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182. Les adverbes à éviter en tête de phrase

Généralités

En finnois comme en français, de nombreux adverbes peuvent se placer en tête de phrase. Il y a ce­pen­dant un certain nombres d’adverbes français qui, dans cette position, prennent un sens différent ou relèvent d’un niveau de langue différent (ou, dans le pire des cas, ne peuvent pas figurer à cette place). Placés en tête de phrase (ou de proposition), ils ne correspondent pas à leurs équivalents finnois habituels (par exemple myösaussi) et changent souvent la teneur du message de façon assez con­si­dé­ra­ble par rap­port à ce que le locuteur finnophone imagine. Ces adverbes sont les suivants (cliquer pour accéder à l’adverbe) :

alors
aussi
également
quand même
seulement
surtout
déjà

2. Alors

Le sens de base de cet adverbe est temporel : « à ce moment-là » :

Alors le renard entra et attrapa la poule. Silloin kettu tuli sisään ja nappasi kanan.

En tête de phrase, alors s’utilise cou­ram­ment comme con­necteur dans le sens de sitten, no niin :

Tu es malade ? Alors, on n’ira pas au cinéma. Oletko kipeä? No sitten ei mennä elokuviin.
Alors, on part ? No, lähdetäänkö?
Alors ? Comment ça va ? No? Kuinka voit?
Alors, ça avance ?  — No, edistyykö?

L’adverbe alors employé ainsi peut donc avoir un sens consécutif (Tu es malade ? Alors, on n’ira pas au cinéma). C’est ce qui provoque l’erreur presque systématique des finnophones, qui est de l’assimiler à l’adverbe donc, qui est déductif. Malheureusement, l’emploi d’alors à sens consécutif se fait es­sen­tiel­le­ment dans la langue courante et parlée et il est trop familier à l’écrit. Il faut donc éviter d’utiliser alors dans un texte argumentatif (autrement que dans le sens de silloin, sillä hetkellä, tuolloin), et utiliser donc ou des variantes comme par conséquent, dès lors, etc. :

Le complément d’objet direct est placé avant le verbe, *alors le participe passé s’accorde.
→ Le complément d’objet direct est placé avant le verbe, donc le participe passé s’accorde.

3. Aussi

L’adverbe aussi en tête de phrase a uniquement un sens consécutif et correspond au finnois niinpä. Même quand ils le savent, de nombreux finnophones, sous l’influence du finnois, s’entêtent à le placer en tête de phrase, comme s’il pouvait parfois malgré tout avoir le sens de myös. Malheureusement, ce n’est pas le cas. La phrase

Aussi l’exemple suivant montre clairement que les apprenants ont du mal à comprendre cette règle.

sera toujours interprétée par un francophone comme signifiant :

Niinpä seuraava esimerkki osoittaa selvästi, että oppijoilla on vaikeuksia omaksua se sääntö.

En tête de phrase, le plus simple et le plus courant est d’utiliser de même, ou bien de placer l’adverbe aussi là où on peut le mettre (p. 181). Pour traduire la phrase finnoise ci-dessous, il y a plusieurs possibilités :

Myös seuraava esimerkki osoittaa selvästi, että oppijoilla on vaikeuksia omaksua se sääntö
De même, l’exemple suivant montre clairement que les apprenants ont du mal à comprendre cette règle.
L’exemple suivant montre aussi clairement que les apprenants ont du mal à comprendre cette règle.
L’exemple suivant, de même, montre clairement que les apprenants ont du mal à comprendre cette règle.
L’exemple suivant montre également de façon évidente que les apprenants ont du mal à comprendre cette règle. [On évitera de préférence de faire suivre deux adverbes en -ment : également clairement].

4. Également

Cet adverbe est aussi assez fréquemment employé de façon erronée en tête de phrase, à la place de aussi, sans doute pour varier le style ou peut-être parce que les étudiants FLE s’imaginent que le pro­blè­me de la synonymie de aussi myös-niinpä en français n’existe pas avec également. Mal­heu­reu­se­ment, ce n’est pas le cas. L’adverbe également en tête de phrase est senti comme très maladroit en français (il ne peut même pas s’interpréter avec un sens particulier comme aussi « niinpä »). Voir les solutions de rem­placement ci-dessus sous aussi.

5. Quand même

Cet adverbe est relativement peu utilisé dans la langue écrite soutenue, où on préfère utiliser cependant, néanmoins, toutefois, pourtant, malgré cela, quoi qu’il en soit etc. Les variantes sont donc nombreuses, et on a le choix entre plusieurs synonymes. Bien que quand même ne soit pas familier et qu’il s’utilise aussi dans la langue écrite dans le sens de « kaikesta huolimatta », il est un cas où il faut éviter de l’utiliser dans la langue écrite, c’est en tête de phrase, où il est trop familier. On dira donc de préférence :

Ces exemples montrent pourtant/cependant/néanmoins que la règle ne s’applique pas toujours.
Toutefois, ces exemples montrent que la règle ne s’applique pas toujours.
Quoi qu’il en soit, ces exemples montrent que la règle ne s’applique pas toujours.

plutôt que la phrase suivante, qui est parfaitement grammaticale et admise dans la langue courante, mais trop familière pour l’écrit soigné :

Quand même, ces exemples montrent que la règle ne s’applique pas toujours.

6. Seulement

En tête de phrase, cet adverbe s’emploie très fréquemment dans la langue courante et parlée avec un sens adversatif et il équivaut à la tournure pseudo-clivée le problème c’est que... Dans la langue écrite, il est trop familier dans ce sens (on dira cependant, toutefois, néanmoins, etc.). La raison pour laquelle les fin­nophones ont tendance à l’utiliser si souvent, c’est qu’ils calquent sur la phrase française l’utilisation de [vain + GN] en tête de phrase, qui est impossible en français. Devant un GN, il faut utiliser l’adjectif seul, ou déplacer seulement (p. 570). La phrase:

Seulement une occurrence indique que cette règle s’applique dans ce cas.

sera mieux tournée par exemple ainsi :

Une seule occurrence indique que cette règle s’applique dans ce cas.
Une occurrence seulement indique que cette règle s’applique dans ce cas.
Il n’y a qu’une seule occurrence qui indique que cette règle s’applique dans ce cas.

7. Surtout

L’adverbe surtout est souvent employé par les finnophones en tête de phrase, car son équivalent varsinkin peut facilement s’utiliser dans cette position devant un GN. Mais en français, le mot surtout (comme par exemple aussi) ne peut pas « déterminer » un GN sujet. On utilisera de préférence une construction clivée (comme dans le cas des superlatifs, puisque surtout a un sens superlatif, voir p. 516 §3 et p. 194). Dans ce cas-là, il est fréquent dans le style de type scientifique d’utiliser es­sen­tiel­le­ment à la place de surtout. Mais on peut aussi placer surtout après le GN sujet, en l’isolant avec des virgules :

Varsinkin vahemmat tekstit osoittavat, että...
Ce sont surtout/essentiellement les textes plus anciens qui montrent que...
Les textes plus anciens, surtout, montrent que...

Varsinkin Barthes oli sitä mieltä, että...
C'est surtout Barthes qui pensait que...
Barthes, surtout, pensait que...

En revanche, surtout peut s’utiliser devant un CC, mais il est toujours préférable, dans l’écrit soigné, de le mettre en deuxième terme :

Surtout à la campagne, on trouve encore... →
À la campagne, surtout, on trouve encore...

Cette restriction concernant l’usage de surtout en tête de phrase ne concerne pas les cas où surtout mo­di­fie une conjonction : surtout quand, surtout si etc.

8. Déjà

L’adverbe déjà entre également dans la catégories des adverbes à éviter en tête de phrase, bien que l’erreur à proprement parler que commettent souvent les usagers finnophones consiste à faire porter l’adverbe sur un GN, ce qui est impossible (voir p. 179 §2 et p. 300 §3). Occasionnellement, l’élément qui contient déjà peut se retrouver en tête de phrase, ce qui fait entrer cet adverbe dans la catégorie de ceux à éviter en tête de phrase. Il faut donc d’une façon générale éviter de placer déjà devant un GN, que ce soit en tête de phrase ou ailleurs. Les équivalents du finnois jo devant un GN correspondent en français à des tournures variées :

*Déjà la nature des études de langues est très relâchée, et ne prépare pas à un certain métier.
= La nature des études de langue en elle-même est assez généraliste et ne prépare pas forcément à un métier spécifique.
*Déjà la première page comporte beaucoup d’erreurs.
= La première page à elle seule comporte beaucoup d’erreurs.

Dans ces emplois, l’adverbe finnois jo à l’origine de l’erreur a un sens restrictif, qui peut être rendu dans la langue parlée par rien que, rien qu’à (voir p. 570 §7). Il faut donc utiliser un adverbeet ne

Si le mot déjà porte sur un GN indiquant un moment, une date, on peut le remplacer avan­ta­geu­se­ment par dès (voir p. 157) :

*Déjà la première page comporte beaucoup d’erreurs.
Dès la première page, on relève un grand nombre d’erreurs.
Déjà en 2010 on constate une évolution très nette.
Mieux : Dès 2010, on constate une évolution très nette.

Remarque : déjà s’emploie cependant fréquemment en tête de phrase dans la langue parlée, avec le sens de « pour commencer », « le premier problème c’est que », ou « ce qui est certain, c’est que ». Sur cet emploi et sur les autres sens de déja voir p. 184.