre ». Quand on dit ceci est une pomme, la pomme en question est définie et unique (elle est définie par la situation d’énonciation que dénote le déictique ceci, et non par l’article indéfini), mais l’ar­ti­cle indéfini signifie que c’est une pomme quelconque, un exemplaire « pris au hasard » de la classe des pom­mes, qui n’a pas été défini de façon préalable. De même dans ma sœur a une télévision de marque Samsung, la télévision est définie (celle de ma sœur, identification par le déterminant possessif), mais on ne précise pas de quel modèle il s’agit. L’article indéfini est donc d’une certaine manière un déterminant de base, qui actualise un concept dans l’énoncé et donne des renseignements sur la nature du référent du nom, mais qui ne permet pas à lui seul d’identifier de façon univoque un référent (comme l’article défini, le démonstratif, le possessif).

L’article indéfini peut aussi renvoyer à un particulier virtuel : je cherche un livre avec des expressions familières (je ne sais pas si ce livre existe). Dans certains cas, l’identification peut prêter à ambigüité : tous les soirs, un hérisson passe dans notre jardin (est-ce toujours le même hérisson ?).

2. Emploi générique

Comme l’article indéfini renvoie à un élément d’une classe, cet élément peut être présenté comme représentatif de toute la classe. On parle alors d’emploi générique  :

Un chien est un animal.
Un livre est un ensemble de pages imprimées reliées. 

Seule la forme comptable singulier de l’article indéfini peut avoir cette valeur générique. À la place du plu­riel et du massif, on utilise l’article défini (p. 70 §2) :

*Du vin rouge est bon pour la santé. → Le vin rouge est bon pour la santé.
*Des livres sont chers. → Les livres sont chers.

Cette valeur générique apparait surtout quand le nom est en position de sujet. À l’oral, le GN à valeur générique déterminé par un article indéfini est très souvent en position détachée et repris par ça/ce  :

Un chien, c’est un animal. Koira on vain eläin.
Un livre, c’est un ensemble de pages imprimées.

Les points suivants présentent quelques cas typiques d’emploi de l’article indéfini. Ce sont seulement des exemples illustrant la sémantique de l’article indéfini ; ce ne sont pas des règles qui s’appliquent au­to­ma­ti­quement ni systématiquement à tous les cas similaires. L’utilisation de l’article indéfini s’explique par une ana­ly­se sémantique et non sur la base de listes de critères « extérieurs ».

3. Catégorisation

L’article indéfini s’utilise souvent quand on définit un objet de pensée, en précisant la classe d’objets du monde à laquelle il appartient :

Ceci est une pomme.
Le merle est un oiseau. Mustarastas on lintu.
Il est né un lundi. Hänen syntymäpäivänsä osui maanantaiksi. [= le jour où il est né est un lundi, voir p. 169 §4]
Ce liquide est de l’eau de javel. Tämä neste on kloorivettä.
Ce n’est pas du coton, c’est de l’acrylique.

Il y a donc une certaine affinité sémantique entre le français un et le finnois sellainen (« tel ») : en effet, un extrait un (valeur de numéral) élément d’une catégorie d’objets du monde : c’est une pompe signifie pro­prement « c’est un élément de la catégorie “pompe” ». Exactement comme sellainen utilisé dans la langue parlée en finnois (se on sellainen pumppu) : sellainen est formé étymologiquement sur *sen-lainen, qui si­gni­fie littéralement « un du genre de, un de la catégorie de ». On retrouve cette valeur de catégorisation et cet­te affinité un-sellainen dans la cataphore (p. 610) et aussi dans la tournure exclamative être d’un... (p. 576 §3).

L’article indéfini massif s’utilise ainsi avec un grand nombre d’expressions composées du verbe faire, où on indique le type d’activité :

faire du sport urheilla
faire du français lukea ranskaa
faire de l’équitation harrastaa ratsastusta
faire de l’aquajogging harrastaa vesijuoksua
faire du piano soittaa pianoa (voir p. 76)

4. Avec un adjectif

Un nom caractérisé par un adjectif ou une construction équivalente (proposition relative, participe etc.) est souvent déterminé par un article indéfini, qui a la même fonction que la structure finnoise sellainen  … joka (dans la cataphore, voir p. 610) :

Mon frère a une voiture rouge. C’est une Renault.
C’est un type sympathique.
L’article est un point difficile à comprendre.
Il a dit des choses que je trouve inacceptables.
Il parle de gens que je ne connais pas. [article des caché derrière de]
Je connais des étudiants n’ayant jamais été en France.

5. Expression de la quantité imprécise

L’article indéfini pluriel peut aussi servir à exprimer une quantité imprécise, et il correspond très exac­te­ment au finnois joitakin (ne pas traduire joitakin par quelques : quelques a un sens nettement restrictif et cor­res­pond au finnois muutama, voir p. 111 §3) :

On a vu des films, mais aucun n’était vraiment bon. Nähtiin joitakin elokuvia, mutta mikään niistä ei ollut oikein hyvä.
Il a posé des conditions. Hän asetti joitakin ehtoja.

6. Un déterminant numéral

Le mot un peut, conformément à son étymologie (latin unum) signifier le nombre « 1 ». À l’oral, il est sou­vent accentué (variation d’intonation). À l’écrit, on peut souligner le sens numéral avec l’adjectif seul (ainoa), mais ce n’est pas toujours nécessaire :

Il me faudrait une pièce de deux euros.
J’ai passé presque une heure dans la librairie, mais je n’ai acheté qu’un livre.
Un seul élève avait préparé le texte.
Je n’ai pas ouvert un livre de tout l’été.