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208. Le com­plé­ment cir­cons­tan­ciel et le coi

1. Complément valenciel et com­plé­ment cir­cons­tan­ciel

Les com­plé­ments des verbes introduits par une préposition qui sont des éléments du profil lexico-syntaxique (de la valence) du verbe sont appelés des com­plé­ments valenciels (p. 201 §4), ou, couramment, « com­plé­ments d’objet in­di­rects » (voir ci-dessous §2). Dans elle mange des aubergines, le groupe des aubergines est le com­plé­ment va­len­ciel du verbe manger ; dans je pense à toi, le pronom toi est le com­plé­ment valenciel de penser ; dans il va à Brest, le nom Brest est le com­plé­ment valenciel d’aller (puisqu’on va toujours quel­que part), etc. Les com­plé­ments valenciels peuvent dépendre du verbe di­rec­te­ment (il mange une pomme) ou être in­tro­duits par une pré­po­si­tion (je pense à mes amis). [1]

Le com­plé­ment cir­cons­tan­ciel, en revanche, est extérieur au groupe verbal. Les com­plé­ments cir­cons­tan­ciels sont aussi introduits par une pré­po­si­tion, et il est parfois difficile pour le non francophone de dis­tin­guer entre un com­plément valenciel et un com­plé­ment cir­cons­tan­ciel. L’une des caractéristiques du com­plé­ment valenciel introduit par une pré­po­si­tion, c’est que cette pré­po­si­tion est définie de façon fixe par le verbe : on dit obli­ga­toirement penser à qqn et non pas penser *sur qqn. En revanche, le com­plé­ment cir­cons­tan­ciel peut être introduit par des pré­po­si­tions diverses, qui définissent par exem­ple un rapport spa­tial :

Le bouvier marchait devant/près de/à côté de/derrière la vache.

2. Le coi fait partie intégrante du syntagme verbal

Le com­plé­ment valenciel peut être un com­plé­ment valenciel pré­po­si­tionnel ou coi (com­plé­ment d’objet in­di­rect, p. 203 §2). La caractéristique du coi est que le verbe a en quelque sorte besoin de celui-ci pour « fonc­tion­ner » : par exem­ple se battre implique toujours qu’on se bat contre ou pour quelque chose (mê­me si on n’exprime pas l’objet). De mê­me, en finnois, un verbe comme kietoutua (s’enrouler) peut dif­fi­ci­le­ment s’employer seul : il faut toujours dire autour de quoi le sujet s’enroule. Il en va de mê­me pour aller ou habiter, qui exigent un coi. Dans les exem­ples suivants, les groupes introduits par des pré­po­si­tions sont des coi (com­plé­ments valenciels) :

Il croit à son talent. Hän uskoo hänen kykyihinsä.
Je parle à Julie. Puhun Julielle.
Il m’a parlé de ses problèmes. Hän kertoi vaivoistaan.
Il faut lutter contre le chômage. On taisteltava työttömyyttä vastaan.

« Malgré » la pré­po­si­tion (et surtout malgré ce que laisse penser le finnois), il s’agit bien d’un objet.

3. Difficultés d’interprétation

Quand on compare les phrases

(a) Je pense à Paris. Ajattelen Pariisia.
(b) J’ai acheté ça pour toi à Paris. Ostin tämän sinulle Pariisista.

on voit que le groupe à Paris n’a pas la mê­me relation avec le verbe. Dans Je pense à Paris, le mot Paris est l’ « objet » (kohde) de penser. La phrase ne signifie pas « ajattelen Pariisissa» (elle pourrait cependant avoir ce sens par plaisanterie : un philosophe pourrait dire « je pense à Paris et je me repose à la cam­pa­gne »).

Dans J’ai acheté ce livre pour toi à Paris, le mot Paris désigne l’endroit où on a acheté le livre. Le groupe à Paris ajoute donc une information sur l’endroit où on acheté ce livre. Il renseigne sur les circonstances (olo­suh­teet) dans lesquelles cet achat a eu lieu. C’est ce qu’on appelle un com­plé­ment cir­cons­tan­ciel (abrégé cc), en finnois adverbiaali. Mais quand on dit J’ai acheté le tableau à un particulier (Ostin taulun yksityis­henkilöltä), le groupe à un particulier est un coi (com­plé­ment valenciel). On trouve les deux types de com­plé­ments avec à dans la phrase suivante :

J’ai acheté le tableau à un particulier [coi] à Paris [cc].
Ostin taulun yksityishenkilöltä Pariisissa ollessani. [2]

Comparer éga­le­ment les deux phrases suivantes :

Je parle de la mer.
Kerron merestä.
De la mer, on peut bien voir les montagnes qui bordent le littoral.
Mereltä käsin näkee hyvin rannikkoa reunustavat vuoret.

Dans le premier exem­ple, de la mer est l’objet du verbe parler (coi), dans le deuxième, c’est l’endroit de­puis lequel on peut admirer les montagnes, donc un com­plé­ment cir­cons­tan­ciel (cc).