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223. Remarques sur le pronom de 3e personne en finnois et en français

1. Valeur multiples de se en finnois

En finnois l’anaphore pronominale de 3e personne (P3) repose sur deux éléments, un pronom personnel hän et un pronom démonstratif se. Le pronom démonstratif se a une double valeur :

– il peut renvoyer à un GN identifiable désignant un référent non humain. Dans ce cas-là, il peut se met­tre au pluriel :

Pöytä on matala. → Se on matala.
Pöydät ovat matalia. → Ne ovat matalia.

– il peut renvoyer à un objet de pensée plus vaste que le groupe nominal, par exem­ple une propo­si­tion, un verbe (qui représente une proposition), une phrase, une idée implicite, etc. Dans ce cas-là, il est neutre (sans genre ni nombre) et, donc, invariable :

Unohdin yhden kauttaviivan, se riitti pistämään html-sivun aivan sekaisin.
J’ai oublié une barre oblique quelque part, ça a suffi pour rendre la page html illisible.
[se = le fait d’avoir oublié].

Dans la langue parlée, hän est peu uti­li­sé, et le pronom se trouve ici une troisième fonction : il sert d’ana­pho­ri­que de GN à valeur +humain :

Yksi mies soitti. Se kysyi sinua.

En finnois le pronom se peut renvoyer à tout objet de pensée. Même s’il a une valeur déictique moins nette que tämä et tuo, le pronom se peut dans certains cas conserver une nette valeur dé­mons­trative (p. 227 §4). Il faut donc dans certains cas évaluer le degré de « démonstrativité » de se pour choisir l’équi­va­lent correct en français. Il s’accorde en nombre quand il renvoie à un GN et ne s’accorde pas quand il a un antécédent non GN.

En français, on uti­li­se éga­le­ment comme pronom de 3e personne (P3) plusieurs mots qui sont ha­bi­tu­el­lement rangés dans des catégories dif­fé­ren­tes : pronom dit « personnel » (il/elle) et pro­noms dé­mons­tratifs (ça, celui-ci). Le français oppose un pronom à antécédent groupe nominal (GN) et un pronom à antécédent non GN : il vs ça, ce qu’on peut résumer par le schéma suivant :

223a. Le pronom de 3e personne : comparaison finnois code écrit – code parlé
code écrit antécédent gn antécédent non gn
référent humain référent non humain
singulier
pluriel
hän
he
se
ne
se
code parléantécédent gnantécédent non gn
singulier
pluriel
se
ne
se

En français, le pronom à antécédent non GN a pour forme de base ça (variante lan­gue écrite cela).

223b. Le P3 (pronom de 3e personne) en français
antécédent gn antécédent non gn
singulier
pluriel

il (elle)
ils (elles)
ça (cela)

2. Dif­fé­ren­ces entre le français et le finnois

Il y a donc de nombreuses dif­fé­ren­ces entre le français le finnois :

– là où le français oppose il et ça, en finnois (du moins dans la langue parlée), on uti­li­se se dans les deux cas :

patja/poika [langue parlée]se
hankkeen kiivas vastustaminense

– dans le cas du pronom à antécédent GN, le français ignore en général l’opposition humain/ non humain : le pronom il en fonction de sujet renvoie aussi bien à un objet (le sac), à un animal (un co­chon) qu’à un humain (le professeur), voir p. 221 §3 :

Annie n’a pas téléphoné. Elle avait promis de m’appeler.
J’ai repeint la table. Elle est comme neuve.

– la forme du pronom à antécédent GN dépend non seulement de la fonction (sujet, objet, etc.) mais éga­le­ment du type de déterminant qui précède le nom dans le GN auquel le pronom se substitue ;

– en finnois, il n’y a pas de forme spéciale pour les pronoms anté­cé­dents de re­la­tive : on uti­li­se le pronom se : ne jotka näin väittävät, se joka ei tottele, se mikä häi­rit­see etc. Le français uti­li­se des mots spécifiques, essentiellement les pronoms incomplets celui, ce (p. 230) etc. : ceux qui prétendent ça, celui qui n’obéira pas, ce qui me dérange, etc. Peuvent éga­le­ment se trouver en position d’antécédent de relative les formes disjointes des pronoms personnels sans antécédent ou de 3e personne : moi qui croyais que tout était terminé, lui qui croit toujours tout savoir, ou même le pronom démonstratif (il avait choisi celui-là, qu'il connaissait le mieux) etc. Il ne s’agit pas en fait du mê­me type d’uti­li­sation, ces cons­truc­tions étant essentiellement appositives et non pas déterminatives (on ne peut pas dire *Je connais lui qui a fait ça ou *Prends celui-là que tu préfères). Les pronoms incomplets sont aussi employés dans des cons­truc­tions qui s’apparentent de près aux relatives : les participia­les (ceux ayant terminé leur test peu­vent partir) et les cons­truc­tions pré­po­si­tionnelles (celui de gau­che, celle avec un bonnet rouge). Les pro­noms antécédents de relative sont exa­minés p. 238 et sui­van­tes.

Autres dif­fé­ren­ces à signaler entre le français et le finnois : les formes du pronom à antécédent GN varient d’après le genre, ce qui est évidemment impossible en finnois, langue qui ignore le genre. Les pronoms ont des formes conjointes et des formes disjointes (celles qu’on appelle traditionnelle­ment « atones » et « to­ni­ques »), voir p. 220. Il n’existe rien de tel en finnois.