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163. Opposition dans/en/à exprimant un moyen de locomotion

1. Un usage hésitant

En principe, on devrait utiliser la préposition à devant les noms qui indiquent un moyen de locomotion (un « véhicule » au sens large du terme) dans lequel on ne peut pas entrer et sur le­quel on se place (cheval, vélo), et, inversement, la préposition en si on peut entrer dans le « vé­hi­cule ». On opposerait ainsi :

à moto, à cheval, à skis, à pied, à bicyclette, à vélo
en bus, en métro, en train, en avion, en bateau etc.

En fait, cette opposition est souvent mal respectée, parce que la préposition en est devenue la pré­position générique désignant un moyen de locomotion (le mode de transport, plutôt que le « vé­hi­cu­le » lui-même), et on dira couramment en moto, en vélo, en skate, en trottinette, en smartboard, en gyroroue par analogie avec en métro, en bus, en train etc.

Bon à savoir pour un apprenants de FLE…

L’usage n’est pas toujours très cohérent et les puristes eux-mê­mes se fourvoient parfois quand il s’agit de moyens de locomotion moins connus, notamment les moyens de locomotion très finlandais que sont les skis et la motoneige. On dira donc en principe à skis et à motoneige, car on ne peut pas se mettre à l’intérieur de l’un ni de l’autre (exemples sur Internet : 52 balades à skis dans les Pyrénées Centrales, ou Soyez prudents à motoneige cet hiver). Mais si ces deux noms désignent le mode de transport, dans la langue courante en skis et en motoneige ne paraitraient pas vraiment agram­ma­ti­caux. En skis est certes très nettement minoritaire sur Internet par rapport à à skis [vérification rapide en avril 2017, mais sans discrimination des cons­truc­tions coffre à skis et balade à skis], mais en mo­to­nei­ge est deux fois plus fré­quent que à motoneige. Il y a cependant des limites : on dit par exemple très dif­fi­ci­le­ment en cheval (?il est venu en cheval), parce que à cheval forme un groupe figé bien implanté en français que l’on retrouve dans d’autres emplois, être à cheval sur un mur, être à cheval sur les principes, etc. (Cependant quelques dizaines d’occurrences de venir [temps divers] en cheval, sur Internet, avril 2017).

Cependant, la préposition en, comme la préposition à, est ici un cas emploi figé limité, réservé à l’ex­pres­sion du moyen de locomotion. Si on détermine ou si on complète le nom, ou si le nom dé­si­gne plus par­ti­cu­liè­re­ment le véhicule, on utilise la préposition dans ou d’autres pré­po­si­tions, qui dépendent du mode de transport :

Il est venu sur son nouveau vélo.
Elle se promenait sur son beau cheval blanc.
Dans le métro ce matin, il y avait étonnamment peu de monde.

Dans les phrases suivantes, on utilise la préposition dans parce que le complément pré­po­si­tion­nel désigne l’endroit où s’est produit l’évènement dont on parle, plutôt que le véhicule lui-même ou un moyen de locomotion :

Sur le bateau [= quand j’étais sur le bateau], j’ai rencontré une vieille connaissance que je n’avais pas vue depuis vingt ans.
J’ai d’abord oublié mes lunettes de soleil dans le train [= quand j’étais dans le train], puis j’ai oublié mon livre dans l’avion [= quand je suis sorti de l’avion].

2. Catégorie référentielle du sujet

La préposition en introduisant un GN désignant un mode de transport est utilisée normalement avec un sujet animé. Si le sujet est non animé, on utilise par avec article zéro :

Le matériel sera expédié par bateau.
Les marchandises voyageront par train.
Le courrier est acheminé par avion, puis transporté par bateau vers les iles éloignées.

La phrase Mon grand-père est arrivé par train a une résonance comique et laisse penser que le grand-père a voyagé comme une marchandise.

Visitez le Canada par train…

On trouve du reste de nombreuses occurrences de cet emploi impropre, par exemple Visitez le Canada par train (Internet), ou, sur le site d’une station touristique fran­çai­se : Visites par train et vélo. Cette dernière cons­truc­tion est donc doublement impropre, car la pré­po­si­tion par est mise en facteur commun, ce qui équivaut donc à dire Visites par train et par vélo.

On utilise cependant par pour indiquer le moyen de transport quand le groupe pré­po­sitionnel par + GN est développé par un complément, surtout avec les verbes rentrer et arriver :

Ils arriveront par le train de 23 h 15.
Nous rentrerons par le ferry du matin.
Je rentrerai par l’avion du soir.

Plus généralement, on utilise la préposition avec :

Ils arriveront avec le train de 23 h 15.
Nous rentrerons avec le ferry du matin.
Je rentrerai avec l’avion du soir.
On partira avec le bateau qui fait la liaison vers les Lofoten.