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216. Référence déictique et référence anaphorique

1. Mode de référence

Les pronoms réfèrent de dif­fé­ren­tes façons à ce qu’ils désignent. On dis­tin­gue généralement :

a. La référence déictique (de deixis, « le fait de montrer ») : le démonstratif ceci suppose habituelle­ment une si­tua­tion d’énonciation de discours (p. 501) où quelqu’un montre quelque chose à quel­qu’un d’autre. Quand je dit « ceci » en désignant quelque chose à un tu, tous les deux, je et tu, peuvent iden­ti­fier le con­te­nu de ceci grâce à la situation d’énonciation, parce qu’ils peuvent voir/ entendre/ toucher ceci. De mê­me, le pronom tu a une valeur déictique parce qu’il fait intrinsè­que­ment référence à la personne à qui je dit « tu ».

b. La référence anaphorique (« qui revient en arrière », « qui rappelle », p. 501 §2) : le pronom renvoie à un an­té­cédent (korrelaatti), à quelque chose qui a précédé dans le discours (voir ci-dessous §2). L’iden­ti­fi­ca­tion de l’antécédent du pronom se fait par des mécanismes sémantiques reposant sur la « visibilité » de cet anté­cédent, autrement dit il faut qu’il soit suffisamment identifiable pour qu’on puisse établir un rapport entre le pronom et l’antécédent (c’est ce qu’on appelle la saillance, p. 217). Le groupe nominal ce joli chat gris peut ainsi être repris par divers pronoms à valeur anaphorique, dont le plus courant est le pronom de 3e personne il, mais aussi le pronom relatif qui/dont, le mien etc.

Il existe en outre des pronoms comme personne ou quelque chose qui n’ont pas de valeur déictique ni de valeur anaphorique.

La relation anaphorique ne concerne pas seulement les pronoms. Des adverbes comme ainsi ou là-bas peu­vent éga­le­ment établir une relation anaphorique. En finnois, ces adverbes sont d’ailleurs con­struits sur une forme du pronom de 3e personne (siten, siellä).

2. L’antécédent

On appelle « antécédent » l’élément ou l’objet de pensée auquel renvoie le pronom dans la relation ana­pho­rique. Cet antécédent peut être un groupe nominal, un autre pronom, un verbe, une proposi­tion ou, de façon plus vague, une idée ou un élément sous-entendu qui peut se déduire du contexte ou d’au­tres indices. Dans les exem­ples ci-dessous, l’antécédent du pronom est en couleur :

Toi tu es content, moi je le suis moins.
N’oublie pas de téléphoner → Je le ferai.
Les élèves ne sont pas habitués à ce qu’on leur fasse des critiques. → Ils n’y sont pas habitués.
Nos jeunes voisins si sympathiques ont décidé de divorcer. → C’est bien triste.

L’antécédent n’est pas toujours exprimé ou identifiable de façon nette. Dans certains cas, l’identifi­cation de l’antécédent repose sur des données qui ne sont pas immédiatement disponibles, mais qui existent. On peut imaginer par exem­ple quelqu’un qui rentre chez soi et découvre sur son bureau un paquet-cadeau, et dit à une autre personne :

Ah, tu y as pensé !

Le pronom y renvoie ici par exem­ple à mon anniversaire, mê­me si ce mot n’a été prononcé nulle part. Mais il peut se déduire de la date ou d’autres indices, par anaphore associative (voir les diffé­rents types d’ana­phore dans GMF p. 1035-1044). La forme mê­me de l’antécédent n’est pas forcé­ment claire. Dans cet exem­ple, dans l’esprit du locuteur l’antécédent pourrait tout aussi bien être on est au­jour­d’hui le 22 jan­vier.

3. Une limite floue

Les pronoms ne sont pas exclusivement soit déictiques soit anaphoriques. Certains sont plus spécia­lisés dans l’anaphore (il), d’autres dans la deixis (ça), mais souvent ils peuvent jouer les deux rôles. Il (et ses for­mes le, y, etc.) peut avoir une valeur déictique quand il désigne quelque chose qui est référencé par l’énonciation. On peut par exem­ple montrer (du doigt ou du regard) une petite enfant qui fait ses premiers pas en disant : Regarde ! elle commence à marcher. Ou bien, en servant du vin, on peut demander à son voisin de table : Tu en veux ? Le pronom conjoint en a, ici aussi, une valeur déic­tique très nette, il désigne le contenu de la bouteille que tient en main celui qui pose la ques­tion (aucune référence anaphorique à un vin mentionné auparavant).

Ce flottement entre deixis et anaphore n’a rien de surprenant : le démonstratif latin ille a donné l’a­na­pho­rique français il et, à l’accusatif, le (article ou COD du P3 il). Dans certains cas, l’article re­trou­ve (ou conserve) sa valeur déictique originelle : c’est maintenant LE moment de faire ça. Inver­se­ment, des dé­monstratifs, qui sont théoriquement (d’après certaines grammaires FLE, notamment) « spécialisés » dans la deixis, servent couramment d’anaphoriques (ça, cela, celui-ci etc., p. 226 §3).

Dans certains cas, le pronom est à la fois déictique et anaphorique :

J’ai rencontré Gaëlle au marché. Nous sommes restées longtemps à discuter.

Dans cette phrase, nous est à la fois déictique (il inclut je) et anaphorique (il renvoie à Gaëlle).