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226. Double fonction des pronoms démonstratifs

1. Généralités

En français, comme en finnois, les pronoms démonstratifs, qu’il ne faut pas confondre avec les dé­ter­minants démonstratifs (p. 101), ont une double fonction :

   Il a plu la nuit. Ça fera du bien à la pelouse.

Dans la phrase Ça fera du bien à la pelouse, le pronom ça n’a pas à proprement parler de valeur dé­mons­tra­ti­ve. C’est un mot qui sert de sujet au verbe quand le sujet ne reprend pas un groupe nomi­nal iden­ti­fia­ble : ça (ou sa variante langue écrite cela) est le seul mot possible dans cet exem­ple, il n’y a pas d’au­tre pronom, démonstratif ou autre, qui puisse le remplacer. Les pronoms dé­mons­tratifs font donc partie de deux systèmes différents à la fois. À cause de cette double fonc­tion, ils causent de grandes dif­ficultés aux fin­no­pho­nes (et autres apprenants de FLE). Ces dif­fi­cul­tés sont encore aggravées par le fait que les gram­maires grand public ne dis­tin­guent généralement pas les deux fonctions (déictique/ ana­pho­ri­que).

2. Celui-ci/celui-là, valeur déictique

Les pronoms démonstratifs celui-/celui-ci renvoient à un groupe nominal identifiable par le con­tex­te ou la situation. Ils ont une fonction démonstrative, « déictique » nette : ils servent à dési­gner précisément le con­te­nu du pronom dans la situation d’énonciation. Ils se comportent comme des pronoms autonomes (con­trai­rement à la forme incomplète celui) et peuvent remplir toutes les fonctions du nom. Ils cor­res­pon­dent aux pronoms démonstratifs finnois tämä/ tuo :

Tu veux quel livre ? Celui-là ? Ou bien celui-là ?
Je préfère celui-ci [ou : celui-là].

Rappel : l’opposition entre les formes en ci et en ne correspond pas réellement à l’opposition tämä / tuo (p. 101 §2) ; les formes en -là sont nettement plus courantes. 

La forme celui-ci peut aussi avoir une valeur déictique à l’écrit. Le pronom renvoie au GN qui vient d’être mentionné en dernier (en finnois jälkimmäinen, tämä) :

Jean va voir son voisin. Celui-ci lui annonce qu’il va déménager.

Dans ce cas, le pronom celui-ci n’est pas seulement un pronom anaphorique, il apporte aussi un com­plé­ment d’information (comme tämä dans le mê­me cas en finnois) et lève l’ambigüité qu’il y aurait dans Jean va voir son voisin. Il lui annonce qu’il va déménager [il : Jean ou le voisin ?]. Dans un tel cas, on uti­li­se aussi fréquemment l’expression ce dernier (comme en finnois jälkimmäinen) :

Ariane va voir sa cousine. Cette dernière lui annonce qu’elle va déménager.

Remarque : si dans une même phrase on oppose celui-ci et celui-là, ils correspondent au finnois jälkimmäinen et edel­li­nen. Mais remarquer l’ordre inverse : en français on commence par celui-ci (le plus proche), donc le dernier mentionné, alors qu’en finnois on commence par le premier mentionné (edellinen) :

On s’est promenés sur la glace du lac et dans la neige, celle-ci n’étant qu’une autre forme de celle-là.
J’ai demandé à un étudiant et à un professeur. Celui-ci n’a pas voulu me répondre, celui-là n’a pas su me répondre. Kysyin opiskelijalta ja opettajalta. Edellinen ei osannut vastata, jälkimmäinen ei halunnut vastata.

3. Valeur anaphorique (non déictique)

Outre leur fonction de démonstratif, les pronoms celui-ci et celui-là ont éga­le­ment une place bien définie dans le système du pronom de 3e personne :

celui-ci est la seule forme possible du pronom de 3e personne, dans la langue écrite, quand le pronom ren­voie à un référent non animé et qu’il est en fonction de com­plé­ment d’objet in­di­rect ou de com­plé­ment cir­constanciel (p. 266 §2) :

Une corde à linge traversait la cour. Dans le vent, un drap s’était enroulé autour de celle-ci.
En 1992, le Gouvernement fédéral décide de consulter les personnes qui vivent dans la pauvreté dans le but de lutter plus efficacement contre celle-ci.

On uti­li­se aussi celui-ci en position de sujet quand il renvoie à un GN non animé se trouvant dans un grou­pe pré­po­si­tionnel, voir La saillance p. 217.

– celui-là sert de forme disjointe (dans la terminologie traditionnelle forme tonique, forme accen­tuée) au pronom de 3e personne dont l’antécédent est un groupe nominal non animé. En effet, on évi­te d’uti­li­ser le pronom de 3e personne lui/elle en position non sujet quand l’antécédent n’est pas animé ; dans ce cas, le seul pronom possible est celui-là (p. 301, et p. 305 et suivantes) :

C’est bien les exem­ples auxquels tu pensais ?
– Oui, je pensais à ceux-là./Oui, c’est à ceux-là que je pensais.
[et non pas: c’est à eux que je pensais, qui renverrait plutôt à un humain.]