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88. Emplois autonymiques et définitions

1. Emplois autonymiques

Quand on commente, cite, explique, traduit ou paraphrase un mot par un autre, le mot n’est pas dé­ter­mi­né par un article ni un autre déterminant. Il est autonyme, autrement il se désigne lui-même comme objet du le­xi­que ; il est à l’état de concept (voir p. 6 §1). Pour souligner la valeur de concept du nom, on le met fré­quem­ment entre guillemets ou en italiques, mais ce n’est pas systématique, car l’article Ø à lui seul suf­fit pour montrer que le nom a cette valeur particulière :

Ne mettez pas de a dans exemple.
En français, agression s’écrit avec un seul g, en finnois aggressio avec deux g.
En français, exercice s’écrit avec un c, en anglais avec un s.
Il ne faut pas confondre magasin et magazine. Ei saa sekoittaa sanoja magasin [kauppa] ja magazine [aikakauslehti].
Muikku se dit en français « marène » ou « vendace ».
Le finnois karamelli se traduit bonbon et non pas caramel.
En France, le mot haute école signifie « kouluratsastus » et pas du tout « korkeakoulu ».
En Belgique, haute école signifie « korkeakoulu ».
La dénomination d’un concept est dite « terme ». Käsitteen nimitystä sanotaan termiksi.
La description d’un concept au moyen de mots est dite « définition ». Käsitteen kielellinen kuvaus on määritelmä.
Aulx est le pluriel peu usité de ail.
Modèle est masculin, analyse est féminin.

Tout élément grammatical peut être employé de façon autonymique et se comporte alors comme un nom :

Eusse est l’imparfait du subjonctif d’avoir.

Remarque : le mot employé de façon autonyme est de genre neutre, autrement dit il s’accorde au masculin et au sin­gulier :

Spéciale est singulier, spéciaux est pluriel.
Forêt est féminin, mais foret est masculin.

2. Verbes explicatifs appeler, nommer etc.

Le GN a cette valeur autonymique quand il est utilisé avec article zéro après divers verbes qui expliquent le sens du GN en question. Dans ce cas aussi, on met fréquemment le GN entre guillemets ou en italiques, mais ce n’est pas systématique :

a. Appeler, nommer

Ces verbes correspondent au finnois kutsua ou sanoa suivi d’un translatif (forme en -ksi). Le verbe est construit sur le modèle appeler + COD + attribut de l’objet :

On appelle ce phénomène « parallaxe de mouvement ».
On nomme ce cycle « cycle de Méton ».

L’article Ø signifie que la structure peut se paraphraser ainsi :

Pour désigner ce phénomène, on utilise le terme technique « parallaxe de mouvement ».
Pour désigner ce cycle, on utilise le terme technique « cycle de Méton ».

Autrement dit, le nom qui est attribut de l’objet est présenté comme une entrée de dictionnaire, une définition « technique » typique d’un domaine de spécialité. Autres exemples :

On appelle déterminant le mot qui figure en tête du groupe nominal.
On appelle « ascendance thermique » une ascendance résultant des mouvements de convection thermique de l’atmosphère.
On appelle amas ouverts les groupes d’étoiles, essentiellement présents dans le disque de notre Galaxie, et dans celui d’autres galaxies spirales.

Plus fréquemment, l’attribut de l’objet du verbe appeler ou nommer est présenté simplement comme un mot qu’on utilise pour nommer quelque chose (sans donner à ce terme un caractère technique de dé­fi­ni­tion de dictionnaire). On utilise alors un article indéfini ou défini :

Il conviendra d’essayer de nouvelles méthodes de diffusion de ce que l’on appelle les « bonnes pratiques ».
Les formes actuelles de mal-être qu’on appelle les maladies de civilisation correspondent donc aux conditions physiques et psychosociales de notre société.
Les planeurs imitent les oiseaux et flottent sur des courants ascendants que l’on appelle des ascendances thermiques.
Les astronomes ont mis en évidence des groupements plus importants, que l’on appelle des amas de galaxies.

b. Entendre par, désigner par

Ces deux verbes peuvent s’utiliser au sens de « signifier ». Quand entendre a ce sens, il est souvent complété par le groupe par là, voir p. 288 §2. Le groupe prépositionnel introduit par le mot par est fré­quem­ment en tête de phrase, notamment dans le cas d’entendre par  :

Par littérature pour enfants, on désigne la littérature destinée aux enfants et écrite pour les enfants.
Par « pronom », on entend communément tout mot qui en « remplace » un autre.
On entend par matériel vinaire ce qui touche au mout et au vin et par logements vinaires, toute cuve ou tout récipient contenant le mout ou le vin.
Par expressions culturelles, on entend les différentes manifestations de la créativité des individus et des groupes sociaux.
À l’origine, on désignait par « suite » une série d’airs de danse écrits dans la même tonalité.
Nous entendons par tourisme durable le tourisme qui rend compatible le développement de cette activité économique avec le respect et la préservation des ressources naturelles.
Quelle inspiration, philosophique et ironique, a pu saisir les médecins pour qu’ils désignent par « patient », au XIVe siècle, celles et ceux qu’ils examinaient ?

On peut cependant utiliser un article après par quand le verbe entendre par signifie « représenter », « être quelque chose » :

Chacun peut maintenant comprendre ce que les sociologues entendaient par la rupture. [= ce qu’est la rupture selon les sociologues]
À l’occasion d’une exposition, une dame a demandé à Picasso ce qu’il entendait par la peinture. [= ce qu’était pour lui la peinture]

Dans la construction tarkoittaa jollakin termillä (« vouloir dire par tel ou tel terme »), on utilise le verbe entendre par suivi du nom sans article et entre guillemets. Exemples :

Par « développement durable », nous entendons l’évolution qui...
On entend généralement par « langue parlée » une forme particulière...
Dans ce qui suit, nous entendrons par  « apprentissage » la conception constructiviste évoquée ci-dessus.

Il peut être plus simple de dire :

On donne généralement au terme langue parlée le sens de « variante... »... ou
On définit généralement la langue parlée comme une variante....

Mais même dans ce cas, il faut faire attention à l’article zéro. De même, en finnois on peut utiliser tarkoit­taa pour dire tekijä tarkoittaa (tarkoittanee)… En français on dit dans ce cas :

L’auteur entend (sans doute) que...
L’auteur entend par là que...

c. Parler de

Ce verbe peut s’utiliser également pour énoncer une définition d’un phénomène quelconque. En finnois, on utilise également le verbe puhua dans ce sens (la construction on peut parler de... peut se paraphraser en finnois silloin käytetään termiä…) :

On peut parler de maigreur lorsque l’indice de masse corporelle est aux alentours de 10/12.
On parle de retard de développement lorsqu’un enfant franchit toutes les phases de développement, mais à un âge plus avancé que prévu.