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222. Le neutre

1. Terminologie

Les grammaires françaises uti­li­sent fréquemment le terme de neutre à propos de divers pronoms. Dans la tradition grammaticale française, on considère comme neutre tout ce qui n’est pas un GN et ne porte pas de marque de genre : c’est le cas par exem­ple des pronoms cela ou ceci, mais aussi des in­fi­ni­tifs.

Il existe éga­le­ment plusieurs pronoms que l’on qualifie couramment de neutres, comme chacun, per­son­ne, quelqu’un, etc. : ces pronoms se caractérisent en fait par l’absence de genre im­manent (omi­nais­suku). Cer­tains pronoms, comme chacun, peuvent s’employer avec une valeur non neutre (chacune de mes amis) ou neutre (cha­cun a besoin d’amour).

Le terme de neutre est fréquemment uti­li­sé pour désigner des pronoms comme cela, dont la carac­téristique essentielle est que leur antécédent n’est normalement pas un GN, ni identifiable ni vir­tuel, et dont on ne peut donc pas déduire le genre. Neutre signifie souvent dans ce cas « invaria­ble », car ces pro­noms ne prennent pas de marque de genre ni de nombre. Dans le présent ouvrage, on uti­li­se le terme de P3 à antécédent non GN (P3 à antécédent non GN) pour désigner commodément le pronom ça, mais la caractéristique es­sen­tielle du pronom ça est qu’il ne renvoie pas à un groupe nominal identi­fia­ble. Il est donc neutre « par défaut ».

2. Double acception du mot neutre

Le neutre désigne normalement un genre qui n’est ni le masculin ni le féminin. Comme le français n’a que deux genres, masculin et féminin, le neutre n’est pas à proprement parler un genre (comme en latin, grec, al­lemand, russe etc.), du moins pas un genre grammatical marqué. Morphologi­que­ment, en français, le masculin sup­plée le neutre (le masculin remplit la fonction de marque du neutre), par exem­ple dans des em­plois comme J’écoute du Schubert ou C’est du Yourcenar, cas dans lequel on peut réellement parler de neu­tre. Les noms employés de façon autonymique sont égale­ment neutres (p. 48 §1nb).

Le terme de neutre trouve donc en français deux acceptions :

  1. marque d’un « troisième genre » comme en grec, latin, anglais, etc. qui, en français, est mor­pho­lo­gi­quement iden­tique au masculin (p. 14 §1) ;
  2. absence de marque de genre (et de nombre) qui caractérise par exem­ple les in­fi­ni­tifs. Le finnois a donc un neutre du type b), puisqu’il n’y a pas de genre en finnois.

3. Le neutre en finnois

Même si cette notion est absente de la terminologie grammaticale du finnois, on trouve aussi un neutre en finnois. Joku, ei kukaan etc. sont des pronoms neutres. Le pronom se non neutre s’accorde en nombre quand il renvoie à des GN (kirjat, omenat, tapaukset → ne), mais il a aussi un emploi neu­tre invariable en nom­bre :

Joka kerta täytyy vaihtaa junaa. Se pidentää matkaa.
À chaque fois il faut changer de train. Ça rallonge le voyage.
Korjasit hanan. Se oli ystävällistä.
Tu as réparé le robinet. C’était gentil de ta part.

Contrastivement, le « neutre », c’est-à-dire la référence à un antécédent non GN, est aussi marqué en finnois d’une certaine manière par l’accord de l’adjectif au partitiivi quand il est attribut du pro­nom se :

Tässä matkalaukussa on pyörät. Se on kätevä. [se = matkalaukku]
Cette valise a des roues. Elle est pratique.
Tässä matkalaukussa on pyörät. Se on kätevää. [se = toute la phrase].
Cette valise a des roues. C’est pratique.