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234. Emplois figés de ce

1. Un emploi limité à certaines expressions figées

Le pronom incomplet à antécédent non GN ce s’emploie comme pronom indépendant équi­va­lent à ça dans des tour­nures qui sont des survivances d’une époque de la langue où ce pronom servait de pronom dé­mons­tra­tif autonome. Mais ces cas sont limités, et surtout ces cons­truc­tions ne sont pas pro­duc­tives : on ne peut pas les appliquer à d’autres cas (autres verbes ou autres pré­po­si­tions) que ceux men­tionnés ci-dessous.

2. Et ce

Dans la langue écrite, surtout dans le style administratif et juridique, ce peut remplacer une pro­po­si­tion que l’on ne veut pas répéter ; il est alors toujours précédé de la conjonction et. Les propositions commençant par et ce sont toujours des ajouts, des commentaires détachés. Le finnois n’a pas d’é­qui­valent, on peut tra­duire et ce par exem­ple par vieläpä :

La Commission s’efforcera de présenter une nouvelle proposition de directive, et ce avant la fin de l’année. Komissio pyrkii antamaan uuden direktiiviehdotuksen – vieläpä vuoden loppuun mennessä.
Cette forme n’est plus usitée, et ce depuis fort longtemps. Tämä muoto ei ole enää käytössä – ja sitä ei ole enää aikoihin käytetty.
Chez McDonald’s, plus de 80 % des contrats sont à durée indéterminée. Et ce dès le premier emploi [publicité pour McDonald’s].
Les textes existent donc, le conseil des ministres les a approuvés et ce depuis plus de six mois, et malgré cela il n’y a toujours rien sur le terrain.
Si les conditions de votre billet le permettent, vous pourrez annuler ou échanger di­rec­te­ment votre e-billet en ligne et ce jusqu’au départ du train. [site SNCF]

Dans le premier exem­ple et ce équivaut à « et elle s’efforcera de présenter une nouvelle proposition de directive », dans le deuxième exem­ple, il équivaut à « et elle n’est plus usitée » ou « et elle ne l’est plus ». Dans cet emploi, ce peut être remplacé par cela à l’écrit et par ça dans la langue par­lée. Cette tour­nu­re est du reste tout à fait courante dans la langue parlée :

Le train ne s’arrête plus dans notre village, et ça depuis belle lurette ! Juna ei enää pysähdy kirkonkylään ja siitä on tosi kauan.
Il faudra changer ce robinet, et ça le plus rapidement possible. Tämä hana on vaihdettava, niin pian kuin mahdollista!

3. Ce me semble

La locution figée ce me semble est une variante de la cons­truc­tion moderne il me semble ou me semble-t-il uti­li­sée en incise (p. 510 §1). L’expression il me sem­ble / ce me semble est une sorte de locution figée à valeur adverbiale qu’on ajoute comme un com­men­taire, tou­jours après une phrase. Elle correspond au finnois sanoisin ou näköjään et correspond dans la langue parlée à l’expression on dirait :

Vous n’êtes guère enthousiaste, ce me semble. Ette ole kovin innostunut, sanoisin.
Langue parlée :
Tu n’es pas très enthousiaste, on dirait.

Bien que les exem­ples ci-dessous soient tirés (respectivement) de Molière et de Voltaire, ce me semble s’emploie aussi en français moderne, mais s’uti­li­se plutôt dans un style sou­tenu et il vaut mieux ne pas en abuser, faute de paraitre affecté (les hypercorrectismes sont nombreux) :

Vous grondez, ce me semble, un petit.
Le grand mérite de Catherine fut, ce me semble, d’avoir vu cette possibilité dans un moment où les généraux ne paraissaient voir qu’un malheur inévitable.

Cette locution a ceci de remarquable que le pronom ce y figure en position de sujet, ce qui, en dehors des cas où ce est employé comme sujet du verbe être allomorphe de ça (p. 233), est devenu impossible en français moderne. Il ne faut donc pas prendre modèle sur cette structure et extrapoler l’emploi de ce sujet à d’autres verbes.

4. Ce disant, ce faisant, pour ce faire

Ces locutions figées sont la survivance de cons­truc­tions anciennes dans lesquelles le pronom ce pou­vait fonc­tion­ner librement comme sujet ou COD d’un verbe (ce qui est impossible dans l’usage moderne). Dans les expressions ce faisant (niin menetellessään, niin tehdessään), ce disant (niin sa­no­es­saan, niillä sanoilla), pour ce faire (niin tehdäkseen, sitä varten), le mot ce est un COD antéposé :

Ce disant, il ouvrit la porte.
Ce disant [Gargantua] pleurait comme une vache, mais tout soudain riait comme un veau (Rabelais).
Ce faisant, vous vous causez du tort.
L’Union contribue à la réalisation d’un niveau d’emploi élevé en encourageant la coopération entre les États membres [...]. Ce faisant, elle respecte pleinement les compétences des États membres en la matière.
Lorsque vous uti­li­sez des pesticides, il importe d’agir de façon sûre et responsable. Pour ce faire, il faut d’abord lire attentivement le mode d’emploi.
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5. Sur ce

Dans l’expression figée sur ce, le pronom ce est uti­li­sé comme un pronom indépendant après pré­po­si­tion. Cette expression, qui signifie « après cela », s’est lexicalisée dans le sens de « ensui­te », « alors ». En finnois, elle équivaut à sen jälkeen, sitten. Elle est fréquente dans la langue parlée éga­le­ment, dans le sens de « et main­tenant », pour clôturer un propos, et se traduit en finnois par nyt ou no niin. Quand cette ex­pres­sion si­gnifie « ensuite, puis », ce renvoie anaphoriquement à la phrase qui précède, au contexte. À l’oral, dans le sens « et maintenant / à présent » (servant à clore un propos, voir aussi là-dessus p. 287 §1nb), l’expression sur ce a sens nettement déic­ti­que :

Sur ce, il se tut. Ja sitten hän vaikeni.
Bon, sur ce, il faut que je parte. Mutta nyt minun pitää lähteä.
Sur ce, il est temps de passer à l’examen de l’ordre du jour. No niin, nyt on aika käsitellä esityslistaa.

Cet emploi de ce après pré­po­si­tion n’est possible que dans l’expression sur ce. Après une autre pré­po­sition, on emploie ça/cela :

malgré ça
et avec ça
en dépit de cela etc.

On ne peut pas uti­li­ser ce après sur en dehors de l’expression sur ce, par exem­ple comme com­plé­ment d’un verbe comme compter sur ou dans des cons­truc­tions pré­po­si­tionnelles. Il faut utili­ser ça ou cela :

Nous comptons sur cela.
Sur ça (= à ce sujet), il a des idées bien arrêtées. etc.

6. Résumé

Au total, les cas énumérés ci-dessus sont des cas « marginaux », des cons­truc­tions figées. L’u­ti­li­sation de ce devant être (notamment dans c’est) est numériquement très importante et elle peut donner l’im­pression que le pronom ce est un outil très polyvalent, ce qui n’est pas le cas. En dehors de ces emplois, le pronom ce ne peut jamais être uti­li­sé indépendamment :