Vous êtes ici : Les pronoms » Les pronoms personnels » Le P3 à antécédent groupe nominal
268. Le P3 GN com­plé­ment cir­cons­tan­ciel et com­plé­ment d’agent

Quand le pronom conjoint de 3e personne à antécédent GN est en fonction de com­plé­ment cir­cons­tan­ciel (CC) ou com­plé­ment d’agent, la forme du pronom dépend de la catégorie référentielle du GN auquel il se substitue (animé/non animé) et du niveau de langue.

1. Référent animé

Pour reprendre un GN dont référent est animé, on uti­li­se le pronom de 3e personne à la forme disjointe lui elle eux elles après la pré­po­si­tion, comme dans le cas du com­plé­ment d’objet in­di­rect (p. 266 §1) :

Il joue au bridge avec une amie. Il joue au bridge avec elle.
Nous avons commencé sans Robin. Nous avons commencé sans lui.
J’essaierai de discuter du prix avec les fournisseurs. J’essaierai de discuter du prix avec eux.
Après son père, personne ne s’est plus intéressé à cette collection. Après lui, personne ne s’est plus intéressé à cette collection.
Le vaccin a été découvert par ces jeunes chercheures. Le vaccin a été découvert par elles.
La ville a été conquise par Alexandre en 341. La ville a été conquise par lui en 341.
Devant le proviseur se tenaient quelques élèves peu rassurés. Devant lui se tenaient quelques élèves peu rassurés.

2. Référent non animé, langue écrite

Un GN à référent non animé com­plé­ment cir­cons­tan­ciel ou com­plé­ment d’agent ne peut en général pas être repris par les formes disjointes du 3e personne lui elle eux elles (sauf par la forme y ou en). On uti­li­se donc les mê­mes procédés que dans le cas du COI (p. 266 §2), comme expliqué dans les points suivants. Dans la langue écrite, on uti­li­se l’allomorphe du pronom de 3e personne celui-ci, ou on reprend le GN tel quel :

Devant la maison poussait un beau bouleau.
Devant celle-ci poussait un beau bouleau.
La voiture a été complètement recouverte par la neige qui est tombée du toit.
La voiture a été complètement recouverte par celle-ci.

Le pronom celui-ci ne s’uti­li­se en général qu’avec un GN désignant un objet concret ou une notion abs­trai­te, mais pas si le GN est par exem­ple une forme nominale de verbe (qui correspond à une pro­po­si­tion) ; dans ce cas-là, on uti­li­se cela :

Après le départ de ses amis, il se sentit soudain très seul.
Après cela, il se sentit soudain très seul.
On n’avait pas été très étonnés par sa décision de divorcer.
On n’avait pas été très étonnés par ça.

En fonction du sens de la phrase, on peut aussi uti­li­ser un adverbe (, là-bas, ensuite, etc.) ou un nom :

Après le départ de ses amis, il se sentit soudain très seul.
Ensuite, il se sentit très seul.
Après leur départ, il se sentit très seul.
Après cela, il se sentit très seul.
Derrière la maison, il y avait un petit jardin.
Derrière, il y avait un petit jardin.

3. Pronom y à valeur d’adverbe

Le pronom y peut jouer un rôle d’adverbe spatial polyvalent. Il se comporte ainsi comme un adverbe comparable à devant, derrière, en-dessous etc. (c’est le seul cas où y puisse réellement être défini comme un adverbe et où survive le sens du latin ibi) :

Il aimait la Laponie en hiver. Le climat y [= en Laponie] est plus sec que dans le sud.
J’ai rangé le fouillis derrière la remise. J’y [= derrière la remise] ai trouvé une vieille canne de mon grand-père.
Nous allons régulièrement en Vendée en été. Nous y [= en Vendée] avons des amis.
Je connais un peu Monaco, nous y [= à Monaco] avons visité le musée océanographique.

Le pronom en, contrairement à y, ne peut pas se substituer à un nom en fonction de com­plé­ment cir­cons­tan­ciel [1]. Le CC doit se remplacer par un adverbe, comparer :

Il est rentré de la montagne hier. Il en est rentré hier. (= COI)
mais
De la montagne, on voyait bien la ville. De là-bas, on voyait bien la ville.

La raison pour laquelle en ne peut pas fonc­tion­ner comme pronom-adverbe à valeur spatiale, c’est qu’il s’uti­li­se aussi, entre autres, en fonction de com­plé­ment du nom, pour marquer le possesseur non animé (voir aussi p. 269 §4). Si l’on faisait la transformation de la montagne, on voyait bien le port on en voyait bien le port, le pronom en renverrait au GN com­plé­ment de port (?le port de la montagne), com­me dans l’exem­ple suivant :

Nous avons survolé Rotterdam en avion. On en voyait bien le port.
[en renvoie de façon univoque à Rotterdam, et non pas à de l’avion.]

4. Référent non animé, langue parlée

Dans la langue parlée, pour renvoyer à un CC à référent non animé, la référence anaphorique se fait gé­né­ra­lement par l’anaphore prépositionnelle ou un adverbe. On répète uniquement la pré­po­si­tion, sans exprimer le GN :

L’entraineur menace : « Si une combinaison est meilleure qu’une autre, alors on nagera avec. »
Ce gadget qui ressemble de prime abord à un téléphone ordinaire se transforme en montre rechargeable au soleil lorsque vous ne téléphonez pas avec.
Une fois que vous aurez voyagé avec votre iTRAVL, vous ne quitterez plus jamais la maison sans !
Je suis perdu, je trouve plus mes lunettes, et je vois quasiment rien sans !

Si une pré­po­si­tion peut aussi être uti­li­sée comme adverbe (par exem­ple devant, derrière), il n’y a donc pas toujours de grande dif­fé­ren­ce avec la langue écrite :

Après le film, on est allés boire un coup. Après, on est allés boire un coup.
Derrière la forêt, il y avait un petit lac. Derrière, il y avait un petit lac.

Dans la phrase Derrière, il y avait un petit lac, le mot derrière s’analyse comme un adverbe, tournure par­fai­tement admissible dans la langue écrite aussi. Ce n’est donc pas forcément une anaphore prépositionnelle avec pré­po­si­tion. Dans la langue parlée, les pré­po­si­tions sur, sous et dans prennent la forme -dessus, -dessous et -dedans.

langue écrite langue parlée
Après cette période, ... Ensuite,... Après, ...
Dans ce livre, on trouve ... On y trouve ... Là-dedans, on trouve...
Sur ce livre, on a dit ... À ce sujet, on a dit ... Là-dessus, on a dit ...

Il y a éga­le­ment des pré­po­si­tions qu’on ne peut pas uti­li­ser telles quelles comme marque d’anaphore prépositionnelle, mê­me dans la langue écrite. Dans ce cas, il faut employer un adverbe ou une autre cons­truc­tion :

Contre le mur, il y avait un vélo. *Contre, il y avait un vélo. Là, il y avait un vélo ou À cet endroit, il y avait un vélo.

Au total, l’emploi de l’anaphore prépositionnelle est assez difficile. Elle demande une longue pratique du français et doit être uti­li­sée avec prudence par l’apprenant allophone.

5. Langue parlée : pronom ça

La langue parlée uti­li­se abondamment le P3 à antécédent non GN ça comme P3 passepartout pouvant renvoyer à n’importe quel antécédent (propriété propositionnelle de la référence par ça, voir p. 278). On peut ainsi facilement uti­li­ser ce pronom en fonction de com­plé­ment cir­cons­tan­ciel :

Après le film, on est allés boire un coup. Après ça, on est allés boire un coup.
Derrière la forêt, il y avait un petit lac. Derrière ça, il y avait un petit lac.
Contre le mur, il y avait un vélo. Contre ça, il y avait un vélo.
Après cette période,... Après ça, …
Dans ce livre, on trouve... Dans ça, on trouve …
Sur ce livre, on a dit ... Sur ça, on a dit …
Pour cette recette, il faut du beurre. Pour ça, il faut du beurre.

Il faut cependant se rappeler que cet emploi typique de la langue parlée n’est pas la norme dans la lan­gue écrite et doit être évité dans la rédaction de textes scientifiques, administratifs etc.