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296. Remarques sur la sémantique de ça

1. Ça « méprisant »

a. De nombreuses grammaires mentionnent un usage particulier de ça, qui aurait une valeur péjorative ou mé­prisante dans certains contextes. En quelque sorte, pour rendre l’antécédent « méprisable », on uti­li­serait ça à la place du P3 GN il :

Regarde ces gosses mal élevés, tu as vu comment ça mange et ça se tient à table ?
Et dire que j’ai été me marier avec ça !
Ces « militants », ça parle de « classe » et ça ne sait mê­me pas écrire correctement le français.
Et là-dessus le morveux a ricané et lui a dit : « Pouvez pas vous débarrasser de moi comme ça, ch’suis confédéré. » Quelle décadence, mes amis. Ça se veut Suisse, et ça ne sait mê­me pas parler.
Mais tu entends ce type ? Ça connait rien à la politique et ça prétend donner des leçons !

En vertu de cette règle, les versions « non méprisantes » seraient donc :

Regarde ces gosses mal élevés, tu as vu comment ils mangent et ils se tiennent à table ?
Et dire que j’ai été me marier avec lui !
Ces « militants », ils parlent de « classe » et ils ne savent mê­me pas écrire correctement le français.
Quelle décadence, mes amis. Il se veut suisse, et il ne sait mê­me pas parler.
Mais tu entends ce type ? Il connait rien à la politique et il prétend donner des leçons !

Pourtant, comme on le constate, avec le pronom il, le mode de référence change complètement, il s’agit plus proprement d’un anaphorique. En fait, le mot ça n’a pas de valeur méprisante en lui-mê­me. Dans ces phrases, le fait d’employer le pronom ça à la place de l’anaphorique il établit une distance entre l’énon­cia­teur et l’énoncé, exactement comme si le locuteur était concrètement en face de l’objet de pensée dont il parle et qu’il le désignait d’un geste du doigt au destinataire du message. Dans tous les exem­ples cités, l’antécédent de ça, facilement identifiable dans le contexte, est pour ainsi dire « mis en scène » dans la situa­tion et comme montré du doigt par le locuteur, qui, ainsi, « prend ses distances » par rapport à lui comme un spectateur. L’effet de style est obtenu par le fait qu’on emploie ça comme un véritable déictique alors qu’on est dans un contexte anaphorique. Ce qui est méprisant, ce n’est pas le mot ça en lui-mê­me, c’est précisément le fait de parler d’une personne de cette manière (comme avec dégout) au lieu de la désigner par un simple anaphorique.

Dans l’exem­ple suivant (extrait d’un blog), malgré les similitudes avec les exem­ples présentés ci-dessus, le mot ça ne doit pas s’interpréter de la mê­me manière. Ici, ça a une valeur générique amenée par l’indéfini une pétas­se... :

Une pétasse qui se promène avec ses copines, ça s’entend, ça ne sait pas parler sans gueuler et ça rigole sans arrêt, comme ça, on a encore plus de chance de se faire remarquer.

b. Dans la langue parlée, on uti­li­se ça après un impératif dans des expressions à valeur ironique :

Regardez-moi ça ! Katso nyt tuotakin!
Écoute-moi ça ! Vai sillä lailla! (= kaikkea sitä kuuleekin).

La phrase écoute-moi ça peut cependant aussi signifier simplement « kuuntelepas tätä ».

2. Ça anaphorique de nom à valeur générique

Dans la phrase (a) ci-dessous, le premier ça a une valeur générique (« les bébés en général »), tandis que le second ça (ça ne dure...) renvoie anaphoriquement au contenu de la proposition ça pleure tout le temps. Devant le verbe être, on uti­li­serait la forme ce (b) :

(a) Un bébé, ça pleure tout le temps, mais ça ne dure jamais longtemps.
(b) Un bébé, ça vous occupe toute la journée, mais c’est si mignon.

Cette double valeur de ça, générique et anaphorique, permet de jouer sur le sens. Dans la phrase (dite par une femme sur un ton perfide) :

Un homme, ça fait un bon passetemps, mais ça ne dure jamais longtemps.

le référent du deuxième ça est ambigu (c’est ce qui rend la sentence perfide) : il peut renvoyer à homme de façon générique ou bien à l’idée de faire un bon passetemps. Cette ambigüité repose sur le double sens de durer, qui peut aussi signifier « rester en bon état, rester exploitable/utile ».

3. C’est + GN désignant une profession ou un statut

a. Comme aide pédagogique, on peut expliquer que les phrases C’est un professeur et Il est professeur ne répondent pas aux mê­mes questions. On ne peut pas répondre à la question (a) ainsi :

(a) Qui est M. Martin ? *Il est professeur de français.
(a’) Kuka on hra Martin? – Hän on ammatiltaan ranskan opettaja.

En effet, on ne demande pas quelle est la profession de M. Martin, mais simplement quelle est la définition de l’identité de M. Martin. On aurait pu l’identifier de diverses manières :

(a’’) Qui est M. Martin ?
C’est notre prof de français. C’est un ami. C’est notre voisin. C’est un collègue.
C’est un philosophe célèbre. C’est mon ex-mari. Etc.

b. GN à double valeur. Dans l’exem­ple suivant, l’emploi de il est recevable (voir EGFF p. 173) :

C’est plutôt le versant éducationnel qui caractérise les utopies de Robert Owen. Il est un réformateur de l’école, il se nourrit beaucoup de Rousseau, mais pas seulement.

Le GN attribut souligné opère ici un classement et la cons­truc­tion s’assimile pour le sens, et malgré la présence de un, à une cons­truc­tion attributive désignant une profession, un rôle ou un statut social (réformateur). C’est éga­le­ment le cas dans l’exem­ple suivant :

C’est vers 2 ans que l’enfant prend conscience de son sexe. Vous lui dites qu’il est un garçon, ou une fille, vous lui expliquez la dif­fé­ren­ce entre papa et maman.