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398. Les verbes à pronom réfléchi

1. Terminologie

Dans la terminologie grammaticale française, on regroupe fréquemment sous le nom de « verbes pro­no­minaux » les verbes formés avec les formes réfléchies des pronoms personnels (p. 308). En finnois, on ap­pelle ces verbes refleksiiviset verbit. Or, d’une part, tous les verbes avec pronom réfléchi n’ont pas un sens réfléchi (voir ci-dessous) ; d’autre part, le terme de verbe pronominal conviendrait bien mieux à des verbes comme y aller, en appeler, l’emporter etc., dans lesquels le pronom est devenu un simple élément morphologique du verbe (voir p. 289), ou alors uniquement à des verbes essentiellement pronominaux comme s’enfuir. C’est pourquoi on uti­li­se ici le terme plus générique de verbes à pronom réfléchi, qui décrit simplement la forme. Comme leur nom l’indique, ces verbes à pronom réfléchi se construisent avec les formes objet des pronoms personnels me te nous vous et la forme réfléchie spécifique du P3 objet se (voir p. 308) :

laver → se laver, regarder → je me regarde, suivre → nous nous suivons, etc.

Important !

Les temps composés de tous les verbes avec pronom réfléchi, quel que soit leur sens (ré­flé­chi, ré­ci­pro­que, idiomatique etc.) se forment toujours avec l’auxiliaire être (voir conjugaison de se laver p. 916). Il n’y aucune exception :

je me suis lavée, ils s’étaient téléphoné, vous vous seriez disputés etc.

2. Valeur réfléchie

Quand on uti­li­se le verbe avec un sens réfléchi, l’action est « réfléchie » (heijastuu) vers le sujet. Il y a deux possibilités :

– le COD représente le mê­me actant que le sujet ; le sujet du verbe transitif direct exerce l’action sur lui-mê­me :

préparer valmistaa : je me prépare (valmistan itseni = valmistaudun)
laver : elle se lave (hän pesee itsensä = hän peseytyy).

– le sujet du verbe transitif exerce l’action sur un objet (au sens de kohde) autre que lui-mê­me, le pronom réfléchi renvoie au sujet de l’action en fonction de COI. Pour exprimer la valeur réfléchie, en finnois on uti­li­se souvent dans ces cas itselleen ou itseltään etc.  :

demander qqch à qqn → demander qqch à soi-mê­me → se demander qqch
faire : Je me suis fait un petit cahier.
accorder qqch à : Nous nous sommes accordé un peu de repos.
poser une question à : Il se pose la question. Hän kysyy sitä itseltään.

Sur l’accord du participe dans le cas de ces verbes, voir p. 495 §1.

3. Emploi réfléchi occasionnel

De nombreux verbes transitifs peuvent ainsi s’employer avec un pronom réfléchi indiquant le des­ti­na­taire ou le bénéficiaire de l’action, par exemple : Je me suis fait un sandwich (laitoin itselleni voileivän). Dans ce cas, le pronom réfléchi indique que le sujet fait quelque chose pour lui-mê­me (en finnois itselleen). Quand le verbe est employé avec un pronom réfléchi, il se produit certains changements par rapport à un objet non réfléchi :

Comparer :

Elle m’a acheté des chaussures. Hän osti minulle kengät.
Je me suis acheté des chaussures. Ostin itselleni kengät.
Je te fabriquerai une étagère. Rakennan sinulle hyllykön.
Tu te fabriqueras une étagère. Rakennat itsellesi hyllykön.
Les enfants lui ont construit une cabane. Lapset rakensivat hänelle majan
Les enfants se sont construit une cabane. Lapset rakensivat itselleen majan.
Je lui ai demandé si c’était une bonne idée. Kysyin häneltä, onko se hyvä ajatus.
Il s’est demandé si c’était une bonne idée. Hän ihmetteli [kysyi itseltään], onko se hyvä ajatus.

Il est donc inutile de considérer qu’il existe une « forme réfléchie » du verbe faire, confectionner, construire, acheter, envoyer etc., comme le font de nombreux dictionnaires et certaines grammaires. C’est un emploi banal de ces verbes avec un COI, simplement le COI est ici réfléchi ou réciproque, au lieu d’être lui, leur, etc. Il existe bien un emploi réfléchi de faire, avec un sens proprement réfléchi (« se faire soi-mê­me », se « développer ») : Ce garçon s’est fait. (Poika on jo hieman miehistynyt). Dans des phrases telles que les suivantes, il est tout à fait abusif de parler de verbe réfléchi ; c’est le pronom (l’objet) qui est réfléchi :

Je me suis fait un chapeau avec un journal plié.
Il s’est découvert une passion pour l’astronomie.

4. Valeur réciproque

Les verbes uti­li­sés dans un sens réciproque (vastavuoroinen, resiprookkinen) ont un sujet pluriel et les sujets exercent l’action les uns sur les autres. En finnois, on uti­li­se dans ce cas toinen toisensa :

objet direct
Nous nous voyons tous les jours.
Ils ne se sont pas compris.
Ils se sont suivis.
objet in­di­rect
Elles s’écrivent tous les jours (écrire à).
Ils se ressemblent beaucoup. He muistuttavat paljon toisiaan (ressembler à).
Les images se succèdent rapidement. Kuvat seuraavat nopeasti toisiaan (succéder à).
Les deux amis s’envoient des textos. Ystävykset lähettävät toisilleen tekstareita (envoyer à).
Ils ne se cachent aucun secret. He eivät salaa toisiltaan mitään (cacher à).
On s’est envoyé des lettres.

La dif­fé­ren­ce entre la valeur réfléchie et la valeur réciproque dépend du sens du verbe. Certains énoncés peuvent avoir deux interprétations. Une phrase comme ils se regardent dans un miroir peut, en fonction du contexte, avoir un sens réfléchi (he katsovat itseään peilistä) ou réciproque (he katsovat toisiaan peilistä).

Attention aussi aux dif­fé­ren­ces de cons­truc­tion entre le finnois et le français (cacher à qqn, finnois salata joltakulta), voir faq p. 211.