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FAQ : Qu’est-ce qu’il se passe ou qu’est-ce qui se passe ?

1. Description du problème

Comme il est expliqué p. 340 et p. 343, quand un verbe intransitif se construit avec sujet réel inversé (par ex­em­ple rester, se passer), un pronom impersonnel (il) est nécessaire pour marquer la personne du ver­be :

Il me reste cent euros.
Il se passe des choses graves.
Il ne s’est rien passé de grave.

Le sujet rejeté après le verbe peut aussi être une proposition complétive (p. 344) :

Il reste que vous avez eu raison de ne pas vous presser.
Il se passe que la notation au bac devient de plus en plus généreuse.

Quand le sujet, par exem­ple un nom, est placé devant le verbe, le pronom sujet apparent il devient évi­dem­ment inutile (p. 343 §3) :

Cent euros me restent pour payer le voyage.
Des choses graves se passent.

Le sujet peut donc être un GN, mais aussi par exem­ple un pronom de 3e personne, un pronom relatif ou un pronom interrogatif :

Ces évènements se sont passés l’an dernier.
Ils se sont passés l’an dernier.
Les évènements qui se sont passés l’an dernier.
Qu’est-ce qui s’est passé l’an dernier ?
Personne ne sait exactement ce qui s’est passé.

Ces cent francs suisses me sont restés du voyage de l’an dernier.
Ils me sont restés du voyage de l’an dernier.
Les cent francs suisses qui me sont restés du voyage de l’an dernier.
Qu’est-ce qui te reste du voyage de l’an dernier ?
Je ne sais pas exactement ce qui me reste de la somme que j’avais changée.

2. Erreurs typiques

Cette règle est simple et régulière. Malgré cela, elle est source de dif­fi­cul­tés pour les usagers fran­co­pho­nes. On trouve en effet constamment, dans toute forme d’écrit (romans, presse écrite, textes ad­mi­nis­tra­tifs, Internet, etc.) des propositions relatives et des interrogatives dans lesquelles il y a à la fois un sujet normal qui et un sujet apparent il. Les formes

*Qu’est-ce qu’il se passe ?
*Personne ne sait ce qu’il se passe.
*Ce qu’il se passe, c’est que...

sont extrêmement nombreuses (des centaines de milliers d’occurrences sur Internet pour les deux premières, des milliers pour ce qu’il se passe, c’est que, juin 2012). On trouve des erreurs cor­res­pon­dan­tes éga­le­ment avec rester, ainsi cette phrase tirée d’un roman de 2005, qui n’est qu’un exem­ple parmi des milliers d’autres :

Mon père me disait « garde tes peines pour toi, elles sont tout ce qu’il te reste lorsque tu as tout perdu ».
[forme attendue : tout ce qui te reste].

3. Explication

Cette erreur s’explique par deux facteurs.

a. Prononciation

Dans la langue parlée, le l final du pronom il se prononce couramment [i] devant consonne (p. 588 §2, voir aussi Phonétique p. 40 §2c) :

il tape [itap]
ils disent [idiz]

La chute du l a pour conséquence que, devant consonne, le groupe qu’il(s) se prononce de la mê­me ma­niè­re que qui (p. 588 §2nb) :

les gens qui voient [leʒɑ̃kivwa]
les gens qu’ils voient [leʒɑ̃kivwa]
celle qui le connait [sɛlkilkonɛ]
celle qu’il connait [sɛlkilkonɛ]

Sur ce modèle, beaucoup d’usagers confondent donc qui et qu’ils dans des structures similaires et in­ven­tent une forme en il. En effet, elle se prononcerait de la mê­me manière que la forme avec qui :

  Qu’est-ce qui se passe ? [kɛskispas]  Ce qui se passe... [skispas]
*Qu’est-ce qu’il se passe ? [kɛskispas]*Ce qu’il se passe... [skispas]

On trouve éga­le­ment :

On ne sait pas ce qui s’est passé orthographié *On ne sait pas ce qu’il s’est passé.
Ce qui reste de cette analyse... orthographié *Ce qu’il reste de cette analyse…
Qu’est-ce qui reste ? orthographié *Qu’est-ce qu’il reste ? etc.

b. Forme du pronom interrogatif neutre (que)

Deuxièmement, la graphie en question est favorisée par le fait que dans l’interrogation avec inversion (sujet apparent il placé après le verbe) le pronom interrogatif neutre (quoi) en fonction de sujet réel est à la forme que (p. 538) :

Qu’est-ce qui reste ? = Que reste-t-il ?
Qu’est-ce qui se passe ? = Que se passe-t-il ?

Dans l’esprit de nombreux usagers, puisqu’on dit :

Que se passe-t-il ? – Il se passe qu’on nous a volé une importante somme d’argent.

et puisque la suite phonique [ki] peut transcrire qu’il, il s’ensuit que la forme écrite de la question pro­non­cée [kɛskispas] doit logiquement être :

*Qu’est-ce qu’il se passe ?

C’est cette déduction erronée, qui est due à un phénomène d’hypercorrectisme (p. 583), qui explique la fré­quence particulièrement élevée des questions *qu’est-ce qu’il se passe ? qu’on peut lire ou entendre chez des locuteurs de tout type et de tout niveau de culture. Cependant, malgré la fréquence de ces for­mes hy­per­correctes, la norme du français standard reste la forme :

Qu’est-ce qui se passe ? et non pas
*Qu’est-ce qu’il se passe ?

4. Cas de rester

En ce qui concerne le verbe rester, il y a cependant des cas dans lesquels les deux formes sont possibles, c’est quand le verbe rester est suivi d’un autre verbe :

Il reste à analyser...
Il reste à faire...

En effet, dans ce cas-là, le pronom relatif peut être qui ou que, car la cons­truc­tion peut avoir deux in­ter­pré­tations dif­fé­ren­tes. Comparer :

(a)  Trois choses me restent à faire. [Trois choses est sujet de restent à faire]
(a') Ce qui me reste à faire... [qui est sujet de reste à faire]

(b)  Il me reste à faire trois choses. [trois choses est le COD du verbe faire]
(b') Ce qu’il me reste à faire... [qu’ est le COD du verbe faire]

Le cas (a) avec ce qui me reste sujet est moins uti­li­sé (sauf dans l’interrogation directe dans la langue courante) que la variante (b) avec sujet apparent et rejet du sujet réel après le verbe ce qu’il me reste. Il est à noter que dans tous les exem­ples suivants, le pronom que est le COD des verbes indiqués en couleur :

Qu’est-ce qu’il te reste à faire ?
Que nous reste-t-il à analyser ?
Les trois textes qu’il nous reste à commenter sont ceux qui sont les plus difficiles du point de vue de la langue.
Tout ce qu’il vous reste à faire, c’est de rédiger une bonne conclusion.
Tourné vers l’introspection et la spiritualité, pressentant l’importance de ce qu’il lui restait à écrire pour « les temps à venir », Beethoven trouve la force de surmonter ces épreuves pour entamer une dernière période créatrice.

Dans ce cas aussi, l’analogie entre tout ce qu’il te reste à faire (ainoa asia, joka sinun pitää tehdä) et tout ce qui te reste (kaik­ki mitä sinulle jää jäljelle) explique l’hypercorrectisme dans l’exem­ple cité plus haut :

Mon père me disait garde tes peines pour toi, elles sont tout ce*qu’il te reste lorsque tu as tout perdu.