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206. Objet premier et objet second

Quand le verbe a deux objets, on peut les désigner respectivement des termes d’objet premier et d’objet second. Cette distinction, qu’on trouve notamment dans les grammaires scolaires françaises, est, du point de vue de l'apprenant FLE, souvent purement formelle et peu utile, mais elle peut présenter un intérêt dans la mémorisation (ou au moins la modélisation) de certains verbes problématiques pour les fin­no­pho­nes, dont deux sont analysés ici à titre d’exem­ple.

1. Raconter

Le verbe raconter a plusieurs cons­truc­tions et plusieurs sens, qui posent de nombreux problèmes aux fin­no­pho­nes et sont exposés en détail p. 212. On n’aborde ici que le problème de la modélisation de la struc­ture lexico-syntaxique à l’aide du concept d’objet premier et objet second. Raconter peut être un verbe tran­si­tif direct à com­plé­mentation unique (raconter qch), ou bien un verbe à double com­plé­mentation, dont la cons­truc­tion peut s’analyser ainsi :

raconter qch [objet 1] de qqn [objet 2]

par exem­ple :

Que raconte-t-on de lui ?

Autrement dit, sous certaines conditions, le verbe raconter, qui est normalement uniquement transitif di­rect, peut avoir un objet second introduit par la préposition de (signifiant « au sujet de »). On peut se de­man­der s’il s’agit d’un objet indirect ou d’un CC, mais il semble bien que raconter qch (objet 1) de qqn (ob­jet 2) représente une cons­truc­tion verbale particulière différente du schéma actanciel de raconter qch et que, par conséquent, l'élément introduit par de soit bien un com­plé­ment valenciel. Quoi qu’il en soit, on peut dire par contraste que l’erreur fréquente chez les fin­no­pho­nes consistant à dire *le film raconte de la guerre (pour le film parle de la guerre) s’analyse et se formule ainsi :

En finnois kertoa (raconter) peut se construire avec un objet premier direct (kertoa jotakin) ou indirect (kertoa jostakin). En français, le verbe raconter admet un objet premier direct ; il peut aussi se construire avec un objet introduit par la préposition de, mais,contrairement à kertoa en finnois, cet objet ne peut peut être qu’un objet second.

2. Crier

Un autre verbe qui illustre l’intérêt de la distinction entre objet premier et objet second est le verbe crier. En finnois, le COI correspond souvent à un allatif, avec par exem­ple un sens de « donner qch à qqn » :

Il me l’a donné. Hän antoi sen minulle.

Mais les verbes finnois se construisant avec un allatif n’ont pas for­cé­ment ce sens de « datif », ni for­cé­ment la même cons­truc­tion en français (voir le détail p. 207). Ainsi, en finnois on peut uti­li­ser le verbe huutaa avec un com­plé­ment unique à allatif (huutaa jklle), mais il correspond alors au français « crier avec quel­qu’un », autrement dit parler sur un ton violent ou agressif avec quelqu’un. Dans cet emploi, crier est une variante « plus forte » de parler (dont la version encore plus forte serait hurler), et non pas de dire. En français, le verbe crier ne peut pas être employé comme parler, avec seulement un objet in­direct :

Älä huuda minulle! Ne crie pas avec moi ! [et non : *Ne me crie pas !]
Älä huuda hänelle! Ne crie pas avec lui ! [et non : *Ne lui crie pas !]

En revanche, on peut uti­li­ser un COI avec le verbe crier quand il a un COD, ou bien l’employer de façon absolue :

Elle lui a crié des mots d’adieux.
Les supporteurs criaient des paroles d’encouragement aux coureurs épuisés.
Nous lui avons crié de revenir. [de est un subordonnant introduisant un infinitif COD]
Arrête de crier comme un perdu !

Comme dans le cas de raconter ci-dessus, on peut donc modéliser la cons­truc­tion de crier de la façon sui­vante :

En finnois, huutaa peut se construire avec un objet premier indirect (huutaa jklle). En français, en-dehors de l’emploi absolu, crier ne peut pas s’uti­li­ser avec un objet indirect seul ; il exige au moins un objet premier direct (crier qch) et peut recevoir dans ce cas éventuellement un objet second indirect (crier qch à qqn).