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207. La cons­truc­tion des verbes varie

1. La cons­truc­tion des verbes varie d’une langue à l’autre

La manière de rattacher l’objet au verbe varie d’une langue à l’autre : un COD en finnois peut cor­res­pon­dre en français à une cons­truc­tion avec la pré­po­si­tion à ; une cons­truc­tion avec illatif en finnois peut cor­res­pon­dre en français à un COD, etc. C’est une évidence qu’on oublie trop souvent ! Il suffit de comparer les quel­ques exem­ples de verbes suivants pour constater que tel verbe finnois avec un objet direct peut avoir com­me équi­va­lent un verbe français avec un objet in­di­rect, et vice-versa :

207. Comparaison de la cons­truc­tion de quelques verbes finnois et français
finnoisfrançaisfinnoisfrançais
muistuttaa jtakressembler à qqch muistaa jtakse souvenir de qqch
ajatella jtakpenser à qqch koskea jtakporter sur qch
kiinnostua jstaks’intéresser à qqch pitää jstaktenir à qqch
tarvita jtakavoir besoin de qqch tyytyä jhkse satisfaire de qqch
äänestää jtkavoter pour qqn mennä jtak tietäpasser par quelque part
epäillä jtakdouter de qqch kuolla jhkmourir de qqch
vastata jtak correspondre à qch luottaa jhkcompter sur qqch

La cons­truc­tion des verbes est en soi un problème morphosyntaxique, mais c’est aussi et surtout une ques­tion de lexique : très souvent, le type de pré­po­si­tion uti­li­sé s’est fixé avec le temps et il semble parfai­te­ment arbitraire à l’apprenant allophone – c’est vrai pour toutes les langues où de telles structures exis­tent. De plus, la cons­truc­tion des verbes varie au cours du temps (voir ci-dessous §3).

La seule solution, c’est d’apprendre le verbe avec sa cons­truc­tion (voir par exem­ple faq p. 158 à propos du verbe s’intéresser à qch). De toute façon, de nombreux verbes ne signifient rien sans « leur » pré­po­si­tion. Ainsi, tarvita est en français avoir besoin de, et non pas simplement *avoir besoin. Il faudrait donc toujours apprendre un verbe avec « ses » pré­po­si­tions ou au moins une partie d’entre elles : jouer, jouer de, jouer sur etc. (p. 201 §3).

2. Verbes à surveiller par les fin­no­pho­nes

Parmi les verbes dont la cons­truc­tion est à surveiller particulièrement par les apprenants fin­no­pho­nes, on peut mentionner :

ressembler à qch/qqn : finnois muistuttaa, anglais to resemble sth/sb
[avec COD en finnois et en anglais, mais avec COI en français]
succéder à qch/qqn : finnois seurata
[avec COI en français, mais avec COD en finnois ; en anglais to succeed a un sens totalement différent]

3. La cons­truc­tion des verbes change avec le temps

La cons­truc­tion des verbes ne reste pas figée, elle évolue constamment avec le temps. Le verbe obéir s’uti­li­sait autrefois avec un COD (obéir quelqu’un), aujourd’hui avec un COI (obéir à quelqu’un). Le verbe ex­ploser (räjähtää), uti­li­sé autrefois uniquement intransitivement, se rencontre aujourd’hui avec un COD :

Le film a explosé les records d’entrée. Elokuva räjäytti katsojalukuennätykset.

Inversement, un verbe comme assurer (varmistaa), qui réclame un COD, s’est aussi employé in­tran­si­ti­ve­ment après les années 1980 :

Avec ce nouveau déodorant, j’assure. Tämän uuden deodorantin avulla tunnen oloani varmaksi.

Cette hésitation sur la cons­truc­tion des verbes est visible dans notre présent : en français, de plus en plus de gens uti­li­sent, dans la langue courante, le verbe se rappeler avec de : je m’en rappelle (COI) au lieu de je me le rappelle (COD). Il y a des hésitations sur d’autres verbes : pallier (paikata, parantaa) est un verbe avec COD (pallier un manque), mais beaucoup l’uti­li­sent de façon erronée avec à (*pallier à qch), vrai­sem­bla­ble­ment par analogie avec remédier à, qui a le mê­me sens. Voir également le verbe jouer avec un objet désignant un instrument de musique (p. 76 §4). C’est la mê­me chose en finnois, où il y a hé­si­tation sur alkaa tehdä ou alkaa tekemään etc. La cons­truc­tion des verbes est donc en per­pé­tuelle évo­lu­tion.