Vous êtes ici : Le groupe nominal » L’article » L’article zéro
84. L’article zéro proprement dit : groupes N de N

1. Le choix de l’article influe sur le sens

Dans les cas exposés dans cette partie, l’utilisation de l’article zéro dépend du sens. On a le choix entre l’article zéro et d’autres articles, selon les cas.

Le choix entre article défini/indéfini et article zéro joue un rôle particulièrement important dans les grou­pes comprenant un nom suivi d’un complément introduit par une préposition, le plus souvent la pré­po­si­tion de (par exemple un sac de dame, un chef d’État etc.). L’utilisation de l’article zéro devant le deuxième terme (introduit par de) transforme le nom (ou le GN) en un élément relationnel permettant de préciser le sens du premier terme (par exemple quelle en est la fonction, la forme, la nature etc.). Si on uti­li­se un article, le GN est inscrit dans un contexte particulier (voir p. 6 §1). Comparer :

un sac de dame naistenlaukku
de dame indique la fonction (un sac qu’utilisent les dames)

le sac de dame
même mot (naistenlaukku), mais il s’agit d’un sac de dame défini par un contexte

le sac d’une dame erään rouvan laukku
le sac peut être n’importe quel type de sac (pas forcément un sac de dame), une dame désigne une certaine dame dont on ne connait pas ou on ne précise pas le nom

le sac de la dame rouvan laukku
désigne le sac (de n’importe quel type) d’une dame définie

2. Expression de l’indéfinition

Dans le GN le sac d’une dame, l’article indéfini du deuxième terme (le groupe de N) suffit à exprimer l’in­dé­fi­nition. Il est inutile de dire un sac d’une dame : cela signifierait que la dame est inconnue, mais qu’on sait malgré cela qu’elle a plusieurs sacs. Dans ce cas-là, on dirait plutôt :

C’est un sac d’une dame que je connais.

Dans les groupes N de N, on marque ainsi très rarement deux fois l’indéfinition *un N de un N. On dira donc de préférence le sac d’une dame (le sac avec article défini, car il est défini par son appartenance à la dame, qui reste indéfinie). On obtient le même type de variation avec chef d’État  :

un chef d’État valtionpäämies
d’État indique la fonction (une personne qui est à la tête d’un État quelconque)

le chef d’État
même mot valtionpäämies, mais il s’agit d’un chef d’État défini par un contexte

le chef d’un État erään valtion päämies
l’État n’est pas défini

le chef de l’État valtion päämies
l’État est défini ; en Finlande, ce groupe renverrait au président de la République.

Les articles dans les groupes N de N ne peuvent cependant pas toujours varier de la même manière. Ainsi, le groupe un chef d’un État est très étrange, parce qu’un État (ou toute autre entité) n’a en général qu’un seul chef (c’est là précisément le sens de chef). Pour une analyse d’un autre cas, coucher de soleil, voir p. 90. En revanche, au pluriel, l’utilisation de deux indéfinis serait nettement plus naturelle (puisque si un pos­ses­seur possède un objet, plusieurs possesseurs possèdent au total plusieurs objets). Le pluriel apporterait éven­tu­el­lement des nuances supplémentaires :

1a. Le carton contenait des sacs de dame.
2a. Sur les bancs se trouvaient des sacs de dames qui étaient allées danser. [de dames = pluriel de d’une dame, règle d’effacement]
3a. Des chefs d’État se sont rendus au sommet pour discuter de la crise financière.
4a. Ce sommet a accueilli des chefs d’États ayant connu une croissance record.

À comparer avec le singulier :

1b. Le carton contenait un sac de dame.
2b. Sur le banc se trouvait le sac d’une dame qui était allée danser.
3b. Un chef d’État s’est rendu au sommet pour discuter de la crise financière.
4b. Ce sommet a accueilli le chef d’un État ayant connu une croissance record.

Dans les phrases 1a/1b et 3a/3b, on utilise l’article indéfini (pluriel ou singulier) devant le groupe de N. En revan­che, dans les phrases 2a et 4a, on utilise un article indéfini pluriel, mais dans les phrases cor­res­pon­dan­tes avec GN au singulier 4b/4b, on utilise l’article défini, car il n’y a plus qu’un seul complément du nom possible.

Bon à savoir pour les apprenants de FLE…

Dans la phrase 3a, le pluriel du mot composé chefs d’État s’écrit avec État au singulier, comme on l’attend lo­giquement : les chefs ne sont chacun à la tête que d’un seul État. Mais cette règle semble ignorée d’un grand nombre d’usagers de la langue, on trouve sur Internet de très nombreuses occurrences de la forme les/des chefs d’États avec un s à État. En revanche, on pourrait écrire des chefs d’États pétroliers, car ce groupe se décompose comme chef + États pétroliers. Il s’agit de personnes (chef) à la tête d’États pro­duc­teurs de pétrole (en finnois öljytuottajamaiden päämiehiä).

3. Noms composés

Quand le nom en deuxième terme du groupe N de N sert uniquement à restreindre le champ sé­man­ti­que du nom pour le définir de façon plus précise (sac général, sac de dame type de sac particulier, sac à dos type de sac particulier etc.), le groupe forme ce qu’on appelle un nom composé, où les deux éléments sont nécessaires pour décrire l’objet de pensée envisagé (voir p. 89 §2). En général, pour les raisons ex­pli­quées ci-dessus, le deuxième terme (de N) est avec un article zéro. Ces noms com­po­sés sont très nom­breux et se forment avec diverses prépositions :

une salle de bain kylpyhuone, une route de campagne paikallistie, une carte de visite käyntikortti
un chef de gare asemapäällikkö, une salle de classe luokkahuone, un chemin de table kaitaliina
un ticket de métro metrolippu, un verre à eau vesilasi, une brosse à dents hammasharja
un couteau à pain leipäveitsi, une table de cuisine keittiönpöytä, un sac à dos reppu
un livre d’histoire historiankirja, un déodorant pour homme miesten deodorantti, une lampe de bureau pöytälamppu
un verre à pied jalallinen lasi, un sac de plage rantakassi, une queue de cheval poninhäntä
la gravure sur bois puupiirros, la littérature pour enfants lastenkirjallisuus (voir Littérature pour enfants p. 89)

La majorité des noms composés donnés en exemple ci-dessus forment une entité impossible à dé­com­poser et on ne peut pas utiliser d’article devant le deuxième terme (de N, à N etc.), comme ??une carte de la visite, ??un livre d’une histoire, *la brosse aux dents etc. Mais, en fonction du sens des mots qui les com­posent, on peut dans certains cas utiliser les deux noms avec un article, et dans ce cas le groupe N de N n’est plus un nom composé :

une table de cuisine / la table de la cuisine
une lampe de bureau / la lampe du bureau

La chaise du jardin de la cuisine…

On pourrait ainsi imaginer le GN la chaise de jardin de la cuisine, désignant une chaise de jardin (nom composé, puutarhatuoli) qui se trouve (temporairement ou de façon permanente) dans la cuisine. De même, la chaise du jardin de la cuisine désignerait une chaise (qui n’est pas forcément une chaise de jardin) qui se trouve dans le jardin sur lequel donne la cuisine (ce qui signifie implicitement qu’il y a un autre jardin, par exemple devant l’entrée).