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221. Comparaison français-finnois du pronom de 3e personne

1. Résumé comparatif

Pour illustrer les dif­fé­ren­ces entre le français et le finnois, on peut présenter le résumé com­pa­ratif sui­vant :

221. Le pronom de 3e personne en finnois et en français
finnois français
se il renvoie à un GN désignant un non humain masculin : le bateau
se elle renvoie à un GN désignant un non humain féminin : la table
se ça (cela, ce) ne renvoie pas à un GN
français finnois langue écrite en finnois
il hän renvoie à un GN à référent humain masculin : le professeur/opettaja
il se renvoie à un GN à référent non humain masculin : le bateau/laiva.
français finnois langue parlée en finnois
il se renvoie à un GN à référent humain masculin : le professeur/opettaja
il se renvoie à un GN à référent non humain masculin : le bateau/laiva.

Le français utilise donc un seul pronom pour renvoyer à un référent GN, animé ou non animé. C'est aussi le cas dans la langue parlée en finnois, où le pronom se peut renvoyer à tout type de GN. Cette similitude serait pédagogiquement exploitable, malheureusement, le mot se est tel­lement senti comme un « non humain » que les débutants en mettraient partout (voir l’exem­ple ci-des­sous §3) : *il a une nouvelle voi­tu­re, c’est belle).

2. Une approche analytique précise

Si on excepte le pronom personnel hän, uti­li­sé essentiellement dans la langue écrite, le finnois uti­li­se un seul pronom de 3e personne : se. Le système des pronoms de 3e personne constitue en français un système beaucoup plus complexe, comme il est expliqué également p. 220. Réduire le système des pronoms personnels aux traditionnels tableaux des ma­nuels de grammaire, qui ne prennent par exemple nullement en compte le pronom démonstratif celui-ci (voir p. 220 §3 et p. 266), débouche inévitablement sur une im­pas­se. D’innombrables erreurs viennent le prouver. Aucun francophone, aussi nul en grammaire soit-il, ne dira jamais :

Le voisin a acheté une nouvelle voiture. *C’est très belle.
Ce film me rappelle *le que j’ai vu la semaine dernière
**Les ne cettes plaisent pas [= Elles ne leur plaisent pas].

Ces énormités grammaticales ont pourtant presque l’air d’être la norme chez les apprenants fin­no­pho­nes (dans les trois cas, les mots fautifs ce et le correspondent en finnois à seul pronom : se. Voir EGFF p. 12-19). Faire comprendre le fonc­tion­nement du système des pronoms en français à des fin­no­pho­nes nécessite donc une approche approche analytique précise et systématique radicalement dif­fé­ren­te de ce que l’on trouve dans les grammaires françaises ou FLE.

3. Trop humain et pas assez humain

La distinction que fait le finnois entre +humain et −humain semble être source de problèmes perpétuels pour les apprenants fin­no­pho­nes. En français, le pronom de 3e personne il/elle peut aussi se rapporter à un objet (au sens de esine), ce qui dérange les apprenants. C’est l’application au français de l’opposition finnoise humain / non humain qui entraine la production de phrases erronées du type Mon voisin a acheté une nouvelle voiture. *C’est belle. L’apprenant fin­no­pho­ne estime souvent qu’employer elle pour une voiture se­rait trop « humanisant ». Résultat : il préfère employer le pronom ce (qui rappelle da­van­ta­ge le se finnois), ce qui provoque un énoncé agrammatical qu’aucun francophone ne produira jamais.

Inversement, les débutants répugnent à employer le pronom ce dans des cons­truc­tions comme Qui est ce monsieur ? C’est mon grand-père. Le pronom ce est assimilé au pronom finnois se uti­li­sé pour ren­voyer aux non animés, et l’emploi de ce dans C’est mon grand-père est perçu comme trop « dés­hu­ma­ni­sant ». Voir p. 280 §2 et p. 292.

Le choix des pronoms il / ça s’opère en français sur des bases complètement différentes du fin­nois : le fran­çais ne marque pas l’opposition +humain et −humain dans les pronoms. Il existe ponc­tuel­le­ment une opposition +animé/−animé, mais qui ne s’applique que dans certaines for­mes objet ainsi que dans les formes sujet disjointes (voir tableaux p. 262 et p. 301).