Vous êtes ici : Les verbes » La conjugaison des verbes » Les verbes à pronom réfléchi
399. Valeur intransitive des verbes à pronom réfléchi

1. Valeur intransitive

Dans le cas de nombreux verbes, la forme avec pronom réfléchi correspond en quelque sorte à une forme intran­sitive du verbe, car le processus décrit par le verbe n’est pas vu réellement comme une action que le sujet exerce sur lui-mê­me. Dans cet emploi, le pronom réfléchi indique que le procès décrit par le verbe (sujet, verbe, objet) se trouve entièrement dans la sphère du sujet, comme si le sujet exerçait lui-mê­me l’action. C’est le cas par exem­ple des verbes comme se lever, se coucher, s’assoir, s’endormir, se rétrécir, se répandre, se voir etc. C’est aussi le mê­me processus qui explique l’emploi des verbes comme se blesser, se tuer, etc. (§2 ci-dessous) etc. :

L’église, dont le clocher était entièrement doré, se voyait de très loin.
Pendant la seconde moitié du XVIIe siècle, sous le règne du Roi Soleil, s’est répandue, surtout chez les hommes, la mode des dentelles précieuses cousues.
Elle détourna les yeux une seconde, pour s’assurer qu’aucun danger ne se profilait à l’horizon.
Le soleil ne se lèvera plus à Utsjoki avant le 13 janvier.
Les ordres superposés et les arcades, typiquement Renaissance, se rencontrent de plus en plus souvent.
Nous savons dû rouler prudemment, parce que par endroit la route se rétrécissait dangereusement.

Cette valeur intransitive du verbe à pronm réfléchi est souvent source d’erreurs chez les fin­no­pho­nes, car un certain nombre de verbes intransitifs finnois en -UA- ou -UtuA, mais aussi d’autres (nousta), cor­res­pondent à des verbes avec pro­nom réfléchi (nousta se lever, kääntyä se tourner, lisääntyä se ré­pan­dre), alors que d’autres correspondent à des verbes in­tran­si­tifs simples, sans pronom réfléchi (lisääntyä aug­menter, muuttua changer), voir faq p. 402 §2.

2. Valeur intransitive « passive »

Certains verbes s’emploient avec un pronom réfléchi pour exprimer que le sujet a été victime d’un évè­nement fâcheux, dont il peut éventuellement être responsable ou non, mais qu’il n’a pas fait en exer­çant volontairement l’action sur lui-mê­me : se tuer, se blesser, se faire mal, se casser la jambe etc. Il subit en quelque sorte l’action de façon passive (voir aussi la construction se faire + infinitif p. 452). Ne pas con­fon­dre cet emploi avec la valeur de verbe passif ou impersonnel, p. 400. Ces verbes correspondent sou­vent à des verbes intransitifs en finnois (se tuer kuolla, se blesser loukkaantua etc.) :

Anaelle s’est fracturé le nez en faisant de la planche à voile.
Un alpiniste allemand s’est tué jeudi sur le Mont-Blanc du côté italien.
Une femme de Longueuil qui s’est fracturé un poignet et un coude en raison d’une chute sur un trottoir va obtenir 112 000 dollars [canadiens] en dommages et intérêts.
Il s’est blessé à la jambe en tondant le gazon.
Ne joue pas avec ce couteau, tu vas finir par te faire mal !

Cet emploi est très fréquent (notamment pour se tuer, dans des titres de journaux, dans le sens du finnois saada surmansa) et il peut prêter à confusion. Ainsi la phrase

Il s’est tué dans un accident de moto.

doit se comprendre ainsi :

Hän sai surmansa/kuoli moottoripyöräonnettomuudessa.
et non pas
Hän teki itsemurhan/tappoi itsensä moottoripyöräonnettomuudessa.

Dans d’autres cas, le verbe peut évidemment aussi avoir un sens véritablement transitif (action volontaire du sujet sur lui-mê­me) :

Je ne sais pas si elle voulait se punir de n’avoir pas su garder son homme, ou si elle voulait se faire mal physiquement pour moins ressentir la douleur qui lui arrachait le cœur.

Il faut donc savoir interpréter la valeur du verbe « réfléchi » en fonction du contexte.