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55. Emplois particuliers de l’article indéfini massif

1. L’article massif neutre

L’article indéfini massif s’utilise indifféremment avec des noms concrets ou abstraits, comme en finnois et dans d’autres langues :

Elle a eu de la chance.
Ils n’ont pas témoigné de solidarité (de = forme de l’article indéfini massif devant objet direct d’un verbe à la forme négative).

De même, comme en finnois, l’article massif peut déterminer un nom propre. Celui-ci désigne alors par métonymie la production ou les actes habituels de la personne désignée et l’article massif masculin renvoie dans ce cas à un neutre, un référent virtuel sans genre déterminé, et non pas à la personne elle-même. C’est pourquoi on utilise aussi le masculin (neutre) devant un nom propre renvoyant à un féminin :

C’est du Schubert.
Ça, c’est du Michel ! Se on tyypillistä Micheliä!
Il a acheté un Braque. Hän osti Braquen taulun.
Ça fait penser à du Dali. Se muistuttaa Dalia.
Ça ressemble beaucoup à du Yourcenar. [auteur féminin]
En ce moment je lis du Gavalda. [auteur féminin]
C’est du Marie tout craché ! Se on tyypillistä Marieta.

2. Expressions numériques dans la langue courante

On emploie également cet article massif masculin (neutre) devant des expressions numériques exprimant une mesure (langue courante ou parlée) :

Elle chausse du 38.
En tour de hanches, je fais du 84 cm.
J’ai essayé du S, mais c’était trop petit, j’ai dû prendre du M.

Dans ce cas aussi, si le nom est modifié par un adjectif, on utilise l’article indéfini comptable (voir §3 ci-des­sous) :

Taille-t-elle un grand 37 ou pas ?
C’est très laid, d’autant que je fais un petit 85B.
C’était vraiment un XL gigantesque.

Ces tournures sont typiques de la langue courante (tous les exemples ci-dessus sont tirés de divers forums ou sites In­ternet). Dans la langue soignée, ces expressions seraient tournées (par exemple) ainsi :

Mon tour de hanches est de 84 cm.
J’ai essayé la taille S, mais c’était trop petit, j’ai dû prendre la taille M.

3. Article massif et GN avec adjectif

Quand un nom de sens massif précédé par un article indéfini est modifié par un adjectif (ou une cons­truc­tion équivalente), l’article est souvent (mais pas obligatoirement) à la forme comp­table, et indique que le nom qu’il détermine est un type particulier (un sous-ensemble) de la catégorie :

C’est de l’ eau. → C’est une eau très fraiche.
Il a de la chance. → Il a une chance extraordinaire.
C’est du vin. → C’est un vin que je n’avais jamais gouté. Se on viinilaji, jota en ollut koskaan maistanut.
Elle a pris du repos. → Elle a pris un repos bien mérité.
Dans la bouteille, il y avait du liquide. → Dans la bouteille, il y avait un liquide d’une couleur bizarre.
La bouteille était remplie de liquide. [l’article indéfini massif du est effacé après la préposition de (remplie de *du liquide)]
→ La bouteille était remplie d’un liquide verdâtre.
Il tombait une pluie fine et glacée.

sauf si le groupe nom + adjectif forme un mot composé, une seule notion :

C’est du fromage blanc. Se on rahkaa. [fromage blanc est un mot composé, ce n’est pas valkoinen juusto.]
Mets-y du gros sel. Lisää siihen karkeaa suolaa. [gros sel ne signifie pas ”paksu suola”.]
Buvez du vin rouge. Juokaa punaviiniä. [vin rouge n’est pas punainen viini. ]

La forme de l’article permet d’obtenir des nuances de sens, auxquelles il faut faire attention :

C’est du vin doux. Se on aperitiiviviiniä. [vin doux, une seule notion, mot composé.] vs
C’est un vin doux. Se on pehmeänmakuista viiniä. [C’est du vin, il est doux.]

Tout groupe nom + adjectif peut former momentanément dans l’esprit du locuteur une notion (même si elle n’est pas lexicalisée) :

C’est un bon vin. Se on hyvä viinilaatu. [C’est un vin qui est bon.] vs
C’est du bon vin. Se on ”juotavaa” viiniä. [C’est du vin qu’on peut boire.]

Dans le dernier exemple, le locuteur considère que pour lui il n’y a que deux types de vin : le bon vin et le mauvais vin ; le vin qu’il a gouté est du bon vin.

4. Du + adjectif massivé neutre

Dans la langue parlée, on utilise fréquemment l’article massif déterminant un adjectif à la pla­ce de la cons­truction quelque chose de + adjectif. L’adjectif est utilisé avec une va­leur de neu­tre, on uti­li­se donc uni­que­ment la forme du masculin du (devant voyelle de l’) :

Revoyez-moi ce texte, je veux du concret, du simple !
Pour une adoption d’un chien, soyez sympa, il me faut du sûr parce que la dernière fois finalement ce n’était pas un bon plan.
Il me faut du bon marché.
Non moi il me faut du décalé. Du contradictoire. Je suis réceptive au côté digne et absurde de Woody Allen.
Cet auteur veut du drôle, du désinvolte, du léger.
Ils ne cherchent pas à perfectionner l’art de leurs devanciers ni leurs propres talents non, il leur faut du nouveau.
Alors c’est du psychologique ou du réel, finalement?
En effet, la formation, c’est du « relationnel », de l’animation d’équipe, c’est autre chose que du cours magistral. [exemples divers d’Internet]

5. Expression du (véritable) partitif

On peut dans certains cas exprimer l’équivalent du partitiivi finnois avec certains autres déterminants. On utilise alors la préposition de avec le déterminant. Il s’agit dans ce cas d’une véritable expression par­titive (qui exprime la partie de quelque chose), voir p. 56 §2-3 :

Donne-moi du vin. → Donne-moi de cet excellent vin. Anna minulle tätä erinomaista viiniä.
Donne-moi de tes bonbons, je n’en ai plus. Anna minulle karkkia [« sinun karkeistasi »], minulla ei ole enää.

Dans certains cas, le mot de peut aussi être une préposition faisant partie de la construction du verbe, voir p. 57 §6.