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210. Mobilité du com­plé­ment

1. Mobilité du com­plé­ment cir­cons­tan­ciel

Le com­plé­ment cir­cons­tan­ciel peut se placer pratiquement n’importe où dans la phrase :

(a) Au début de la séance, le professeur avait présenté le contenu de son cours aux étudiants. 
(b) Le professeur, au début de la séance, avait présenté le contenu de son cours aux étudiants.
(c) Le professeur avait présenté le contenu de son cours aux étudiants au début de la séance.

Il y aurait encore d’autres combinaisons possibles. On voit qu’on peut mê­me mettre le CC entre le sujet et le verbe, comme dans la phrase (b). Cependant, c’est impossible quand le sujet est un pronom conjoint (p. 301). On pourrait aussi très facilement placer le CC entre l’auxiliaire et le participe : le pro­fes­seur avait, au début de la séance, présenté… Le sens de la phrase varie plus ou moins fortement selon la place du CC. [1]

2. Fonction de focalisation

Les fin­no­pho­nes sont souvent un peu réticents à placer le com­plé­ment cir­cons­tan­ciel librement. Un exem­ple tiré d’un exercice de traduction le montre clairement. Dans des exercices de traduction, une phra­se telle que

Makuuvaunussa oli jopa suihku.

est traduite pratiquement systématiquement

Il y avait mê­me une douche dans le wagon-lit.

ce qui a pour effet de focaliser (p. 511) le CC et peut s’interpréter assez comiquement : il y avait des douches dans les voitures normales, dans le fourgon postal, dans la locomotive, et mê­me dans le wagon-lit ! En pla­çant le com­plé­ment cir­cons­tan­ciel en tête de phrase

Dans le wagon-lit, il y avait mê­me une douche.

on rend l’idée de départ : en plus des lavabos et coins-toilettes qu’on trouve en général dans un wagon-lit, il y avait mê­me une douche. À l’oral, l’ambigüité serait facilement levée en appuyant sur douche : il y avait mê­me une douche dans le wagon-lit. À l’écrit, cette dif­fé­ren­ce n’est pas visible sans un procédé particulier, par exemple l’ordre des mots. Il ne faut donc pas hésiter à déplacer le com­plé­ment cir­cons­tan­ciel en fonction du sens de la phrase. Sur ce point, le français est nettement plus souple que l’allemand ou le suédois, qui pourraient être à la base des réticences mentionnées plus haut. Voir aussi p. 515.

3. Mobilité du COD et du COI

Le com­plé­ment d’objet direct et le com­plé­ment d’objet in­di­rect sont éga­le­ment assez mobiles (en tout cas plus que ce qu’on croit généralement). Pour reprendre les exem­ples du paragraphe précédent, on pour­rait placer le COI aux étudiants à différents endroits :

(a) Au début de la séance, le professeur avait présenté le contenu de son cours aux étudiants.
(b) Aux étudiants, le professeur avait présenté le contenu de son cours au début de la séance. 
(c) Au début de la séance, le professeur, avait présenté, aux étudiants, le contenu de son cours.

Le sens de la phrase change éga­le­ment dans ce cas. Dans la phrase (a), on dit ce que le professeur avait fait au début de la séance. Dans la phrase (b), on dit que le professeur avait présenté le con­tenu de son cours au début de la séance (alors que, par exem­ple, quand il avait réuni ses chercheurs, il avait présenté le con­tenu seulement en fin de séance). Dans la phrase (c), on insère une précision sur le destinataire : le profes­seur avait présenté le contenu de son cours, essentiellement à l’intention des étudiants présents dans la salle (mais le reste du public : personnel, chercheurs, etc., n’était pas forcément concerné). On obtient donc des variations de point de vue assez significatives en changeant la place du com­plé­ment d’objet in­di­rect. Il s’agit essentiellement du point de vue, parce que, objectivement, le résultat est le mê­me : il y a une salle, des étu­diants, un professeur, et ce professeur présente le contenu de son cours, au début de la séance. On pour­rait se livrer au mê­me exercice avec le COD en prenant d’autres phrases d’exem­ple. Il faut noter deux points cependant :

1) contrairement aux exem­ples (a-c) analysés ci-dessus, le fait de changer la place du CC ne change pas toujours le sens de la phrase de façon significative, surtout s’il y a plusieurs CC dans la mê­me phrase (au­tres exem­ples p. 506 §1) ;

2) le COD et le COI ne sont pas aussi mobiles que le CC. Il y a toute une série de contraintes, dont on ne citera que quelques-unes :

– on peut dif­fi­ci­le­ment placer le COI entre le sujet et le verbe si le verbe a déjà un COD ( ?Le professeur, aux étudiants, avait présenté le contenu de son cours …), à l’exception du cas particulier de la poésie, où l’ordre des mots est plus libre ;

– le COI se place normalement après le COD : Le professeur a présenté son cours aux étudiants (et non pas *Le professeur a présenté aux étudiants son cours), sauf si le COD est nettement plus long que le COI ou s’il est développé par une autre proposition :

Le professeur avait présenté aux étudiants son cours sur la théorie des algorithmes génétiques.
Le professeur a présenté aux étudiants son cours auquel il avait travaillé tout l’été.

– à l’inverse du COI, on ne peut pas placer le COD en tête de phrase : *Le cours, le professeur avait pré­sen­té aux étudiants, sauf en position détachée ; dans ce cas, il doit être repris par un pronom (voir p. 306) :

Le cours, le professeur l’avait présenté aux étudiants.