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261. Le P3 à antécédent GN sujet réel

Le pronom conjoint de 3e personne à antécédent GN en fonction de sujet réel pré­sente également beau­coup de similarités avec le P3 en fonction de com­plé­ment d’objet direct.

1. Fonctionnement

La pronominalisation du GN est éga­le­ment possible quand le GN est rejeté après le verbe, en fonc­tion de sujet réel (p. 342). On trouve formellement la mê­me cons­truc­tion en finnois :

Il vient des gens.
Tulee ihmisiä.

Le finnois uti­li­se éga­le­ment un pronom objet exactement équi­va­lent à en, le partitiivi de se (sitä ou niitä), ou éventuellement (mais pas obligatoirement) de he si le référent est +animé. Alors que l’em­ploi en est facultatif dans le cas de l’objet, ici le pronom est obligatoire :

Tulee vieraita. Niitä/Heitä tulee vielä.
Tällä radalla kulkee harvoin junia. Niitä kulkee harvoin.

Dans le cas, le plus fréquent, où le GN sujet réel a un déterminant indéfini, il est pronominalisé par en, ex­ac­te­ment selon les mê­mes modalités qu’avec le GN COD ou le GN attribut du sujet (p. 257 §1) :

  1. Le P3 qui se substitue à un groupe nominal sujet réel introduit par des, du, de la, de prend la for­me en.
  2. Le P3 qui se substitue à un groupe nominal sujet réel introduit par un autre déterminant (un, certains, quelques, deux, etc.) prend la forme en et on reprend le déterminant sous la forme pro­no­mi­nale correspondante (déterminant plusieurs pronom plusieurs, déterminant quelques pronom quelques-uns, déterminant beaucoup de pronom beaucoup etc.).
  3. Quand le P3 se substitue à un groupe nominal sujet réel qui contient un adjectif, on reprend le déterminant et l’adjectif :

Il vient encore des visiteurs. Il en vient encore.
Il passe rarement des trains sur cette voie. Il en passe rarement. (voir p. 50)
Il faut de l’argent. Il en faut.
Il se trouvera certainement beaucoup de gens pour critiquer le projet. Il s’en trouvera certainement beaucoup. 
Il me faut plusieurs documents. Il m’en faut plusieurs.
Il manque encore plusieurs chapitres. Il en manque encore plusieurs.
Il manque une petite cuillère pour compléter la collection. Il en manque une petite.

Remarque : dans ces cons­truc­tions, le pronom il devant le verbe est un simple morphème dont la fonc­tion est d’in­diquer la personne, et qui n’a aucun antécédent (voir p. 340). Pour des raisons sémantiques et syn­ta­xi­ques, le rejet du sujet après le verbe n’est possible qu’avec des verbes intransitifs, puisque l’interprétation cor­rec­te de la fonction sujet ne peut pas se faire avec un verbe transitif (il passe des trains vs il vend des trains). Dans la construction équivalente en finnois (Tulee ihmisiä. Il vient des gens), le verbe porte en lui-mê­me la marque de personne (Tulee), c’est pourquoi le finnois n’a pas be­soin d’une mar­que mor­pho­lo­gi­que du type il devant le verbe comme en français.

2. Avec déterminant défini

Dans certains cas, nettement moins fréquents, le GN peut aussi être déterminé par un déterminant défini, avec des verbes comme manquer ou falloir. Dans ce cas, le GN est pronominalisé par il :

Il manque encore les deux dernières parties.
Elles manquent encore.

Ces cas ne sont cependant pas des pronominalisations à l’identique de la phrase de départ, laquelle serait à proprement parler « Il manque encore elles » : la pronominalisation avec maintien du sujet apparent il n’est possible qu’avec un GN indéfini. La cons­truc­tion il manque encore lui constitue une sorte de mise en relief, et elle est plutôt du style oral. Les cons­truc­tions avec sujet réel inversé ne doivent pas être con­fon­dues par les apprenants avec les inversions du sujet typiques de la langue écrite (p. 509) :

Restent encore à résoudre deux problèmes.
Viennent ensuite les chapitres consacrés à l’histoire des religions.