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218. Procédés de substitution

1. La substitution

La plupart du temps, le pronom de 3e personne renvoie à un antécédent exprimé et identifiable. L’ex­pres­sion anaphorique ne s’appuie cependant pas toujours sur une mention antérieure du réfé­rent : par exem­ple en trouvant un courriel dans sa boite aux lettres électronique, on peut s’excla­mer : Tiens, qu’est-ce qu’il veut ? Le référent du pronom il est inféré (johdettu) à partir de la situation par ana­phore associative (p. 216 §2). Quand le GN est ex­primé, le pronom peut le représenter totalement :

Les deux petites filles sautaient dans le tas de neige. On les entendait rire.

Mais il peut aussi représenter seulement une partie du GN, notamment dans le cas du pronom en :

Maman a fait trois gâteaux, les enfants en ont déjà mangé deux.

Le pronom en peut aussi mettre en place une simple anaphore lexicale. Dans la phrase

J’ai acheté de nouveaux skis. Mon voisin en a acheté aussi.

le mot en reprend le contenu notionnel du nom skis, mais le référent est différent, puisqu’il ne s’agit pas de la mê­me paire de skis.

2. Phrase intermédiaire

Le pronom a rarement la mê­me fonction grammaticale que le GN qui est son antécédent. Dans une phrase comme

Regarde ce petit chien, il est tout excité

le pronom il est en fonction de sujet et renvoie au GN ce petit chien, qui est com­plé­ment d’objet direct du verbe regarde. Pour déterminer la forme du pronom, il faut imaginer une phrase intermédiaire (välilause) (on pourrait aussi parler de référent intermédiaire) :

Regarde ce petit chien. [Ce petit chien est tout excité]. Il est tout excité.

Dans cet exem­ple, le pronom il se substitue au groupe nominal ce petit chien. Cette opération de sub­sti­tu­tion est celle que l’on fait fréquemment dans les exercices de grammaire. Les notions de subs­ti­tu­tion et de phrase intermédiaire sont très utiles pour faire comprendre aux apprenants le comportement de certains pronoms en français. En effet, la forme du pronom dépend assez souvent du déterminant qu’aurait le nom auquel le pronom se substitue. La transformation

Il aime les fraises. Je lui en ai acheté.

s’explique par l’opération de substitution suivante :

Il aime les fraises. [phrase intermédiaire] Je lui ai acheté des fraises. → Je lui en ai acheté.

Dans la réalité, la phrase intermédiaire est évidemment rarement exprimée. Mais elle permet de com­pren­dre le mécanisme de la substitution et de la référence anaphorique. La substitution concer­ne aussi le pro­nom ça. Dans le cas de ça, l’antécédent n’est pas un GN, mais souvent une phra­se ou une idée (voir p. 216 §3). Dans ce cas-là, le pronom se substitue rarement à un élément qui pour­rait occuper tel quel la mê­me fonction :

Arrête de chantonner. Ça m’agace.
Ça = Le fait que quelqu’un chantonne quand je travaille ou Le chantonnement en général, etc.

3. GN ne pouvant pas être remplacés par un pronom

Il existe aussi des GN qui ne peuvent pas être remplacés par un pronom. Le GN ne peut pas être pro­no­minalisé dans les cas suivants :

a. Quand le GN forme avec le verbe une expression lexicalisée (notamment dans des expressions avec article zéro, p. 82) :

Tu as pris rendez-vous  ? Oui, j’ai pris rendez-vous.
Tu as eu peur ? Oui, j’ai eu peur. [pronominalisation impossible]

Cependant, si on développe l’expression en y ajoutant par exem­ple un adjectif (voir p. 91), le GN peut être re­pris par un pronom :

J’ai pris un nouveau rendez-vous. → J’en ai pris un nouveau.
As-tu déjà éprouvé cette peur ? → Oui, je l’ai déjà éprouvée.

b. Quand le GN équivaut à un adverbe (comme lentement, beaucoup, etc.). Comparer :

Il va à Paris. → Il y va.
Il va à toute vitesse. → ?? [Pronominalisation du groupe à toute vitesse impossible]
Tu dois reprendre des forces. → Tu dois en reprendre.
Il tirait de toutes ses forces. → ?? [Pronominalisation du groupe de toutes ses forces impossible].