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243. Celui vs celui-là

1. Des formes difficiles à interpréter

Bien que devant un pronom relatif on utilise habituellement comme forme de pronom à an­té­cé­dent GN la forme celui (voir p. 238 et suivantes), il n’est pas impossible de ren­con­trer également la forme celui-là, qu’il faut savoir identifier correctement. Cette forme peut cor­res­pon­dre aux emplois suivants (entre parenthèses figure le renvoi aux exemples ci-dessous) :

On peut donc dresser la liste suivante, qui tient compte des formes possibles du pronom de 3e personne à référent GN devant antécédent de pronom relatif et du pronom celui-là :

2. Relative spécifiante

a. Celui qui = pronom incomplet (forme faible), forme du pronom de 3e personne à référent GN il (fin­nois se) :

Le thème du nouveau film de ce réalisateur ne diffère pas beaucoup de ceux dont nous venons de parler.
Tu reconnais ce morceau ? Il ressemble à celui que nous avons entendu la dernière fois en voiture.

b. Celui-là qui = forme mise en relief de celui qui (2a) devant relative spécifiante (en finnois se juuri) :

Tout le gotha était présent pour rendre un vibrant hommage à celle-là qui a impressionné le monde tant par son professionnalisme que son savoir-faire.
Ce système se retourne contre ceux-là précisément qu’il devait soulager le plus.

3. Relative spécifiante, construction clivée

a lui qui = forme du pronom de 3e personne à référent GN animé il devant relative spé­ci­fian­te dans les constructions clivées (finnois se) :

C’est elle [la danseuse] qui m’a appris à aimer le tango.
Ce n’était pas à eux qu’il fallait remettre ce paquet.

b. Celui-là qui = forme du pronom de 3e personne à référent GN non animé il devant relative spé­ci­fian­te dans les constructions cli­vées (en finnois se) :

C’est celui-là [le morceau] qui m’a appris à aimer le tango.
Ce n’est pas de celle-là [la recette] que tu m’avais parlé l’autre jour.

4. Relative non spécifiante

a. lui qui = forme du pronom de 3e personne à référent GN animé il devant relative non spécifiante (en finnois hän/se)

Nous nous sommes adressé à elle, qui était la seule capable de nous renseigner.
Personne ne s’est plus souvenu de lui, qui avait pourtant tout sacrifié pour cette cause.
Eux qui n’avaient jamais voyagé avant, les voilà continuellement en train de prendre l’avion.

b. celui-là, qui = forme de celui-là devant relative non spécifiante (en finnois hän/se)

Directement après avoir terminé le premier tome, qui se lit très facilement et rapidement, j'ai continué avec celui-là, qui se lit de la même manière.
Cette augmentation n'a rien à voir avec celles-là, qui étaient le fruit du désordre économique et politique.
Je cherchais un bon écran depuis longtemps, et finalement je suis tombé sur celui-là, qui passe un peu inaperçu dans les évaluations, mais qui est excellent.
Je visite les blogs et je tombe sur celui-là qui est un merveilleux moment de détente.

Dans la langue écrite, quand le pronom celui-là est suivi d’une proposition relative qui n’est pas une cons­truction clivée (§3) et qu’il ne correspond pas au cas particulier de la mise en relief du pronom incomplet (2b), cette relative est toujours non spécifiante. Autrement dit, il y a toujours une rupture, une pause en­tre l’antécédent et le relatif. Cette pause peut être nette ou légère, et dans la réalisation orale elle peut être à peine perceptible. Normalement, à l’écrit, elle est transcrite par une virgule, mais parfois cette virgule manque, comme dans le dernier exemple ci-dessus (on ne peut donc pas déduire la construction à partir de la sim­ple présence ou absence de la virgule). Qu’il y ait pause nette ou non, virgule ou non, il s’agit bien de deux éléments séparés, contrairement au groupe celui qui (2a) ou celui-là qui (2b), où il n’y a aucune rupture ni pause.

Bon à savoir pour les apprenants de FLE…

Dans la langue parlée, on rencontre fréquemment la forme longue en -là (prononcée [sɥila]) utilisée devant relative spé­ci­fian­te à la place de la forme faible celui qui devrait normalement s’utiliser (2a). On relève cet emploi dans l’ex­pression orale, et on en trouve de nombreuses occurrences sur Internet :

Je souhaite être en contact avec celles-là qui désireraient avoir de nouveaux amis.
Pour ceux-là qui ne le savent pas, il n’est pas tellement commode de venir dans la musique sans passer dans un orchestre.
Je prends mon journal chez celui-là qui est deux rues à côté, plutôt que chez cet autre qui est sur mon chemin.

Cet emploi n’est cependant pas conforme à la norme du français écrit et l’apprenant finnophone de FLE ne doit pas en conclure qu’il constitue une variante libre. Pour les finnophones, la situation est déjà pas­sa­ble­ment compliquée en ce qui concerne le pronom antécédent de relative, et il vaut mieux ne pas multiplier inutilement les options.

5. Résumé

Au total, les possibilités sont variées et il n’est pas étonnant que les apprenants FLE (de tous horizons lin­guis­ti­ques) éprouvent des difficultés à choisir la bonne forme du pronom. Ce qui est encore plus difficile, c’est de savoir distinguer entre les différentes formes de celui-là + pronom relatif : mise en relief devant relative spécifiante (2b), forme disjointe à référent non animé devant relative dans une construction cli­vée (3b), et forme pleine devant une relative non spécifiante (4b) où manque la virgule qui devrait nor­ma­le­ment être utilisée. À cela s’ajoute encore une quatrième possibilité, l’utilisation dans la langue parlée de la forme celui-là à la place de la forme celui (2a), qui est la norme de la langue écrite. Le tableau suivant résume la situation (les numéros renvoient aux points figurant ci-dessus, où on trouvera des exemples) :

246. Interprétation de celui-là qui
formetype de relativeexplication
2acelui quispécifianteforme normale
2bcelui-là quispécifiantevariante de 2a avec mise en relief du pronom celui
3bcelui-là quispécifiantephrase clivée
4bcelui-là, quinon spécifiante
4bcelui-là quinon spécifiantevariante de 4b, avec absence de la virgule attendue
4bcelui-là quispécifiantevariante langue parlée de 2a (voir FLE)

Remarque : la distinction entre les différentes valeurs des pronoms celui/celui-là pose également des problèmes aux francophones, notamment quand il s’agit de distinguer entre construction attributive et phrase clivée, voir page suivante p. 244.