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340. Notions importantes

1. Le pronom marqueur de 3e personne

Le verbe finnois employé impersonnellement (Tuulee, On kylmää) n’a pas de pronom sujet, alors qu’à la 3e personne, la personne est habituellement exprimée par un pronom (Hän tulee, Se on helppo). En effet, la terminaison du verbe finnois porte déjà en elle-mê­me la marque de la 3e personne : tulee, näyttää ne peu­vent être que des formes de la 3e personne du singulier. Il en va de mê­me dans d’autres langues, comme l’italien ou l’espagnol : succede, è, es, etc. ne peuvent être que des formes de la 3e personne du singulier. En finnois, italien ou espagnol, le verbe est donc « autosuffisant », il n’a pas besoin de marque de 3e per­sonne supplémentaire. En finnois, le pronom hän ou se employé habituellement devant le verbe à la 3e per­sonne n’est cependant pas redondant : sa fonction est justement d’indiquer que le verbe est employé de façon personnelle et non pas, comme c’est fréquemment le cas, impersonnellement.

Le français se dis­tin­gue du finnois (et donc aussi de l’italien ou de l’espagnol) par le fait que le verbe ne peut normalement pas être employé sans pronom sujet (sauf certains cas particulier, comme l’impératif). Si le sujet du verbe n’est pas un groupe nominal, la personne du verbe (au sens de grammatical de per­soo­na) doit être indiquée par un pronom sujet conjoint, pour qu’on puisse dis­tin­guer le sens des formes verbales homophones (voir phonétique p. 7). Contrairement aux conjugaisons en finnois ou en espagnol, les formes homophones sont nombreuses en français : phonétiquement [sot] peut correspondre à saute (1e et 3e personnes du singulier du présent de sauter), sautes (2e personne), saute (impératif). En français, il est donc nécessaire de marquer la personne par un pronom qui se place avant le verbe, et qui est en quelque sorte un « soutien de conjugaison », autrement dit une marque morphologique de la personne du verbe, comme l’est par exem­ple la voyelle longue à la fin du verbe en finnois :

[sot] = saute ! [impératif]
[ʒə] + [sot] = je saute
[ty] + [sot] = tu sautes
[il] + [sot] = il saute

On peut noter d’ailleurs qu’en français, dans la langue familière, le pronom peut être supprimé devant cer­tains verbes comme falloir, faire quand il n’y a pas de risque de confusion, par exem­ple Faut pas exa­gé­rer ! (voir p. 346), ce qui montre qu’il est, dans une certaine mesure et dans certains cas, redondant.

2. Le pronom de 3e personne est nécessaire en français

En finnois, en italien ou en espagnol, le verbe n’a généralement pas besoin d’être précédé d’un pronom con­joint indiquant la personne (sauf à la 3e personne en finnois). Dans ces langues, quand le verbe est employé impersonnellement, on n’utilise jamais de pronom sujet conjoint. Un verbe est employé de façon impersonnelle quand il n’a pas d’actant identifiable (par exemple il pleut).

En français, en revanche, le pronom conjoint est nécessaire, à toutes les personnes, et aussi à la 3e personne, mê­me quand le verbe est employé de façon impersonnelle. Dans la forme il pleut, le pronom il ne désigne aucun sujet. Il sert uniquement à conjuguer le verbe et signifie « cette forme est une forme de 3e per­son­ne ». C’est éga­le­ment le cas dans d’autres langues, comme l’an­glais, l’allemand, le suédois, etc. Comparer :

finnois On myöhää. Sataa.
italien È tardi. Piove.
espagnol Es tarde. Llueve.
français Il est tard. Il pleut.
anglais It is late. It is raining.
allemand Es ist spät. Es regnet.

On voit qu’en finnois, italien et espagnol, la position devant le verbe est vide. En français, en anglais et en allemand, elle est occupée par un pronom, dont la fonction est d’indiquer la 3e personne. Mais dans ces langues-là éga­le­ment, l’actant du verbe est impossible à identifier, le verbe est impersonnel, et le pronom il/it/es n’est pas le sujet du verbe, celui qui « exerce l’action ».

3. Formes et emploi du pronom marqueur de 3e personne

En français, les formes du pronom marqueur de 3e personne peuvent être il et ça/cela/ce. Les règles selon lesquelles on emploie telle ou telle forme sont présentées dans les pages suivantes. On uti­li­se ces pronoms dans deux cas :

a. quand le verbe n’a pas d’actant identifiable. Les formes :

il pleut, il fait beau
ça tape, ça sent mauvais

expriment un procès verbal brut, un état ou une action dont on n’exprime pas ou on n’identifie pas l’auteur (l’agent). Ce sont des verbes employés de façon impersonnelle. Voir p. 341.

b. En finnois et en français (et d’autres langues), on peut rejeter le sujet de certains verbes en position post­po­sée en plaçant le verbe en tête de phrase :

Il est normal que vous soyez étonné.
Ça me parait bizarre qu’elle n’ait rien dit.

Dans ces phrases, c’est la partie se trouvant après le verbe qui est le vrai sujet du verbe. Le pronom utilisé devant le verbe a pour fonction d’indiquer la 3e personne, mais ne représente, là non plus, aucun actant. On appelle ce pronom le sujet apparent, le sujet rejeté après le verbe étant le sujet réel. Voir p. 342.