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230. Celui, symbole incomplet et forme faible

1. Formes et caractéristiques

Le pronom celui est la base qui sert à former les pronoms démonstratifs celui-ci et celui-là, mais il doit être dis­tin­gué nettement de ces pronoms, car son comportement est très différent.

Le pronom celui est, sémantiquement, un symbole incomplet, parce qu’il ne peut pas renvoyer tout seul à quel­que chose. Le pronom celui employé seul ne signifie rien. Il ne peut pas être uti­li­sé de façon in­dé­pen­dan­te comme constituant d’une phrase. On ne peut pas dire par exem­ple **J’ai choisi celui. ou **Celle est intéressante. Le pronom celui est une forme clitique qui est obligatoirement « soutenue » par un élément qui en complète le sens, le plus souvent une proposition relative ou une cons­truc­tion pré­po­si­tionnelle : celui qui a dit ça, celle du haut, etc.

La forme à antécédent non GN ce peut parfois s’employer seule, mais dans certains cas précis et limités (voir ci-dessous) : elle ne peut être pratiquement que sujet du verbe être (c’est...). Les autres emplois sont des emplois figés, qui sont des survivances de cons­truc­tions anciennes. La forme ce est donc en fait éga­le­ment une forme « esclave », car elle ne peut pas occuper librement toutes les fonctions du GN.

230. Le pronom incomplet celui
Antécédent GN
singulierpluriel
celui
ceux
celle
celles
Antécédent non GN
ce

2. Une opposition forme faible / forme pleine

D’une manière générale, on peut considérer le pronom celui/ce comme une forme faible du pronom de 3e personne, qui est la forme pleine correspondante :

a. Quand le pronom de 3e personne est antécédent d’une relative spécifiante, il est fortement lié à la pro­position relative qui en complète le sens de façon obligatoire. Il passe donc de la forme pleine (il, lui, celui-ci etc.) à la forme « faible », incomplète celui, puisque le contenu sémantique du pro­nom est « rempli » par la relative. Comparer :

Il était parti en voyage avec celle-là.
Il était parti en voyage avec celle à qui il avait promis de montrer son pays natal.
Je n’ai pas bien compris ça.
Je n’ai pas bien compris ce que tu as dit.
Cela me parait bizarre.
Ce qu’il a dit me parait bizarre.

On peut donc dire que l’affixe -ci ou complète le pronom incomplet celui et le transforme en pronom indépendant celui-ci / celui-. Inversement, quand le pronom incomplet celui est développée par un autre élément (proposition relative, construction prépositionnelle), il reste à sa forme faible et n'est normalement pas suivi de -ci ou (voir cependant (p. 243).

b. De mê­me, le pronom ce peut être considéré comme une forme faible du pro­nom à antécédent non GN de 3e per­sonne ça/cela qui n’est employée qu’en position clitique comme sujet du verbe être ; comme sujet d’autres ver­bes, on emploie ça/cela ; et en dehors de la fonction sujet (du verbe être), la forme du pro­nom à antécédent non GN de 3e personne est toujours ça/cela (ou les formes objet le y en), jamais ce (sauf em­plois figés, voir p. 234) :

C’est intéressant. / Cela m’intéresse.
[= verbe autre que être ; *Ce m’intéresse serait impossible]
C’est fragile. / Ça casse facilement.
[= verbe autre que être ; *Ce casse facilement serait impossible]
Ce sera long. / Il faudra du temps pour ça.
[= ça com­plé­ment cir­cons­tan­ciel ; *il faudra du temps pour ce serait totalement impossible]

3. Emploi

Le pronom incomplet s’emploie donc dans deux cas principalement :

  1. comme tête de cons­truc­tion relative ou participiale (p. 231) et de cons­truc­tion pré­po­si­tionnelle (p. 232)
  2. comme allomorphe du P3 à antécédent non GN ça devant certaines formes du verbe être (p. 233).

En dehors de ces emplois, il sert aussi de variante au pronom il impersonnel dans la langue parlée. Pour le reste, il est uti­li­sé dans quelques expressions ou cons­truc­tions figées formées sur un modèle qui n’est plus productif en français moderne (p. 234).

4. Résumé

En résumé, on peut dire que bien des confusions et des erreurs fréquentes chez les apprenants FLE (fin­no­phones et autres) peu­vent être évitées si on se rappelle que les pronoms incomplets ne peu­vent pas être uti­li­sés seuls. Des phrases comme

*Celui m’a plu.
*Je pense à celle.
*Ce me dérange.
*Ils sont venus avec ceux.

sont totalement agrammaticales. Le mot ce peut parfois être uti­li­sé comme sujet, mais il ne peut ja­mais être employé seul par exem­ple en fonction d’objet (*il a dit ce).