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277. Les types d’antécédent de ça/cela

1. Cas général

Comme son nom l’indique, le pronom de 3e personne à antécédent non GN peut avoir comme an­té­cé­dent toutes sortes d’éléments autres que le GN, dont l’« étendue » peut aller du simple adjectif à une phrase, une idée, un texte, etc. D’une façon générale, la sémantique du P3 ne pose pas de pro­blè­mes, puisque le sys­tè­me est similaire en finnois (pronom se). La principale dif­fé­ren­ce avec le finnois est le fait qu’en fran­çais le P3 à antécédent non GN peut se substituer à un in­fi­ni­tif ou un à participe, ce qui n’est pas possible en finnois :

Adjectif : Pour une fois, il est satisfait, il l’est pourtant assez rarement. [le forme attribut de ça]
Participe : J’ai été séduit par ce produit et je suis sûr que vous le serez aussi.
Infinitif : Il est nécessaire de revoir ce texte, à mon avis c’est mê­me indispensable.
Proposition : Pourrais-tu me dire comment se termine le film ? Ça [cela] m’intéresse.
Si tu connaissais tes conjugaisons, ça [cela] t’éviterait bien des problèmes.
Il refusera, ça ne fait aucun doute.
Il refusera, je le [forme cod de ça] sais d’avance.
Phrase : Il n’a pas encore répondu. Ça [cela] me semble bizarre.
Il faut encore emballer les cadeaux. Qui est-ce qui va s’en [forme coi de ça] occuper ?

2. Anaphorique de nom à valeur générique

Il y a cependant des cas où le pronom de 3e personne à antécédent non GN renvoie formellement à un nom ou un GN, mais ce n’est qu’une apparence, car le contenu de ce nom ou GN ne désigne pas une entité identifiable et pronominalisable par il. C’est pour cette raison qu’on uti­li­se le pronom ça pour ren­voyer à un nom ayant une valeur générique (p. 69) :

Tu aimes la voile ? Oui, ça me plait. Pidätkö purjehtimisesta? Kyllä, pidän siitä.
L’argent, ça ne fait pas le bonheur, mais ça peut toujours servir.
Offre-lui du chocolat noir, il aime ça. [< Il aime le chocolat noir.]
La télévision, ça m’énerve parfois.
Je crois que lui, la musique, ça ne l’intéresse pas.
Les enfants, ça fait du bruit.
Un bébé, ça vous occupe toute la journée, mais c’est si mignon. [voir p. 296 §3]
Ce n’est pas du vrai cognac, mais ça y ressemble beaucoup. [Les formes ça, ce et y sont des allomorphes du P3 à antécédent non GN.]

Dans ces cas, on ne renvoie pas à un nom identifiable en particulier (dans les exem­ples ci-dessus : une voile, une pièce de monnaie, une télévision, etc.), mais à tous les objets du monde correspondant à la définition du nom et considérés comme un tout, autrement dit au contenu virtuel d’une catégorie et non pas à une entité précise. Il est donc normal qu’on n’uti­li­se pas un pronom à référent GN. Comparer éga­le­ment :

Tu manges du chocolat au lait ? – Non, je n’aime pas ça, c’est trop sucré.
Tu ne manges pas ce chocolat au lait ? – Non, il est trop sucré.
Tu aimes bien la musique classique ? – Oui, ça me plait beaucoup.
Tu as aimé la musique du film ? – Non, elle était banale.

3. Le opposé à ça

Quand le P3 à antécédent non GN a une valeur générique, on uti­li­se presque uniquement comme COD la forme disjointe ça, et non pas la forme conjointe le, qui renvoie trop à un GN :

Tu manges du chocolat au lait ? – Non, je n’aime pas ça, c’est trop sucré.
Je ne regarde pas la télévision, parce que je ne supporte plus ça. Mais :
Tu devrais au moins regarder les informations, tu le supporterais sans doute [COD non générique : le = le fait de regarder les informations] .

Cette particularité provoque bien des incertitudes chez les apprenants FLE. Dans le cas du verbe aimer, il s’y ajoute éga­le­ment un blocage sémantique : aimer avec un COD à référent groupe nominal (que la forme le évoque fortement) signifie aussi « être amoureux de » :

Tu manges du chocolat noir ? – ?? Oui, je l’aime.
Je ne regarde pas la télévision, ?? parce que je ne l’aime pas.

En revanche, dans des cas similaires, on peut facilement uti­li­ser y et en, qui, au contraire de le, ne ren­voient pas aussi nette­ment à un GN :

Il est passionné de voile, il y consacre tous ses loisirs et il en parle sans arrêt.

4. Anaphorique de noms propres à référent non animé

Quand le nom est un nom propre à référent animé, il est repris par le pronom il. En revanche, quand le nom propre renvoie à un non animé, on uti­li­se en général le pronom de 3e personne à antécédent non GN ça :

J’ai vu Pierre, il va devenir pilote sur Rafale.
Orane [nom de chienne] me suivait partout, elle avait l’air d’avoir faim.
mais
Nous avons été très surpris en revoyant Budapest après de si longues années, ça a beaucoup changé.

Ça remplace éga­le­ment un nom d’ouvrage, ou un nom d’auteur quand le nom de l’auteur désigne son œuvre par métonymie :

Nous sommes allés revoir La guerre des étoiles. Ça n’a pas pris une ride.
Aimes-tu Bach ? – Non, ça ne me dit rien.
Et Schubert ? – Oui, j’aime ça.

Le point commun de ces deux emplois de ça est qu’il n’est pas interchangeable avec la variante langue écrite cela (mais les hypercorrectismes sont fréquents, voir faq p. 293). Les énoncés suivants sont théo­ri­que­ment non recevables ou à la limite de l’acceptabilité :

Tu manges du chocolat au lait ? – *Non, je n’aime pas cela. [cela renverrait à l’action de manger]
Tu aimes bien la musique classique ? – ?Oui, cela me plait beaucoup.
Nous avons été très surpris en revoyant Budapest après de si longues années, ?cela a beaucoup changé.
Nous sommes allés revoir La guerre des étoiles. ? Cela n’a pas pris une ride.
Aimes-tu Bach ? – ?Non, cela ne me dit rien.

5. Anaphorique de noms à valeur de proposition

Un GN peut éga­le­ment être la forme nominale d’une proposition. Dans les exem­ples suivants :

C’est la manière dont ils ont réagi qui l’a convaincue qu’elle avait raison.
C’est son approche très professionnelle du problème qui me plait chez lui.

les GN sujets formels [manière dont ses élèves ont réagi] et [approche très professionnelle du pro­blè­me] sont des substituts de propositions, respectivement comment ses élèves ont réagi et comment il aborde le problème ou le fait qu’il aborde le problème de façon très professionnelle. Dans ce cas, on uti­li­se comme P3 le pronom ça (p. 296 §2) :

C’est ça (cela) qui l’a convaincue qu’elle avait raison.
C’est ça (cela) qui me plait chez lui.