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FAQ : heureux de et *normal de

1. « Être normal de ? »

Comme le mot de peut représenter différents éléments du discours (préposition, subordonnant d’infinitif, article), les ap­pre­nants FLE ont tendance à confondre certaines d’entre eux en présence d’un groupe de + adjectif. Exem­ple :

Il est heureux de partir.
Il est normal de partir.

Les deux phrases se ressemblent à première vue, pourtant elles sont totalement dif­fé­ren­tes. En effet, il existe des adjectifs qui peuvent se rapporter à un nom animé et avoir un com­plé­ment exprimant la cause (p. 36), exactement comme en finnois :

être heureux de qch, scandalisé de qch, étonné de qch, joyeux de qch, déçu de qch, ravi de qch, embarrassé de qch etc.
olla iloinen jostakin, tyrmistynyt jostakin, yllättynyt jos­ta­kin, pettynyt jostakin, hämmentynyt jostakin etc.

Il est heureux de ta venue. Hän on iloinen tulostasi.
Elle est ravie de votre réponse. Hän on hyvin iloinen teidän vastauksestanne.
Ils étaient embarrassés de cette proposition. He olivat hämmentyneitä siitä ehdotuksesta.

En revanche, il existe d’autres adjectifs qui ne se rapportent (en général) pas à un nom animé et ne peu­vent pas avoir de com­plé­ment exprimant la cause :

nécessaire, urgent, bon, égal, indifférent, navrant, surprenant, triste, amusant, anormal, bizarre, caractéristique, drôle, effarant, effrayant, étonnant, étrange, faux, impensable, important, inacceptable, inconcevable, invraisemblable, normal, regrettable, révélateur, scandaleux, utile, habituel, fréquent, rare, douteux, possible, impossible, peu probable, concevable, facile etc.

Ainsi, on ne peut pas dire *je suis normal de partir, tu es nécessaire d’accepter, pas plus qu’en finnois on ne peut dire *olet hyödyllinen lähdöstäsi, *hän on mahdoton lähteä, *tarpeellinen jostakin, *olla helppo jostakin etc.

Donc, dans la phrase Il est heureux de partir, le mot il est un pronom de 3e personne à antécédent GN à référent humain (et désigne par exem­ple le garçon), heureux est un adjectif attribut (predikatiivi) et de partir est le com­plé­ment de cet adjectif (hän on iloinen siitä, että pääsee lähtemään). Inversement, dans la phrase il est normal de partir, le mot il ne peut pas être un pronom anaphorique, car on ne peut pas dire *je suis normal de partir. Le pronom il ne peut être que le pronom impersonnel servant de marque de 3e personne (sujet apparent). Le groupe de partir est le sujet réel, de est le subordonnant d’in­fi­ni­tif (p. 464). Les éléments en couleur dans les exem­ples suivants sont les sujets des phrases (voir p. 342) :

Il est heureux de partir.
Hän on iloinen lähdöstään [siitä, että pääsee lähtemään]
Il est normal de partir.
On luonnollista lähteä. [tällaisessa tilanteessa tms.]

2. Adjectifs à double sens

Certains adjectifs peuvent cependant avoir deux interprétations : heureux onnellinen / suotuisa, mal­heu­reux surullinen / epäonninen / valitettava, honteux häpeissään / häpeällinen. Dans un tel cas, si le sujet du verbe être est il, une mê­me phrase peut s’interpréter de deux façons, selon que il est un pronom de 3e personne à référent GN (il = hän) ou un pronom impersonnel sujet apparent. Les phrases suivantes peuvent donc toutes s’interpréter de deux manières (p. 660 §1) :

Il est heureux que vous partiez.
Il est malheureux que vous n’ayez pas répondu.
Il est honteux que vous ayez refusé.

Le sens à donner à la phrase dépend et se déduit du contexte. Le nombre de ces adjectifs est cependant limité. De plus, ce problème n’existe évidemment pas avec d’autres pronoms : dans les phrases je suis hon­teux que..., elle est heureuse que... etc., les pronoms ne peuvent renvoyer qu’à un sujet non impersonnel. Cette double interprétation des adjectifs heureux, malheureux, et honteux est éga­le­ment possible dans les cons­truc­tions in­fi­ni­tives :

Il est malheureux d’avoir laissé passer cette occasion.
Hän on harmissaan siitä, että hän päästi tämän tilaisuuden käsistään. ou bien
On valitettavaa, että tämä tilaisuus päästettiin käsistä.

3. Avec ordre des mots normal

L’uti­li­sation d’un sujet apparent devant les verbes cités au point p. 345 §1 ne concerne que les cas où ces verbes sont employés avec un sujet réel postposé. On peut évidemment uti­li­ser un P3 à antécédent non GN cela/ça devant certains de ces verbes quand ce pronom est un véritable sujet :

Que ce soit le référent, le concept, le comportement ou l’usage qui corresponde au sens, cela importe peu ; le vrai problème ne se pose pas dans ces termes.
Vous pouvez prendre votre congé la semaine prochaine, cela nous convient parfaitement.
Si tu n’écris que deux pages, ça ne suffira pas pour faire un exposé vraiment solide.

Comparer aussi :

Il vaut mieux réserver un mois à l’avance.
Réserve au moins un mois à l’avance, ça vaut mieux.

Il n’y a donc pas de cons­truc­tion « figée » il vaut mieux qu’on emploie « mécaniquement ». Il y a un verbe valoir mieux, qu’on peut uti­li­ser de dif­fé­ren­tes façons, en fonction du sens.

4. Dans la langue courante

Il faut se rappeler éga­le­ment que certains de ces verbes ne sont pas très uti­li­sés dans le registre familier ou mê­me courant ; ci-dessous quelques suggestions d’équi­va­lents fréquents dans la langue courante (liste non exhaustive et non limitative) :

il semble que... → on dirait que..., il semblerait que...
il advient que → ça arrive que..., il y a des cas où...
il convient de in­fi­ni­tif → il y a intérêt à in­fi­ni­tif...
il convient que → il y a intérêt à ce que...
il importe que → ce qu’il faut, c’est que...
il suffit de in­fi­ni­tif → il n’y à qu’à in­fi­ni­tif...
il suffit que → tout ce qu’il faut, c’est que...