Vous êtes ici : Le groupe nominal » Les autres déterminants » Les déterminants possessifs
105. Le problème du nombre de possesseurs

1. Formes plurielles du déterminant en français

En finnois, le suffixe possessif ne varie pas en fonction du nombre de possesseurs, mais uniquement en fonction de la personne (voir p. 104). Un mot comme lapsemme peut signifier « notre enfant » ou « nos enfants ». Pour cette raison, les finnophones ont souvent tendance à oublier d’utiliser le « vrai » pluriel, autrement dit le mot lapsemme renvoyant à plusieurs enfants sera traduit par notre enfant au lieu de nos enfants, parce que le pluriel contenu dans notre (pluriel du nombre de possesseurs) est en quelque sorte perçu comme suf­fi­sant. Il faut donc faire attention à utiliser, le cas échéant, la forme indiquant à la fois le pluriel du pos­ses­seur et le pluriel de l’objet possédé :

lapsemme = notre enfant / nos enfants
ystävänne = votre ami / vos amis

Ce problème est particulièrement fréquent dans le cas de la 3e personne. Comme on le constate dans les exemples sui­vants, en français il y a quatre formes de possessif différentes, alors qu’en finnois il y en a seulement deux :

possesseur singulier (par exemple mère) :
Elle m’a parlé de sa fille. Hän kertoi tyttärestään.
Elle m’a parlé de ses filles. Hän kertoi tyttäristään
possesseur pluriel (par exemple parents) :
Ils m’ont parlé de leur fille. He kertoivat tyttärestään.
Ils m’ont parlé de leurs filles. He kertoivat tyttäristään.

On peut bien sûr utiliser ses avec un sujet désignant un possesseur pluriel, mais, dans ce cas, le dé­ter­mi­nant renvoie à un pos­ses­seur différent. Autrement dit, utiliser la forme erronée renvoyant à un pos­ses­seur singulier n’est pas à proprement parler agrammatical, mais le francophone comprend autre chose que ce que le finnophone croit exprimer (c’est évidemment aussi valable dans le cas de notre enfant / nos enfants) :

Elles m’ont parlé de ses filles.
He kertoivat hänen tyttäristään. [donc des filles d’une autre personne qu’Elles].

À la 3e personne, en finnois, si le possesseur est différent du sujet de la phrase, il est indiqué par un pro­nom au génitif. En français, il n’y a rien de tel, et, en dehors de tout contexte, la phrase française sui­vante peut avoir deux significations (dans un tel cas, le sens exact ressort généralement du con­tex­te) :

Elle m’a parlé de sa fille. Hän kertoi tyttärestään. [de sa propre fille]
Elle m’a parlé de sa fille. Hän kertoi hänen tyttärestään. [de la fille de quelqu’un d’autre]

2. Objet possédé unique vs multiple

Autre différence parfois difficile à comprendre pour les finnophones : quand il y a plusieurs pos­ses­seurs, qui « possèdent » chacun un seul objet, on utilise en français les formes du déterminant possessif ren­voy­ant à un possesseur pluriel notre votre leur (elles s’accordent toutefois au singulier avec l’objet possédé). Comme le nombre d’objets possédés n’est pas marqué par le suffixe possessif en finnois, il règne une in­cer­titude quant à la forme à utiliser, surtout à la 3e personne. Comme il y a plusieurs pos­ses­seurs, les ap­pre­nants finnophones déduisent qu’il y a (au total) plusieurs objets possédés et utilisent les formes nos vos leurs. Dans ce cas, contrairement au finnois, le français permet de marquer pré­ci­sé­ment le nombre d’objets possédés par pos­sesseur, et le déterminant s’accorde au singulier. Comparer :

Avec l’été qui arrive, les véliplanchistes vont ressortir leur planche à voile.
Nyt kun kesä tulee, surffailijat ottavat purjelautansa esille.
Avec l’hiver qui arrive, les skieurs vont ressortir leurs skis.

Chaque véliplanchiste ne possède (en général) ou n’utilise qu’une seule planche, alors que les skieurs sont obligés d’utiliser au moins deux skis. Ainsi on écrit leur planche à voile au singulier, et non pas leurs planches à voile comme les finnophones sont tentés de le faire. Même s’il est vrai qu’au total (arith­mé­tiquement) cela représente plusieurs planches à voile (les véliplanchistes = plusieurs pos­ses­seurs = plusieurs plan­ches).