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259. Le P3 à antécédent GN cod avec adjectif 

Quand le nom du groupe nominal auquel le P3 com­plé­ment objet direct se substitue est modifié par un ad­jec­tif, il y a trois possibilités :

1. GN avec adjectif déterminé par un article indéfini

Quand le groupe nominal est déterminé par un article indéfini, on reprend le nom avec le pronom en et on répète le déterminant et l’adjectif après le verbe, autrement dit on reprend le groupe nomi­nal après le verbe, mais en extrayant le nom sous la forme du pronom en. Comparer :

Je jouerai des sonates. J’en jouerai.
Je jouerai des sonates faciles. J’en jouerai des faciles.
Achète des pêches au marché. Prends des pêches rouges. Prends-en des rouges.
On trouve des pommes pas chères en cette saison. On en trouve des pas chères.
Achète une bouteille de coca. Je voudrais une grande bouteille. J’en voudrais une grande.

Si l’article indéfini pluriel est à la forme de parce qu’il précède un adjectif antéposé, il reste à la for­me de quand le nom est remplacé par en :

Je veux de belles pommes. J’en veux de belles.
Il voudrait d’autres chaussures. Hän haluaisi toiset kengät. Il en voudrait d’autres.

Dans le deuxième exem­ple, le groupe d’autres est la forme du groupe nominal d’autres chaussures (ar­ti­cle in­dé­fi­ni + ad­jec­tif + nom) dans lequel le nom chaussures a été remplacé par le pronom en. Le grou­pe d’autres s’analyse donc comme un groupe article + adjectif (exactement comme de belles, de bon­nes, des rouges, etc.) qui est rattaché au pronom en. En aucun cas, il ne faut analyser d’autres com­me un pronom, ainsi que le font par exem­ple certaines grammaires finlandaises (voir éga­le­ment p. 331 §2).

NB. Le mécanisme décrit ici s'applique aussi aux cas où l’adjectif est un adverbe, une proposition relative ou une autre construction similaire : on reprend le déterminant, en le faisant suivre du mot ou groupe de mots concerné (usage fréquent dans la langue parlée) :

Tu avais déjà vu des voitures comme celle de la collection ? – Non, je dois dire j’en ai jamais vu des comme ça.
Y’a un monsieur qui nous a donné des bonbons qui piquent, mais moi j’aime pas ça, alors tant pis. Mais ensuite, il est venu nous rattraper dans la rue parce qu’il en avait retrouvé des qui piquent pas. C’était gentil. [source]
Bon les dauphins, c’est chaud à prendre en photos, ils apparaissent super vite, pas forcément à l’endroit où j’avais prévu, mais j’en ai des pas trop mal quand même. [source]

À noter

a. Dans la langue parlée, la règle de la transformation de des en de devant épithète antéposée (p.12 §5) est sou­vent né­gli­gée. Soit les deux phrases suivantes et leur variante avec un adjectif antéposé devant le nom :

(a) Quand tu iras au marché, achète des pommes.
(a’) Achète de belles pommes.
(b) Il faudrait des fraises.
(b’) Prends de grosses fraises pour décorer le gâteau.

Dans les phrases transformées (a’) et (b’), l’article indéfini des passe à la forme de devant adjectif an­té­po­sé. Cependant, quand on reprend le nom par le pronom en, l’adjectif n’est plus à proprement parler antéposé, puisque le nom a disparu de sa place d’origine. C’est pourquoi dans ce cas, dans la langue parlée surtout, il est fréquent que l’article indéfini reprenne sa forme normale des. Dans les phrases suivantes, (c’) et (d’) sont des phrases intermédiaires (voir p. 218 §2) qui permettent de comprendre la trans­for­ma­tion :

(c) Quand tu iras au marché, achète des pommes.
(c’) Je veux de belles pommes.
(c’’) J’en veux de belles / des belles.
(d) Il faudrait des fraises.
(d’) Prends de grosses fraises pour décorer le gâteau.
(d’’) Prends-en de grosses / des grosses pour décorer le gâteau.

Cependant, dans la langue écrite soignée, on applique régulièrement la transformation de → des même quand le nom a été remplacé par le pronom en.

b. Après ne ... que, on uti­li­se uniquement la forme des, mê­me si l’adjectif est antéposé dans le GN de départ :

On nous avait dit qu’il y avait de gros cèpes dans la forêt en ce moment, mais on n’en a trouvé que des petits.
Haroun Tazieff avait prévu qu’il y aurait des séismes en France avant l’an 2000. Il n’y en a eu que des petits et c’est tant mieux.
Je ne me rappelle plus les bottes que j’ai achetées après, mais à partir de ce moment-là, je n’en ai acheté que des bonnes.

2. GN avec adjectif déterminé par un autre déterminant indéfini

Si le groupe nominal avec adjectif est déterminé par un autre déterminant que l’article indéfini (plu­sieurs, beau­coup de, peu de, quelques, certains, etc.), il est repris sous sa forme pronominale, mais on ajoute la pré­po­si­tion de devant l’adjectif. Ceci est dû à la règle selon laquelle un adjectif qua­li­fiant un pronom in­dé­fi­ni est précédé de la pré­po­si­tion de (p. 35) :

(a) Le collectionneur n’a pas acheté de tableaux, bien qu’on lui ait proposé certains tableaux très intéressants.
(a’) Le collectionneur n’a pas acheté de tableaux, bien qu’on lui en ait proposé certains de très intéressants.
(b) La bibliothèque devrait racheter de nouveaux livres, il y a beaucoup de livres abimés.
(b’) La bibliothèque devrait racheter de nouveaux livres, il y en a beaucoup d’abimés.
(c) Parmi les personnes interrogées, il y avait peu de personnes satisfaites.
(c’) Parmi les personnes interrogées, il y en avait peu de satisfaites.

Dans la phrase (c’) par exemple, ce de n’est pas le mot qui sert à former le déterminant composé peu de, mais la pré­po­si­tion qui re­lie le pronom indéfini peu et l’adjectif satisfaites ; il en va de mê­me dans beau­coup d’abimés (b’). L’usa­ge est un peu hésitant à ce sujet, et on trouve aussi des cas où de est omis (sauf quand il fait partie du dé­ter­minant complexe). Mais en général on ajoute de, et presque sys­té­ma­ti­que­ment si c’est une expression de quantité. L’article un peut aussi entrainer l’uti­li­sation de la pré­po­si­tion de s’il a une valeur de déterminant numéral. Au­tres exem­ples avec des noms de nombre :

Combien reste-t-il de tables ? – Il n’y en a que deux de réservées.
J’ai eu de la chance avec les heures de tennis, il en restait une de libre le mardi. Minulla oli onnea tennisvuorojen kanssa, oli yksi vapaa jäljellä tiistaisin.
Combien de personnes feront le voyage ? – Il y en a déjà cinquante d’inscrites. Montako henkilöä lähtee matkalle? – On jo viisikymmentä ilmoittautunutta.

3. GN avec adjectif déterminé par un déterminant défini

Quand le nom est précédé d’un déterminant défini (le plus souvent le, rarement mon ou ces etc.), on ne reprend pas le nom sous forme de pronom : on répète le groupe adjectival après le verbe avec ellipse du nom (comme en finnois) :

As-tu réparé la lampe rouge et la lampe jaune ? – Non, j’ai seulement réparé la jaune.