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314. Place du pronom com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif

1. Pronom com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif dépendant d’un autre verbe

Quand le pronom est le com­plé­ment d’un in­fi­ni­tif dépendant d’un autre verbe, il se met immédiatement de­vant l’in­fi­ni­tif, c’est-à-dire à la place où il se mettrait si l’in­fi­ni­tif était un verbe conjugué in­dé­pen­dant, et la place respective des pronoms ne change pas :

314. Place des pronoms devant l’in­fi­ni­tif dépendant d’un autre verbe
Ille leurdonne.
Il nele leurdonne pas.
J’aurais voulule leurdonner.
Il ne veut pasle leurdonner.
Il hésite àle leurdonner.
Il vient dele leurdonner.
Il vale leurdonner.
Je suis impatiente de pouvoir le leurdonner.
Ne faudrait-il pasle leurdonner ?
Jevous yaurais emmené.
Je nevous yaurais pas emmené.
Il faudraitvous yemmener.
Je n’aurais pas eu besoin devous yemmener.
Il n’aurait pas falluvous yemmener.
Il me semble inutile devous yemmener.
Ily ena beaucoup.
Il n’y ena pas beaucoup.
Il n’y ena pas eu beaucoup.
Il doity enavoir beaucoup.
Il commence ày enavoir beaucoup.
Il ne va bientôt plusy enavoir beaucoup.
Il ne devrait pasy enavoir beaucoup.
Il doit bieny enavoir un quelque part.
Il ne peut pas ne pasy enavoir.

2. Exceptions

Cette règle n’a que peu d’exceptions (voir remarque §3 ci-dessous) :

a. Dans les propositions in­fi­ni­tives dépendant des verbes de perception (p. 672), quand l’in­fi­ni­tif fonc­tion­ne comme verbe principal d’une complétive, le pronom se met devant le verbe dont dépend l’in­fi­ni­tif (et non pas devant l’in­fi­ni­tif) :

J’entends les enfants chuchoter. → Je les entends chuchoter.
[et non pas : *j’entends les chuchoter, qui serait l’équi­va­lent du finnois kuulen heidän supattavan.]

Il regardait l’eau couler du toit. → Il la regardait couler du toit.
Tu ne sens pas le sol bouger ? → Tu ne le sens pas bouger ?

b. Faire + in­fi­ni­tif, laisser + in­fi­ni­tif : le pronom se place devant le verbe principal faire ou laisser (voir p. 672 §3) :

Il a laissé tomber le vase. → Il l’a laissé tomber.
Je lui ai fait apprendre le texte par cœur. → Je le lui ai fait apprendre par cœur.
Je laisse les enfants jouer seuls. → Je les laisse jouer seuls.
Il faut laisser le produit agir. → Il faut le laisser agir.

c. Dans la langue classique, les pronoms le la les objet direct d’un in­fi­ni­tif dépendant d’un verbe prin­ci­pal se placent devant le verbe principal :

J’ai seulement compris que la vie que je mène à Paris est encore plus agréable que je ne le pouvais croire. [Mme du Deffand]
On dit qu’il y a des gens fort polis dans cette ville-là ; je le veux croire. [Voltaire]

Les formes correspondantes en français standard seraient : je ne pouvais le croire, je veux le croire. Certains écrivains d’aujourd’hui écrivent encore de cette façon un peu archaïque qui est tout à fait admise dans la langue soutenue. Mais dans la langue courante, cela passe pour affecté ou franchement fautif. On en trouve cependant des em­plois épisodiques dans la langue courante, par ignorance ou hy­per­cor­rec­tis­me.

3. Remarque

Malgré la régularité et la simplicité de la règle du §1, on constate souvent des erreurs : les apprenants de FLE sem­blent s’affoler quand ils rencontrent une cons­truc­tion de ce type et éparpillent les pronoms n’importe où. Comme on le voit dans l’agencement des pronoms présenté ici, leur place ne varie ab­so­lu­ment pas par rapport au verbe dont ils dépendent. Fondamentalement, le problème est plus d’ordre pho­ni­que et ryth­mique. En effet, les locuteurs « natifs » ne réfléchissent pas à la place et à l’ordre des pro­noms : ils uti­li­sent des séquences phoniques qui forment des blocs caractéristiques que l’usager a répété des milliers et des milliers de fois tels que [imlapadi] (il ne me l’a pas dit), [ipøtlədiʁ] (il peut te le dire), etc. Ces blocs sont fixes et immuables et l’usager natif n’a pas besoin de réfléchir à l’en­chai­nement des pro­noms.

FLE :  quand le locuteur natif est confronté à une suite phonique moins fréquente, il est lui aussi obligé de réfléchir, ou bien il hésite. C’est ainsi que dans la langue courante, il est fréquent d’entendre uti­li­ser la suite donne-moi-le au lieu de donne-le-moi, d’autant plus que la variante donne-moi-le est parallèle à la forme langue parlée donne-moi-s-en (p. 316 §5). C’est aussi, au moins partiellement, pour ces mê­mes rai­sons de sché­ma rythmique que les formes d’impératif terminées en -t’en ou en -m’y sont pratiquement inu­si­tées.