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280. C’est + groupe nominal : catégorie référentielle

1. Catégorie référentielle ouverte

L’attribut de ce peut être un GN ou un substitut de GN, pronom possessif, démonstratif, indéfini, relatif, in­ter­rogatif etc. :

Je croyais que c’était Jean qui avait téléphoné, mais ce n’était pas lui. 
C’est les patins que tu voulais ? – Oui, c’est ceux-là.
Je prends encore un verre de vin. Ce sera le dernier.
Qui est là ? C’est toi, Antoine ? – Non, c’est Élodie.
C’est ton livre ? – Oui, c’est le mien.
C’est ça que tu voulais ? – Oui c’est ça.
Tu connais Mendelssohn ? Oui, c’est un musicien. C’est mon musicien préféré.
C’est toi qui as acheté ça ? – Non, ce n’est pas moi, c’est elle.

C’est par le mê­me processus qu’on uti­li­se ce pour identifier le référent d’un interrogatif :

C’est quoi ? = Qu’est-ce ?= Qu’est-ce que c’est ? (variantes langue parlée / écrite / courante)
C’est qui ? = Qui est-ce ? = Qui est-ce que c’est ?
C’est qui le monsieur à côté de ta mère ? – C’est son ancien mari.
C’est qui ? C’est mon frère. C’est ma sœur. C’est mes parents. C’est un de mes amis. C’est notre voisin.

De mê­me, l’attribut peut être le pronom en :

Ce sont aussi des giroles ? Oui, c’en sont aussi. / C’en est aussi. / Non, c’en est pas.
Ce sont de vraies émeraudes ? C’en sont de vraies. / Ce n’en sont pas de vraies.

2. Dif­fé­ren­ces avec le finnois et d’autres langues

Le pronom ce peut donc renvoyer à tout GN, masculin, pluriel, singulier, féminin, animé, humain. Il y a là une dif­fé­ren­ce fondamentale avec le finnois, au moins dans la norme écrite de celui-ci. Dans la cons­truc­tion équi­va­lente en finnois, si le P3 renvoie à un référent +humain, il faut uti­li­ser la forme hän (mais dans la langue parlée, on uti­li­se le pronom à référent −humain se) :

Mikä tämä paperi on? Se on vanha lasku.
Qu’est-ce c’est que ce papier ? C’est une vieille facture.
Kuka on tuo nuori poika valokuvassa? Hän on veljeni.
Qui est ce jeune garçon sur la photo ? C’est mon frère.
Hän on veljeni. C’est mon frère.
He ovat vanhempani. Ce sont mes parents / C’est mes parents.
Tunnetko Gionon? Hän on kirjailija. Tu connais Giono ? C’est un écrivain.

Contrairement au finnois, le français n’uti­li­se donc pas systématiquement le pronom il dans les cons­truc­tion du type hän on X. Le pronom il s’uti­li­se dans tous les cas autres que cette cons­truc­tion c’est + GN :

Qui est Gustave Eiffel ? C’était un ingénieur. Il a conçu les plans de la tour Eiffel. Il a conçu de nombreux autres édifices. C’était un génie.

Comme le pronom il est un anaphorique qui renvoie à un GN, c’est ce pronom qu’on uti­li­se quand l’at­tri­but est non plus un GN, mais un adjectif :

(a) Qui était Gustave Eiffel ? C’était un homme célèbre en son temps.
(attribut GN : un homme célèbre)
(b) Qui était Gustave Eiffel ? Il était très célèbre en son temps.
(attribut adjectif : célèbre)

La dif­fi­cul­té pour les fin­no­pho­nes vient du fait que dans les deux cas (dans la langue écrite), on uti­li­se en finnois le pronom hän. Mais d’autres locuteurs d’autres langues peuvent éprouver des dif­fi­cul­tés, par exem­ple en italien, puisque dans cette langue on n’uti­li­se habituellement pas de pronom sujet. Si on compare les trois langues, on constate que seul le français fait une dif­fé­ren­ce entre les types de sujet :

Hän oli kuuluisa mies. Era un uomo famoso. C’était un homme célèbre.
Hän oli kuuluisa. Era famoso. Il était célèbre.

3. Erreurs fréquentes

L’identification de l’antécédent de ça/cela est donc un problème assez complexe pour les fin­no­pho­nes, qui ont tendance à uti­li­ser de façon erronée et systématique le pronom à antécédent GN (Tu vois cette fille ? *Elle est ma cousine) dès que le référent évoque un humain. Ce genre d’erreurs est très fréquent, mê­me dans des écrits d’étudiants avancés :

Vous trouverez facilement la maison, *elle est la première à droite. [forme attendue : c’est la première, la première à droite est un GN].
Nous ne parlerons pas de cette analyse, car *elle est une interprétation démodée. [forme attendue : c’est une interprétation...]
Nous parlons beaucoup de Riley, car *il est un personnage important du roman. [forme attendue : c’est un personnage...]
Dans le tableau, on trouve plusieurs fois cette forme, on peut donc dire *qu’elle est une erreur typique. [forme attendue : c’est une erreur].

Cependant, les francophones eux-mê­mes sont parfois dérangés par cet aspect « non humain » de ce et commettent exactement les mê­mes erreurs que les fin­no­pho­nes, ainsi que le montrent ces exem­ples re­le­vés dans la presse ou sur Internet (autres exem­ples et commentaires : voir EGFF p. 172) :

Marc Gendron est né au beau milieu du siècle sur les bords du Saint-Laurent, au pied de la plus grande centrale électrique de l’époque. […] Bref, il est un drôle d’oiseau. [forme attendue : c’est un drôle d’oiseau...]
Dans le domaine professionnel, le Verseau est très polyvalent. Il peut améliorer sans cesse ses conditions de travail ainsi que celles de ses collègues. Il est un collègue joyeux et sans histoires. [forme attendue : c’est un collègue..]
Il est difficile à un blogue d’offrir un contenu aussi élitiste de par le simple fait qu’il est un outil démocratique par excellence. [forme attendue : c’est un outil...]
Ces particules sont prétendues être du VIH, mais en réalité elles sont des particules cellulaires et non virales. [forme attendue : ce sont des particules...]