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FAQ : Prendre à quelqu’un, reprocher à quelqu’un

1. Prendre à quelqu’un

En finnois, on prend quelque chose « de » quelqu’un, avec un mouvement d’éloignement de la personne à qui on prend vers soi-mê­me, exprimé par l’ablatif (cas en -ltA), ce qui est une manière logique d’en­vi­sager l’acte de « prendre » (comme en anglais to take from sb.).

En français, la pré­po­si­tion à s’uti­li­se, en général, avec des verbes indiquant un mouvement vers quelque chose, comme par exem­ple le fait de donner à quelqu’un (mouvement inverse de de). Les fin­no­phones ont donc tendance à penser logiquement que tout mouvement signifiant un « éloignement » depuis le locuteur vers quelqu’un d’autre se traduit par à et tout mouvement inverse signifiant un éloi­gne­ment de quelqu’un d’autre vers ou en direction du locuteur se traduit par de, et sont très embarrassés par le fait qu’on puisse dire à la fois donner à (mouvement du sujet vers le bénéficiaire) et aussi prendre à (mou­vement vers le sujet), comme on le voit dans les paires ci-dessous :

antaa jollekulle donner à quelqu’un ottaa joltakulta prendre / enlever à quelqu’un
lainata jollekulle prêter à quelqu’un lainata joltakulta emprunter à quelqu’un
vuokrata jollekulle louer à quelqu’un vuokrata joltakulta louer à quelqu’un
ostaa jollekulle acheter à quelqu’un
ostaa joltakulta acheter à quelqu’un

Il est vrai que cela peut être déroutant : J’ai acheté le livre à mon frère peut effectivement signifier que j’ai acheté le livre pour le donner à mon frère ou que mon frère m’a vendu le livre. En général, c’est le con­texte qui indique le sens, mais parfois on doit uti­li­ser d’autres tournures, par exem­ple la pré­po­si­tion pour pour supprimer l’ambigüité (acheter pour quelqu’un). Ce qui est sûr, c’est que cette manière de penser parait illogique aux fin­no­pho­nes (et aux anglophones aussi, d’ailleurs). Il faut beaucoup d’ha­bi­tu­de pour penser de façon il­lo­gique quand sa propre langue marque les mouvements de façon rigou­reuse.

Voici encore quelques autres verbes uti­li­sant la pré­po­si­tion à pour indiquer des COI exprimés en finnois par l’ablatif, et qui provoquent de constantes erreurs :

kysyä joltakulta demander à quelqu’un
pyytää joltakulta demander à quelqu’un
varastaa joltakulta voler à quelqu’un
evätä joltakulta refuser à quelqu’un
takavarikoida jklta confisquer à quelqu’un
salata joltakulta cacher à quelqu’un
ottaa joltakulta retirer à quelqu’un
puijata joltakulta soutirer à quelqu’un
repiä joltakulta arracher à quelqu’un

2. Reprocher à quelqu’un et reprocher quelque chose

La cons­truc­tion du verbe reprocher est un autre exem­ple des problèmes que peuvent poser les dif­fé­ren­ces entre le finnois et le français. L’équi­va­lent finnois de reprocher, le verbe moittia, envisage en effet les actants sous un autre angle que le français :

fr. reprocher une négligence à un employé.
fi. moittia työntekijää huolimattomuudesta.

Autrement dit, en français, le com­plé­ment d’objet direct est la chose qu’on reproche, en finnois le com­plé­ment d’objet direct est la personne à qui on fait le reproche ou qu’on critique. Le verbe moittia se cons­truit donc de la mê­me manière que critiquer en français et son équi­va­lent finnois arvostella. C’est ainsi qu’on peut reprocher à quelqu’un d’avoir fait quelque chose (COD introduit par un subordonnant de, voir p. 464), on dira donc :

Je lui ai reproché de ne pas avoir réagi plus énergiquement
Je le lui ai reproché. (voir p. 471)

Cette dif­fé­ren­ce entraine de nombreuses confusions chez les fin­no­pho­nes, qui, au lieu de je le lui ai re­pro­ché, diront facilement *je lui en ai reproché ou *je l’en ai reproché (traduction calque de moitin häntä siitä). Il existe un moyen de se rappeler com­ment construire reprocher, c’est de faire le parallèle avec par­don­ner et d’uti­li­ser une traduction « inter­mé­diai­re » :

pardonner qch à qqn antaa anteeksi
reprocher qch à qqn ”esittää moitteeksi”

L’important est de se souvenir qu’en français c’est une chose qu’on reproche à une personne, ex­ac­tement comme on pardonne une chose à une personne. En uti­li­sant le parallèle avec antaa anteeksi (ou avec ar­vos­tel­la), il est facile de se rappeler qu’on ne peut pas *reprocher quelqu’un comme en fin­nois.