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264. Le P3 GN coi  : à/de + GN dans la langue parlée

1. À + gn

D’après la norme de la langue écrite (p. 263 §1 & §4), les pronoms y et en ne peuvent pas renvoyer à un animé. Si le référent est animé, il faut uti­li­ser la forme disjointe à lui/à elle/à eux/à elles ou de lui d’elle d’eux d’elles. Comparer :

Tu penses souvent à ton frère ? Oui, je pense à lui.
Tu penses souvent à ton voyage ? Oui, j’y pense.
Il parle sans arrêt de son frère. Il parle sans arrêt de lui.
Il parle sans arrêt de son voyage. Il en parle sans arrêt.

Mais dans la langue parlée courante, cette règle est rarement observée. Dans le cas du pronom se subs­ti­tuant à à + GN animé, on uti­li­se fréquemment la forme y à la place de à lui, à elle etc. dans le cas des verbes après lesquels on devrait normalement uti­li­ser une forme disjointe (penser à, rêver à etc. p. 303) :

Tu penses à tes enfants ? Oui, j’y pense beaucoup. [langue écrite soignée : Je pense beaucoup à eux.]
Vous croyez à ce jeune artiste ? – Oui, j’y crois vraiment. [= Je crois à lui.]
Maryse a eu des problèmes avec ses nouveaux camarades de classe et semble avoir eu des dif­fi­cul­tés à s’y adapter. [= s’adapter à eux]

Remarque : l’uti­li­sation de y à la place de lui, leur dans d’autres cas que les verbes penser à, rêver à etc. existe aussi, surtout après le pronom sujet je : j’y donne/j’y dis/j’y parle au lieu de je lui donne/je lui dis/je lui parle. Mais cet emploi est senti comme populaire, régional ou démodé, et contraire à la norme du fran­çais stan­dard moderne, qu’il soit écrit ou parlé.

2. De + gn

De la mê­me façon, dans le cas de de + GN animé, on uti­li­se couramment en au lieu de de lui, d’elle etc., avec tous ty­pes de verbes (alors que dans le cas de à + GN animé, c’est essentiellement limité aux verbes qui de­man­dent nor­malement une forme disjointe) :

Il parle beaucoup de ses enfants ? Oui, il en parle beaucoup. [langue écrite soignée : Il parle beaucoup d’eux.]
C’est mon acteur préféré, j’en rêve la nuit ! [Je rêve de lui la nuit !]
J’étais si jeune quand mon grand-père est mort que je ne m’en souviens plus vraiment. [= Je ne me souviens plus de lui.]
Depuis les dernières déclarations qu’a faites cet homme politique, je m’en méfie grandement. [= Je me méfie grandement de lui.]

Les occurrences sont très nombreuses sur Internet et mê­me dans la presse ou la littérature. Il est mê­me probable qu’une grande partie des usagers ignore qu’il est en principe incorrect d’uti­li­ser y ou en pour renvoyer à un animé. Cela s’explique facilement : la langue courante ne fait rien d’autre que de sup­pri­mer l’irrégularité que constitue l’emploi d’une forme disjointe, et aligne la cons­truc­tion sur le modèle ca­no­ni­que sujet - objet conjoint - verbe :

Il te voit. Tu me connais.
On en vient. Vous en parlez.

Si on compare les formes conjointes du pronom COI se substituant à un groupe à/de + GN dans la lan­gue écrite (voir tableau p. 262) et la langue parlée, on obtient le tableau suivant :

264. Le P3 COI substitut de à/de + GN, comparaison langue écrite/langue parlée
pré­po­si­tion forme conjointe forme disjointe après pré­po­si­tion
Langue écrite +animé animé +animé
à GN lui
leur
y à lui, à elle
à eux, à elles
de GN en de lui, d’elle
d’eux, d’elles
Langue parlée +animé animé +animé
à GN lui / y
leur / y
y à lui, à elle
à eux, à elles
de GN en en de lui, d’elle
d’eux, d’elles

FLE : Ce tableau illustre les dif­fi­cul­tés auxquelles sont confrontés les apprenants de FLE dans le ma­nie­ment du pronom de 3e personne. Il reflète éga­le­ment l’évolution de la langue moderne par rapport à la nor­me codifiée de l’écrit. Celle-ci doit cependant être respectée dans l’expression écrite soignée (style sou­te­nu, rédaction scientifique, etc.). L’uti­li­sation de y ou en pour renvoyer à un +animé n’est pas la nor­me, sauf dans les cas mentionnés aux §3 et §4 ci-dessous.

3. GN à valeur générique

L’uti­li­sation de y et en pour renvoyer à un animé est admissible et justifiée quand le groupe nominal à ré­fé­rent humain a une valeur générique et ne désigne pas un animé ou un groupe d’animés en par­ti­cu­lier. C’est notamment le cas quand le groupe nominal est détaché en tête de phra­se, ce qui a pour effet de souligner la généricité :

Les enfants, on n’y pense pas toujours assez.
Les amis, on en a souvent besoin.

4. Cons­truc­tions disloquées

Les formes y et en s’uti­li­sent aussi régulièrement pour renvoyer à un animé dans les cons­truc­tions dis­lo­quées, afin d’éviter la répétition des pré­po­si­tions à et de :

*À Charlotte, je pense à elle. À Charlotte, j’y pense.
*Je pense à elle, à Mélanie. J’y pense, à Mélanie.
*D’Aurélie, il parle souvent d’elle. D’Aurélie, il en parle souvent.
*Il rêve souvent d’elle, de Mylène. Il en rêve souvent, de Mylène.