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227. L’opposition ceci/cela

1. Généralités

Ceci et cela sont des pronoms indépendants comme celui-ci et celui-là, mais à antécédent non GNs : ils ne ren­voient pas à un GN identifiable.

Valeur déictique. Ces pronoms peuvent faire fonction de déictique, quand on désigne quelque chose dans la situation d’énonciation :

Est-ce que tu as besoin de cela (de ça) ? Tarvitsetko tätä?
Tu as oublié ceci. Unohdit tämän.

Valeur non déictique. Ils servent aussi de pronom anaphorique à antécédent non GN comme se en finnois (p. 275 et sui­vantes) :

Je n’avais pas pensé à ça.

2. Dif­fé­ren­ce entre ceci et ça/cela

On fait traditionnellement une distinction entre ceci qui réfère à ce qui va venir (référence à droite ou ca­ta­pho­ri­que) et ça (dans la langue écrite cela) qui réfère à ce qui a été dit (référence à gauche ou ana­pho­ri­que) :

Moi, je vais te dire ceci : je n’aime pas beaucoup ce film.
Il y a des embouteillages sur l’autoroute. Cela (ça) nous a retardé.

Sur ce point, la langue a évolué et on peut dire que ceci et cela sont en train de se spécialiser. Il n’y a plus vraiment d’opposition entre ce qui précède (cela tuo) et ce qui va suivre (ceci tämä), mais plutôt la si­tua­tion sui­vante :

Il existe par exemple l’expression cela dit, mot à mot «tämä tultua sanotuksi» (cf. la locution finnoi­se sanotusta huolimatta), qui signifie donc une opposition, dont le sens est équivalent à silti :

Il est vrai que j’avais promis de venir. Cela dit, je n’avais pas dit quand.
Olin tosin luvannut tulla. En kuitenkaan sanonut, milloin tulen.

À cause de la disparition progressive de l’opposition ci/, beaucoup d’usagers de la langue disent ce­ci dit à la place de cela dit, usage qui scandalise certains puristes, mais qui est pour­tant courant et qui est tout à fait conforme au système de l’anaphore du français du XXIe siècle.

3. Ceci plus précis, cela plus vaste

Ceci est plus nettement un démonstratif qui renvoie à une partie précise du discours ; cela renvoie à un ensemble moins « délimité », plus vaste (cette opposition correspond plus ou moins à la différen­ce entre tämä et se en finnois). Comparer :

(1) Lors du débat télévisé, tous les candidats ont parlé du chômage. Cela prouve que c’est un problème d’actualité.
Televisioväittelyssä kaikki ehdokkaat puhuivat työttömyydestä. Se osoittaa, että se on ajankohtainen ongelma.
[Cela = le fait que tous les candidats aient mentionné le chômage.]

[2] Lors du débat télévisé, l’un des candidats vient de parler du financement des partis. Ceci me rappelle un autre problème, celui du financement de la campagne.
Televisiossa yksi ehdokkaista mainitsi puolueiden rahoituksen. Tästä tuleekin mieleen toinen ongelma, kampanjan rahoituksen ongelma.
[Ceci = le problème du financement des partis mentionné par un candidat.]

Si dans l’exem­ple (2) on avait dit Cela me rappelle..., le mot cela signifierait « le fait que le candidat ait mentionné le financement des partis » et non pas le problème du financement. La dif­fé­ren­ce de valeur n’est cependant pas toujours très nette et dépend plutôt du point de vue. Mais elle contribue à spécialiser cela en non déictique (voir p. 275 et suivantes).

4. Dif­fé­ren­ce entre pronoms anaphoriques et démonstratifs

En finnois, tämä et tuo ont un sens nettement démonstratif. Ils correspondent donc en français à celui-ci/celui-là (en général à celui-là, voir ci-dessus). En revanche, le pronom se peut avoir soit une valeur simplement anaphorique, soit une valeur plus nettement déictique. La phrase hän ei puhunut siitä peut si­gni­fier « hän ei maininnut asiaa » ou, si on appuie sur sii, elle peut signifier aussi « siitä asiasta hän ei puhunut [vaan jostakin muusta] ».

Dans le premier cas, on uti­li­se en français le pronom de 3e personne à antécédent non GN conjoint le, à la forme objet in­di­rect en (p. 263), dans le deuxième cas on uti­li­se le pronom de 3e personne disjoint ça :

Il n’en a pas parlé.
Il n’a pas parlé de ça.

À l’oral, la distinction en finnois s’entend clairement ; à l’écrit, c’est en général le contexte qui permet de décider s’il y a insistance sur se ou non, ou une modification de l’ordre des mots. Mais il convient de se rappeler que cette distinction existe, car elle peut déter­miner le choix du pronom de 3e personne français (forme en vs forme de ça). Voir aussi p. 230 §2.