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138. Remarques sur les déterminants et adjectifs numéraux

1. Histoire

Le système de numération français est un mélange des systèmes latin et celte, qui est à l’origine des fa­meu­ses formes avec dix ou vingt à partir de 70, qui donnent tant de fil à retordre aux apprenants de FLE :

60 soixante
70 soixante-dix (60 + 10)
71 soixante-et-onze (60 + 11)
80 quatre-vingt (4 x 20)
87 quatre-vingt-sept (4 x 20 + 7)
90 quatre-vingt-dix (4 x 20 +10)
94 quatre-vingt-quatorze (4 x 20 +14)

Ce système est une survivance de la numération celtique qui repose sur une base vicésimale (20-kantainen, on dit aussi vigésimal). On comptait ainsi : 10, 20, 20-10, 2-20, 2-20-10, 3-20, 3-20-10, 4-20, 4-20-10. Le français moderne a conservé les deux derniers chiffres (4-20 et 4-20-10). La forme soixante-dix (60-10) représente un mélange du système vicésimal celtique et décimal latin. En breton, langue celtique qui a conservé plus de traces de ce système, 40 se dit « deux-vingt » (daou-ugent), 60 se dit « trois-vingt » (tri-ugent), 80 se dit « quatre-vingt » (pewar-ugent), à l'exception de 100 (kant, mot indo-européen pour « 100 », cf. latin centum) et 50 (hanter-kant, « demi-cent »). Ainsi, 65 se dit pemp ha tri-ugent « cinq et trois-vingt », 94 se dit « quatorze et quatre-vingt » (pewarzeg ha pewar-ugent), pratiquement identique au français quatre-vingt-quatorze De 100 à 199, ce système se poursuit dans la langue courante parallèlement à un système décimal (142 kant daou ha daou-ugent « cent deux et deux-vingt » ou daou ha seizh-ugent « deux et sept-vingt »). Le basque, qui a beaucoup emprunté au celtique à une époque très ancienne, est curieu­sement la seule langue dans laquelle le système fonctionne rigoureusement pour la première centaine (en breton, 30 est trigont, emprunté au latin triginta, alors qu’en basque l’équivalent hogeita hamar signifie exactement « vingt-dix »).

Il reste d’autres traces de ce système en français, par exemple dans le nom de L’hôpital des Quinze-vingts fondé au départ pour abriter trois-cents aveugles. Encore au XVIIIe siècle, par exemple chez Voltaire, on utilise couramment le nombre six-vingt (120).

2. Les siècles exprimés en multiples de cent

Dans les dates de 1100 à 1800, on utilise d’habitude des multiples de cent, par exemple onze-cent au lieu de mille-cent. C’est aussi le cas avec les dates avant notre ère : 1350 av. J.-C. « treize-cent-cinquante avant Jésus-Christ ». Dans les dates de 1900 à 1999, on dit plus fréquemment mille-neuf-cent, mais ce n’est pas une règle absolue, et cela dépend des habitudes personnelles :

1525 « quinze-cent-vingt-cinq »
1956 « mille-neuf-cent-cinquante-six »
1681 « seize-cent-quatre-vingt-un »
1996 « mille-neuf-cent-quatre-vingt-seize »
1870 « dix-huit-cent-soixante-dix »

Remarque : on peut toujours lire toutes les dates « arithmétiquement » (sans utiliser les multiples de cent), par exem­ple 1525 mille-cinq-cent-vingt-cinq. La prononciation de certaines dates de l’histoire de France est ce­pen­dant plus ou moins figée, comme celle de la bataille de Marignan en 1515, pra­ti­que­ment toujours pro­non­cée quinze-cent-quinze.