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269. Le pronom de 3e personne com­plé­ment de l’adjectif et du nom

1. Généralités

La pré­po­si­tion de peut servir à relier le nom et son com­plé­ment, ou l’adjectif et son com­plé­ment dans les cons­truc­tions du type

GN de GN : le livre d’Antoine, la poignée de la valise
Adjectif de GN : Je suis très satisfait de cet élève/cette voiture.

Quand le GN com­plé­ment du nom ou de l’adjectif est à référent non animé, la pronominalisation de celui-ci peut se réaliser selon un mécanisme identique. Dans le cas d’un GN à référent animé, les pro­cé­dés ana­pho­ri­ques sont différents.

2. GN à référent animé

a. Quand le GN à référent animé est en fonction de com­plé­ment du nom, la relation anaphorique est ex­pri­mée par le déterminant possessif son sa ses leur etc. Dans le cas d’une mise en relief, on uti­li­se la pré­po­si­tion à (p. 107 §3 nb.) :

la valise de Bernard sa valise
le chalet des parents de Mélanie leur chalet, etc.
avec mise en relief :
sa valise à lui – leur chalet à eux

b. Quand le pronom de 3e personne renvoie à un référent animé en fonction de com­plé­ment d’un adjectif, dans la norme de l’écrit, on uti­li­se la forme disjointe habituelle après de, de lui, d’elle, d’eux, d’elles :

Ses élèves avaient bien travaillé et elle était très satisfaite d’eux.
Les élèves aimaient bien leur prof, elles étaient super-contentes d’elle.

3. GN à référent non animé com­plé­ment de l’adjectif

Le GN à référent animé peut être repris par le pronom en à la fois en fonction de com­plé­ment du nom et de com­plé­ment de l’adjectif. La particularité de cet emploi de en est que le terme à remplacer par le pro­nom n’est pas un objet du verbe (il dépend de l’adjectif), et que malgré cela, le pro­nom de 3e personne se pla­ce devant le verbe.

Tu devrais essayer cette voiture, j’en suis très satisfait.
Son cadeau lui a beaucoup plu, elle en était absolument ravie.
Le garçon montrait son nouveau vélo à tout le monde, il en était tout fier.

Cet emploi est théoriquement limité aux cas où l’antécédent est à référent −animé, mais dans la langue courante et parlée on rencontre fréquemment des cas qui contreviennent à la règle, c’est-à-dire avec en qui renvoie à un animé, comme dans le cas du COI (p. 264 §2) :

J’ai trouvé un nouveau dentiste, j’en suis très satisfait. [normalement : je suis très satisfait de lui]
Tout le monde aimait Agnès. Même sa voisine en était un peu amoureuse. [normalement : était un peu amoureuse d’elle]

4. GN à référent non animé com­plé­ment du nom

Le pronom en peut aussi se substituer à un groupe pré­po­si­tionnel de + GN pour exprimer un rapport de possession ou d’appartenance à la place du déterminant possessif, quand le GN dont il dépend est sujet ou COD du verbe et que le possesseur est non animé. Le pronom en est dans ce cas en fonction de com­plé­ment du nom, et se place devant le verbe. Comparer :

La vieille valise de Bernard est cassée. Sa vieille valise est cassée. vs
La poignée de la valise est cassée. La poignée en est cassée.

De mê­me :

Cette robe est belle, j’en aime la couleur.
Ils étaient dans un petit hôtel sympathique, il faudra que je leur en demande l’adresse.
Je ne me rappelle plus le film, est-ce que tu pourrais m’en raconter le début ?
La crise a duré longtemps. Pour en chiffrer le cout, il faudra des années.

Pour les apprenants fin­no­pho­nes, cette uti­li­sation de en ne doit pas être surprenante, puisque le génitif du pronom de 3e personne se remplit exactement la mê­me fonction, exem­ple :

Tämä mekko on kaunis, pidän sen väristä. Cette robe est jolie, j’en aime la couleur.

5. Limitations

L’uti­li­sation de en est cependant soumise à plusieurs limitations :

a. En ne s’uti­li­se que si le GN dont dépend le groupe de + GN est en fonction de sujet ou d’objet direct. Si le nom dont dépend le GP [de + GN] est un COI ou un complément circonstanciel, on ne peut pas le reprendre par en :

Je n’ai pas encore pensé à la réparation de la chaudière *Je n’en ai pas encore pensé à la réparation. [cons­truc­tion impossible et incompréhensible].

b. Si le nom dont le GN est un com­plé­ment est une forme nominale de verbe transitif, autrement dit si le GN com­plé­ment du nom est sémantiquement l’objet direct de ce nom, on exprime la relation ana­pho­ri­que par un déterminant possessif :

Le palais a été rouvert au public. Sa restauration aura duré trois ans. [sa restauration = le fait de le restaurer]
Cette tour a été construite à une vitesse record. Sa cons­truc­tion a débuté en 1999 et s’est achevée mi 2000. [sa construction = le fait de la construire]
Micro-crédit : quatre nouvelles mesures pour favoriser son développement. [son développement = le fait de le développer]

Il resterait cependant possible d’uti­li­ser de + celui-ci dans ces exem­ples (mais pas en) :

Le palais a été rouvert au public. La restauration de celui-ci aura duré trois ans. etc.

c. En substitut de GN com­plé­ment du nom s’uti­li­se essentiellement dans la langue écrite. Dans la langue parlée, on n’exprime généralement pas le com­plé­ment du nom (« possesseur ») –animé. On uti­li­se une sorte d’anaphore zéro, autrement dit on n’exprime pas du tout en :

Je ne me rappelle plus le film. Est-ce que tu pourrais me raconter le début ?
Ne prends pas cette valise, la poignée est cassée.