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267. Le P3 GN coi : anaphore prépositionnelle

1. Description

Dans la langue parlée, quand le référent du GN est non animé, au lieu de reprendre le groupe pré­po­si­tion­nel par un un pronom syncrétique ou un groupe pré­po­si­tion + pronom disjoint, on le reprend en ex­pri­mant uni­quement la pré­po­si­tion, laquelle sert ainsi de support anaphorique. C’est ce qu’on peut appeler l’ana­phore prépositionnelle :

Il tourne autour de l’arbre Il tourne autour.
Il ne faut pas courir après les honneurs. Il ne faut pas courir après.
Elle a longtemps joué avec sa poupée. Elle a longtemps joué avec.

L’anaphore prépositionnelle repose fondamentalement sur une ellipse du com­plé­ment. Dans la phrase suivante, qui est tout à fait conforme aux normes de la langue écrite, donc non familière, il y a ellipse du GN après la pré­position sans :

Dans notre corpus, nous avons trouvé seulement deux occurrences d’un in­fi­ni­tif COD après le verbe détester : une avec le subordonnant de et une autre sans.

Cette ellipse est donc formellement tout à fait comparable aux cons­truc­tions avec anaphore prépositionnelle com­me je suis parti avec, il faut lutter contre. Ce qui dis­tin­gue l’ellipse de l’anaphore prépositionnelle, c’est que l’ellipse n’est pas un processus de pronominalisation, on veut simplement éviter de répéter un terme qui est im­mé­dia­te­ment identifiable parce qu’il fait partie d’une suite logique.

2. Prépositions uti­li­sables

Le procédé de l’anaphore prépositionnelle ne fonc­tion­ne qu’avec un certain nombre de pré­po­si­tions et de façon légè­rement dif­fé­ren­te selon la pré­po­si­tion uti­li­sée :

a. Les principales pré­po­si­tions qui introduisent des groupes pré­po­si­tionnels com­plé­ments d’objet in­di­rect pou­vant être repris avec anaphore prépositionnelle sont après, autour, avec, contre, dans, pour et sur. Des pré­po­si­tions com­me de­vant, durant, entre et sous ne peuvent pas introduire des COI (mais elles peuvent introduire des com­plé­ments cir­cons­tan­ciels, avec lesquels l’anaphore prépositionnelle est possible aussi, voir p. 268 §4).

Les riverains ont protesté contre la décision.  Les riverains ont protesté contre.
La voiture est allée s’écraser contre l’arbre.  La voiture est allée s’écraser contre.
Elle a buté contre le seuil.  Elle a buté contre.
Cette ONG lutte pour l’amélioration des conditions de vie.  Cette ONG lutte pour.
Mais en tout cas, la pilule faut pas jouer avec, si ça donne des effets secondaires c’est pas bon et il faut en changer vite fait.

b. Les pré­po­si­tions sur et dans prennent la forme dessus et dedans ; l’anaphore est donc dans ce cas mar­quée par un adverbe :

Je ne compterais pas sur cette promesse. Je ne compterais pas dessus.
Il aurait dû sauter sur l’occasion. Il aurait dû sauter dessus.
Il risque de tomber sur ces papiers. Il risque de tomber dessus.
Tu l’as mis dans la boite ? - Oui, je l’ai mis dedans.

Remarquer que la forme dessus n’est pas la mê­me que là-dessus (p. 287). Cette dernière s’uti­li­se dans la langue écrite courante, alors que la for­me dessus est typique de la langue parlée.

3. anaphore prépositionnelle impossible

Certaines pré­po­si­tions ne peuvent jamais être uti­li­sées en position vide comme anaphorique de GN, par exem­ple par :

(a) Est-ce qu’ils sont passés par le chemin ? **Oui, ils sont passés par. [anaphore prépositionnelle inusitée avec par]
(b) Vous vous dirigez vers de grandes dif­fi­cul­tés **Vous vous dirigez vers. [anaphore prépositionnelle inusitée avec vers]
(c) Il a voté pour ce parti. ? Il a voté pour.

Dans l’exem­ple (c), la forme avec anaphore prépositionnelle est grammaticale, mais elle n’est pas la reprise ana­pho­ri­que de la phrase de départ, car voter pour s’est lexicalisé dans un sens différent, « voter oui » (äänestää puolesta, äänestää kyllä). Elle pourrait servir de réponse à une question dif­fé­ren­te :

Comment a-t-il voté ? Il a voté pour.

De mê­me, chez s’emploie toujours devant un GN +animé et ne peut donc pas être uti­li­sé comme support anaphorique d’un groupe pré­po­si­tionnel à référent non animé. Les cas d’emploi de l’anaphore prépositionnelle sont donc relativement limités.

Quand la reprise est impossible (pour ou par + COI), on procède comme dans la langue écrite (p. 266 §) ; on re­prend purement et simplement le nom (sans aucune substitution) ou on uti­li­se une phrase à pro­ver­be fai­re :

Est-il passé par le raccourci ? Oui, il est passé par le raccourci / il est passé par là / Oui, c’est ce qu’il a fait.

4. Avec des animés dans la langue familière

Cette uti­li­sation de la pré­po­si­tion comme substitut de GP est typique de la langue parlée, où elle est très fréquente. La langue familière l’étend mê­me aux GP à référent +animé, mais dans ce cas, on exprime généralement en même temps la forme con­jointe lui leur (ou un pronom de 1e ou 2e personne me te nous vous) devant le verbe, avec une valeur de datif éthique (p. 270 §2) :

J’ai couru après les lapins Je leur ai couru après.
Elle a couru après lui. Elle lui a couru après.

On trouve mê­me de ces constructions dans la presse [accroche d’article, Le Figaro en ligne 26.8.2011] :

Les gendarmes ont abattu jeudi un septuagénaire qui leur tirait dessus après avoir braqué le casino de Trouville. [La forme forme standard serait qui tirait sur eux.]

Voir aussi GMF p. 401. Cependant, la plupart du temps dans les cons­truc­tions de ce type, le verbe a pris un sens particulier, et ces cons­truc­tions ne sont pas toujours sémantiquement équi­va­lentes à la cons­truc­tion normale pré­po­si­tion + pronom. Ainsi, la phrase (a) ci-dessous ne peut pas se transformer en phrase (b), l’équi­va­lent de (a) dans la langue écrite de serait plutôt une phrase comme la phrase (c) :

(a) Un chauffard lui est rentré dedans. Kaahari törmäsi häneen.
(b) ?Un chauffard est rentré dans lui.
(c) Il a été heurté par un chauffard.

Comparer éga­le­ment les dif­fé­ren­ces de sens entre les phrases suivantes :

Il m’est tombé dessus. Hän kävi käsiksi [minuun].
Il est tombé sur moi. Hän törmäsi minuun [tapasi sattumalta].
Elle lui tourne autour. Hän ahdistelee häntä.
Elle tourne autour de lui. Hän pyörii hänen ympärillään.

En outre, cet emploi est limité à certaines pré­po­si­tions (contre et avec, notamment, sont exclus) et, pour des raisons syntaxiques, il est impossible dans le cas des verbes à pronom réfléchi.