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116. Combinaison et séparation des éléments des déterminants de quantité

1. Incompatibilité entre les déterminants indéfinis

Comme tous les déterminants indéfinis en général, les déterminants indéfinis de quantité ne peuvent pas se com­biner avec un autre déterminant indéfini, à cause de l’incompatibilité entre les déterminants (voir p. 3 §4). C’est pourquoi on ne peut pas former une suite telle que *beaucoup de du (article indéfini massif) ou *plus de des (article indéfini pluriel). L’article indéfini est lui aussi un déterminant indéfini, c’est pour­quoi il ne peut pas s’utiliser après un déterminant de quantité comme beaucoup de. Dans les exemples suivants, l’article indéfini (du, des) ne peut donc pas s’ajouter à beaucoup de (sur l’in­ter­pré­ta­tion du dé­ter­minant complexe beaucoup de, voir p. 117 et p. 5 §2) :

du vin → beaucoup de vin
des gens → beaucoup de gens
du sel → trop de sel

2. Combinaisons déterminants indéfinis/déterminants définis

En revanche, les déterminants de quantité complexes formés avec de peuvent se combiner avec des dé­ter­minants définis, ce qui peut entrainer éventuellement la formation de formes contractes :

mes amis : beaucoup de + mes amis → beaucoup de mes amis monet ystävistäni
ces exemples : nombre de + ces exemples → nombre de ces exemples monet niistä esimerkeistä
la fin : beaucoup de + la fin → Je n’ai pas vu beaucoup de la fin du film. En nähnyt paljoakaan elokuvan lopusta. [pas de contraction avec la].
les amis : beaucoup de + les amis → Beaucoup des amis que j’ai vus étaient bronzés. Monet tapaamani ystävät olivat ruskettuneita. [de + les donne la forme contracte des]

Malgré ce que de nombreux manuels finlandais enseignent et de nombreux apprenants s’imaginent, il est donc parfaitement possible de dire beaucoup du, beaucoup des :

Beaucoup des amies de la princesse de Parme et avec qui la duchesse de Guermantes se contentait depuis des années du même bonjour convenable […] s’en plaignaient discrètement à l’Altesse.
Beaucoup du temps qu’on perd à faire la queue dans une banque pourrait être évité avec une meilleure gestion de l’espace.
L’opinion ne perçoit pas l’utilité de beaucoup des réformes entreprises, qui sont couteuses et engendrent la pagaille.

Il y a également d’autres cas d’emploi de beaucoup du / beaucoup des, voir la p. 117 consacrée à beau­coup.

3. Formes détachées

Dans les constructions disloquées de la langue parlée (dislocation à gauche p. 513 ou dislocation à droite p. 514), le déterminant de quantité est « découplé » (kytketty pois) du GN qu’il détermine. Ce GN est alors isolé (détaché) et introduit par un article indéfini (comptable ou massif, selon les cas). Le lien sémantique entre le GN détaché et le déterminant d’origine est marqué par le pronom en (pour l’analyse du mécanisme voir p. 258 §2). Ceci concerne aussi bien les déterminants de forme simple (plusieurs, et numéraux deux, cinq etc.) que les déterminants complexes (beaucoup de). Ces constructions sont très fréquentes à l’oral, no­tam­ment dans l’interrogation. Il faut donc savoir interpréter correctement le sens de l’article indéfini de­vant un GN isolé en fin de phrase et rétablir le rapport entre le pronom en, le déterminant et le GN :

Aurélie a acheté plusieurs robes.
Des robes, elle en a acheté plusieurs.
Elle en a acheté plusieurs, des robes.

Il restait encore beaucoup de vin.
Du vin, il en restait encore beaucoup.
Il en restait encore beaucoup, du vin.

Plus d’exemples…

Il en reste très peu, de la tarte.
Cette année, on m’en a carrément offert trois, des cravates.
Des propositions, ils en ont fait quelques-unes, mais je ne sais pas si ça vous satisfera.
Ça en fait beaucoup, des questions.
Deux seulement, qu’il en a mangé, des portions. (p. 514 §5)
Il t’en reste encore plusieurs, des cartes, ou il faut aller en acheter d’autres ?
Des idées, il en faudrait beaucoup, pour sauver la situation.
Vous en avez encore beaucoup, des comme ça ?
Pourtant j’en avais des toutes prêtes, de photos ! [1]

4. Forme détachée dans une phrase négative

Dans une phrase négative, l’article indéfini conserve sa forme normale, puisque le GN est détaché de la structure de la phrase et n’est théoriquement pas affecté par la négation. Cependant, il peut passer éga­le­ment à la forme de, par attraction de la négation sur le groupe détaché :

Il n’en restait plus beaucoup, du vin. Ou :
Il n’en restait plus beaucoup, de vin.

Le maintien de la forme normale du / de la est cependant majoritaire. Exemples :

De l’argent, il n’y en a plus énormément.
Malheureusement, on n’en a pas beaucoup, des idées, ni du temps d’ailleurs.
De la soupe, il en a pas mangé des masses, vu qu’il aime pas ça du tout.

L’élément adverbial du déterminant complexe peut également être séparé de l’élément de dans les tour­nu­res exclamatives, voir p. 5 §3.