Vous êtes ici : Les pronoms » Les pronoms personnels » Le P3 à antécédent groupe nominal
265. Remarques sur le pronom en

1. Expressions de quantité

Une des grandes dif­fi­cul­tés de l’apprentissage du français pour les fin­no­pho­nes est de penser à uti­li­ser le pronom en en liaison avec une expression de quantité, autrement dit un déterminant indéfini : il faut s’ha­bituer à rajouter un élément « supplémentaire » auquel on ne pense pas tou­jours et ce n’est souvent qu’a­vec de longues années de pratique du français que cet en vient au­to­ma­ti­quement.

Un premier niveau de dif­fi­cul­té se trouve dans le fait que le finnois n’exprime souvent pas le pronom com­plé­ment d’objet direct indéfini (par exem­ple dans des réponses à une question). Le français ex­pri­me pra­ti­que­ment toujours le pronom en, et le premier problème pour les fin­no­pho­nes est de pen­ser à le « ra­jou­ter » :

Otatko kakkua? Kyllä, ottaisin mielelläni. Tu prends du gâteau ? Oui, j’en prendrais volontiers.
Ei ole paprikaa, kun en muistanut ostaa. Il n’y a pas de poivrons, vu que j’ai oublié d’en acheter.
Onko vielä paikkoja? – Ei ole enää. Il reste des places ? – Non, il n’y en a plus.

Le deuxième niveau de dif­fi­cul­té se trouve dans le fait que si le déterminant indéfini du GN est un autre déterminant qu’une forme d’article indéfini en d-, ou si le GN contient un adjectif, il faut non seu­le­ment ex­pri­mer en mais aussi reprendre le déterminant à la forme pronominale ou le conserver de­vant l’ad­jec­tif :

Montako kappaletta haluat? – Tarvitsen muutaman.
Combien d’exemplaires veux-tu ? – Il m’en faut quelques-uns.
Paljonko banaaneja ostan? – Osta viisi. Ei, osta kaksi kiloa.
Combien de bananes est-ce que j’achète ? Achètes-en cinq. Non, achètes-en deux kilos.
Osta päärynöitä. Haluan isoja.
Achète des poires. J’en veux de grandes.
Se kahvi teki hyvää, haluan toisen.
Ce café m’a fait du bien, j’en veux un autre. [et pas seulement *je veux un autre]
Tämä hame ei sovi toppisi kanssa, vaihda toiseen.
Cette jupe ne va pas avec ton bustier, mets-en une autre. [et pas seulement *mets une autre]

L’uti­li­sation de en dans ces cas-là est le signe d’une bonne maitrise de la cons­truc­tion. À cause de l’in­flu­ence du finnois, on a trop souvent tendance à l’oublier.

2. Langue familière

Cependant, dans la langue familière relâchée, on peut supprimer en dans certains cas :

Il t’en faut combien ? – Il me faut seulement un peu.
Qu’est-ce que tu as pris comme pêches ? – J’ai pris des grandes, etc.

Cette suppression de en est à interpréter comme une tournure elliptique (Il me faut seulement un peu [de vin], j’ai pris des grandes [pommes]) et non pas comme une pronominalisation à pro­pre­ment parler (encore qu’on puisse envisager cette ellipse comme un mode de pronominalisation pro­pre à l’oral).

3. Attribut du sujet

Le fait de penser à uti­li­ser en est encore plus difficile dans le cas de l’attribut. Pour un fin­no­pho­ne, pour apprendre à répondre de la façon suivante à la question posée :

C’est le mê­me manteau ?
– Non, c’en est un autre

et non pas en disant simplement *C’est un autre, il faut incontestablement une certaine pratique du français.