I. Le groupe nominal2. L’articleA. L’article indéfini
56. Remarques sur l’article indéfini

1. La tradition grammaticale finlandaise

Toutes les notions présentées à la p.45 et suivantes sont précisément celles qui sont traitées ou pré­sen­tées de façon déficiente dans la tradition grammaticale FLE en Finlande. On peut mentionner les la­cu­nes sui­van­tes:

2. Y a-t-il un article partitif en français?

La GMF sou­li­gne (p.296, Remarque) que «L’article “partitif ” mérite très peu son nom, puis­qu’il opère généralement une saisie non définie d’une entité massive». La GMF (§2.4.1 L’article indéfini, p.292-293) ré­ser­ve­rait le terme de partitif (mais pas d’article partitif) aux cas où l’article indéfini «sert à isoler parmi d’autres l’en­tité qu’il dé­ter­mine», quand l’existence du référent de cette entité est présupposée par le contexte ou la situation:

Des étudiants sont arrivés en retard (des étudiants parmi l’ensemble des étudiants).
Il faut réparer la roue, un rayon est cassé (un rayon de la roue).

Voir aussi EGFF (Kalmbach J.-M, De de à ça: enseigner la grammaire française aux finnophones), p.61-64. On peut à la limite conserver et utiliser le terme traditionnel d’article partitif si on garde à l’esprit qu’il s’agit d’un article indéfini massif, et qu’il n’a donc pas de pluriel (p.46§3). L’idéal serait cependant d’a­dop­ter le terme d’article indéfini massif, qui est sans équivoque et qui, dans l’enseignement du français aux finnophones, présente l’avantage de séparer complètement l’article indéfini français du partitiivi finnois, avec lequel il a, en fin de compte, très peu de choses en commun.

On trouve cependant des cas dans lesquels le français exprime un partitif, autrement l’extraction d’une partie d’un tout. Ce sont les cas mentionnés p.55§5, auxquels on peut ajouter des exemples similaires:

(1) Je reprendrais bien du porto que tu as servi l’autre fois.
(2) Il reste dans cette villa de la beauté d’autrefois.

C’est cet emploi partitif qu’on trouve également dans l’expression

(3) Il est du bois dont on fait les flutes. Hän on hyväluontoinen.
[mot à mot: Hän on veistetty pehmeästä puusta.]

Dans tous les cas mentionnés ci-dessus (1 à 3), on remarque que le déterminant est défini: du (= de+ le), de cette. Il s’agit donc en fait de la préposition de suivie d’un déterminant défini (p.65). Encore une fois, on constate que le prétendu article partitif du français du / de la n’en est pas véritablement un.

Le seul cas où on puisse considérer que la valeur partitive se soit conservée de façon vivante dans l’article indéfini est celui des expressions il y a en qqn du.... Voir p.117§5c. Cependant, même dans la construction il y a en lui du poète, il est probable que l’usager moderne rétablit intuitivement une expression de quan­tité (quelque chose du poète, un peu du poète), et on se retrouve à proprement parler dans les cas décrits ci-dessus.

3. Partitif vs. partitivité

Dans l’expression partitive (a) donne-moi de ce vin, malgré les similitudes avec le finnois, il ne s’agit pas de la même construction que l’article indéfini massif ordinaire (du, de la): le francophone comprend cette phrase comme (a’) «anna minulle vähän ”tästä viinistä”». Tandis qu’une phrase comme (b) donne-moi du vin signifie simplement «anna minulle viiniä”». Dans (a), ce n’est pas l’idée de massivité qui est soulignée, mais plutôt la quantité indéfinie (un peu de qch, vähän jtak, osa jstak). On remarque d’ailleurs qu’en finnois éga­le­ment le partitiivi a au moins partiellement perdu sa valeur partitive, car la phrase avec objet au par­ti­tii­vi (a’) anna minulle viiniä n’exprime plus l’extraction d’une partie d’un tout; pour exprimer cette extraction (cette partitivité au sens propre), le finnois est aussi obligé de recourir à un procédé particulier, au­tre­ment dit employer l’élatif à la place du partitiivi: (a’) anna minulle tästä viinistä.

Dans le cas de la phrase (a) donne-moi de ce vin, comme l’indique la GMF p.296, Remarque,

On peut parler à ce propos d’un emploi typiquement partitif de du / de la, dans des phrases comme Je voudrais encore du rôti (qui est là sur la table) / de la tarte aux fraises (que tu as faite) où l’on trouve bel et bien la saisie d’une portion [c’est nous qui soulignons], à l’aide du quantitatif Ø … suivi de la préposition de, d’une entité clairement délimitée comme dans Je voudrais de ce rôti/ de ta tarte.»

Comme le souligne la GMF, dans ce cas-là, les formes du /de la «ne sont justement pas des articles» (mais une préposition suivie d’un article). Tandis que dans la phrase donne-moi du vin, le mot du n’est jamais compris (du moins pas en français moderne) comme la saisie d’une portion: «de+le vin», «de ce vin», «anna siitä / tästä viinistä», mais comme«anna viiniä», autrement dit l’expression d’une masse.

Remarque:sur le partitif/partitiivi, voir également p.57.

4. L’article partitif ne contient pas de préposition

Le fait qu’on puisse utiliser une préposition avant le GN déterminé par un article massif (pour du beurre, avec de la chance) montre que le groupe du ou de la ne peut pas s’interpréter comme une préposition suivie d’un article défini. En effet, en français, comme dans d’autres langues (en finnois, notamment), on ne peut pas utiliser deux prépositions devant un groupe nominal (exemple: *avec dans quelque chose), pas plus qu’en finnois on ne peut utiliser deux désinences casuelles (sijapääte) comme *voitalla (qui se­rait un partitiivi et un adessif du nom voi).

On trouve cependant quelques cas avec deux prépositions, mais ces deux prépositions forment en fait ensemble une nouvelle locution prépositionnelle, voir p.150§4.


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