Vous êtes ici : Les pronoms »  Les pronoms personnels » Le P3 à antécédent non GN
FAQ : C’est un médecin ou Il est médecin ?

1. Une similarité embarrassante

Les apprenants fin­no­pho­nes (mais aussi italophones, par exem­ple) ont tendance à uti­li­ser de façon erronée le pronom il pour former la cons­truc­tion servant à indiquer la profession de quelqu’un, en disant par exem­ple *Il est un médecin. Cette confusion au fait qu’on peut dire aussi bien C’est un médecin que Il est médecin et qu’en finnois on uti­li­se dans ce cas une seule et mê­me cons­truc­tion, Hän on lääkäri. Pourtant, en français, il s’agit de deux cons­truc­tions tout à fait dif­fé­ren­tes : C’est un médecin répond à la question Qui est-ce  ? (Kuka hän on?) ; il est médecin répond à la question Quelle est sa profession ? (Mitä hän on ammatil­taan?). En effet : 

  1. quand le nom attribut du sujet indique la profession de quelqu’un, le nom est sans article (article zéro, voir p. 85), car le nom est dans ce cas assimilable à un adjectif (voir ci-dessous 2) ;
  2. à la question qui est-ce ?/qui est-ce que c’est ? ou qu’est-ce/qu’est-ce que c’est ? on répond par c’est + GN (voir p. 280 et p. 281).

Exem­ples :

Qu’est-ce que c’est ? C’est une planche à roulettes. Se on rullalauta.
Qu’est-ce que c’est ? C’est un bouleau. Se on koivu.
Qu’est-ce que c’est ? Ce sont des cadeaux pour mes enfants.
Qui est-ce que c’est ? C’est mon frère. Se on veljeni.
Qui c’est ? C’est un médecin. Kuka hän on? Hän on lääkäri.

Si par exem­ple dans un centre de soins (terveyskeskus) on voit une femme habillée d’une blouse blanche et qu’on ne sait pas s’il s’agit d’une infirmière ou d’une médecin, on demandera naturellement : Onko hän lääkäri vai sairaanhoitaja? « Est-ce que c’est un médecin ou une infirmière ? » (donc avec c’est…) et sans doute pas : Mikä tämän valkotakkisen naisen ammatti on? « Quelle est la profession de cette femme en blanc ? » L’inverse n’est pas vrai : à la question Quelle est sa profession? on peut parfaitement répondre en uti­li­sant c’est +GN :

Quelle est la profession de ce monsieur ?
Il est tapissier-décorateur. Hän on verhoilija.
C’est un tapissier-décorateur. Hän on verhoilija.

Tandis que si on demande simplement Qui est-ce (que c’est) ?, il serait illogique ou inattendu de répondre Il est tapissier-décorateur, parce que cette cons­truc­tion s’est spécialisée dans l’expression de la profession.

2. Une valeur adjectivale

En règle générale, quand on uti­li­se un nom en fonction d’attribut pour préciser la catégorie socio­pro­fes­sion­nel­le d’une personne, ce nom se comporte syntaxiquement comme un adjectif. C’est pour cette raison qu’on « n’uti­li­se pas d’article devant les noms de profession », comme ne manquent jamais de l’enseigner les grammaires FLE : tout dans le comportement de ces noms indique qu’ils sont employés de façon ad­jec­ti­vale. C’est ainsi que la forme du pronom attribut varie ainsi en fonction la cons­truc­tion, selon les règles expliquées p. 260 et p. 285 :

attribut adjectif : pronom le à antécédent non GN, invariable
Tu es satisfait et je le suis aussi.
Armèle est professeure d’école et sa fille le sera bientôt aussi.

attribut gn : pronom en... un
Ce champignon est une girole et celui-ci en est une aussi.
Ce professeur est un physicien de renom international et son collègue en est un aussi.

3. Pas d’extension possible du nom adjectival

L’emploi de la forme il est… est limité aux cas où le pronom de 3e personne a un antécédent GN et où le nom de profession est uti­li­sé seul. L’absence de déterminant est de règle si l’attribution n’a pour rôle que d’opérer un classement, et dès qu’on y ajoute une détermination ou une caractérisation sup­plé­men­taire, le déterminant réapparait : un bon médecin n’est pas une catégorie socio­pro­fes­sion­nel­le, l’énoncé *Il est un bon médecin est donc inacceptable. Ignorants de ces prolongements essentiels de la règle qu’on leur a in­cul­quée, et influencés éga­le­ment par l’« humanité » du référent (voir p. 221 §3), les dé­bu­tants fin­no­pho­nes (et mê­me des ap­pre­nants plus avancés) produiront sys­té­ma­ti­que­ment des phrases du type :

*Il est mon dentiste.
*Elle est une peintre célèbre.
*Il était un grand architecte, etc.

Dans ces cas-là, c’est bien le pronom ce qui doit être uti­li­sé :

C’est mon dentiste.
C’est une peintre célèbre.
C’était un grand architecte.