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276. Le P3 à antécédent non GN : opposition déictique/anaphorique

1. Anaphorique et déictique

Exactement comme les démonstratifs celui-ci et celui-là, qui, parallèlement à leur fonction de pronom déictique, servent éga­le­ment de pronom anaphorique dans le système du P3 à antécédent GN (voir ta­bleau p. 255), le pronom ça/cela est un pronom démonstratif qui assure parallèlement les fonctions de pronom anaphorique (sur le flottement entre les deux valeurs, voir p. 227 §4). Le plus souvent, il n’y a pas de forme dif­fé­ren­te pour ça/cela démonstratif (déictique) et ça/cela ana­pho­rique de 3e personne à antécédent non GN. Pour cette raison, la dif­fé­ren­ce entre la valeur ana­pho­rique et la valeur de démonstratif de ça n’est pas toujours très nette. Le fait de dis­tin­guer ça démons­tratif et ça anaphorique peut à priori sembler inutile et en général les grammaires françaises ne font pas cette distinc­tion.

2. Formes conjointes ou disjointes ?

Cependant, dans certains cas, on a le choix entre une forme conjointe et une forme disjointe du P3 à antécédent non GN. Aux formes objet conjointes syncrétiques le, en, y correspond en effet une forme « disjointe » ça/cela, de ça/de cela, à ça/à cela, ainsi que le montre le tableau ci-dessous [1]. Dans d’au­tres cas, il n’y a pas de forme conjointe syncrétique par­ti­cu­lière (par exem­ple pour ça n’a pas de forme conjointe équi­va­lente) :

276. Opposition entre formes conjointes et disjointes du pronom ça
conjoint disjoint
le Je le sais. ça Je sais ça.
y
J’y pense. à ça Je pense à ça.
en J’en parle. de ça Je parle de ça.
pour ça Je l’ai fait pour ça.

En outre, il existe une forme syncrétique disjointe là-dessus, qui peut se substituer à sur ça/sur cela dans le cas de certains verbes (voir p. 287).

Comme en finnois le pro­nom se qui correspond à ça/cela ne connait pas ce genre de variation et peut exprimer indifféremment la valeur anaphorique ou déictique, dans certains cas, le fin­no­pho­ne peut être em­barrassé pour choisir la forme à uti­li­ser en français. Comment les dis­tin­guer et comment choisir entre forme conjointe et for­me disjointe ?

3. Choix possible entre forme conjointe ou disjointe

Quand on a le choix entre forme conjointe et forme disjointe, la forme disjointe a une valeur plus déic­ti­que et permet normalement de focaliser (voir p. 511) le pronom :

Est-ce que le conférencier a parlé des découvertes faites dans le domaine des nanotechnologies ?
(a) – Non, il n’en a pas parlé.
(b) – Non, il n’a pas parlé de ça.

Dans la phrase (b), le mot ça a davantage une valeur déictique, parce qu’on en met en relief le signifiant : « il a parlé d’autres choses du mê­me genre, mais pas de ça ». Les deux réponses possibles (a) et (b) corres­pon­dent en finnois à deux traductions qui diffèrent par l’ordre des mots :

(a’) Non, il n’en a pas parlé. Ei, hän ei puhunut siitä.
(b’) Non, il n’a pas parlé de ça. Ei, siitä hän ei puhunut.

À l’oral, on pourrait aussi marquer en finnois l’opposition entre (a) et (b) en uti­li­sant la réponse (a’), mais en insistant sur le pronom : Hän ei puhunut SIITÄ. Quand on le choix entre le ou ça, y ou à ça et en ou de ça, la forme disjointe apporte donc une information supplémentaire par rapport à la forme conjointe (focalisation, insistance, etc.)

4. Ça seule forme disponible

Dans les autres cas, il n’y a pas de choix entre forme conjointe et disjointe de forme dif­fé­ren­te. La forme ça/cela est la seule disponible et la dif­fé­ren­ce entre anaphorique et déictique n’est pas toujours nettement perceptible :

Ça m’intéresse.
Il faut lutter contre ça.

Il existe plusieurs moyens pour faire ressortir (et, pour l’apprenant FLE, d’identifier) la valeur déictique du P3 à antécédent non GN :

a. Dans certains cas, on peut uti­li­ser le pronom ceci, qui a conservé la valeur déictique forte que le pronom, que cela/ça a perdue. Comparer :

Lors du débat télévisé, tous les candidats ont parlé du chômage. Cela prouve que c’est un problème d’actualité. Televisioväittelyssä kaikki ehdokkaat puhuivat työttömyydestä. Se osoittaa, että se on ajankohtainen ongelma.
Cela = le fait que tous les candidats aient mentionné le chômage.

Lors du débat télévisé, l’un des candidats vient de parler du financement des partis. Ceci me rappelle un autre problème, celui du financement de la campagne. Televisiossa yksi ehdokkaista mainitsi puolueiden rahoituksen Tästä tuleekin mieleen toinen ongelma, kampanjan rahoituksen ongelma.
Ceci = le problème du financement des partis mentionné par un candidat.
[Si on avait dit cela, ce serait le fait que le candidat ait mentionné le financement des partis.]

La règle établie par les scolaires et les puristes selon laquelle on devrait uti­li­ser cela pour renvoyer à ce qui précède (anaphore) et ceci pour annoncer ce qui va venir est tout à fait dénuée de fondement et ne tient pas compte de la réalité de la langue moderne.

b. Le plus souvent, on uti­li­se les procédés de focalisation habituels (voir p. 512 et suivantes) de la langue écrite ou parlée, qui font ressortir la valeur déictique du pronom :

phrase normale procédé de focalisation phrase avec mise en relief
Ça m’intéresse. dislocation Ça, ça m’intéresse.
C’est vraiment beau. dislocation Ça, c’est vraiment beau.
Il faut lutter contre cela. phrase clivée C’est contre cela qu’il faut lutter.
Cela nous intéresse beaucoup. phrase pseudo-clivée Ce qui nous intéresse beaucoup, c’est cela.

Les procédés sont variés et le caractère déictique peut varier en fonction du contexte, et on ne peut pas tou­jours dire avec certitude que telle forme est plus déictique qu’une autre. On peut ainsi très bien dire dans la langue parlée j’avais pas pensé à ça à la place de j’y avais pas pensé, sans aucune valeur véri­ta­blement « déictique ». Dans le code oral, notamment, la limite entre ça anaphorique et ça déictique est très floue et cela complique considérablement la compréhension du système référentiel du P3 à antécédent non GN en fran­çais par les apprenants FLE. Le pronom ça est fréquemment uti­li­sé dans la langue parlée comme une sorte de forme d’anaphorique passepartout à la place du P3 à référent GN (voir p. 278). On peut ainsi dire :

Tu as une plaie au genou. Il faut la nettoyer. Ou
Tu as une plaie au genou. Il faut nettoyer ça.