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409. Le passé composé et le passé simple

1. Les temps de la narration du passé

Les temps narratifs du passé sont des temps qui indiquent une succession d’évènements que l’on peut définir comme des points sur une ligne séquentielle :

------E1------E2------E3------E4------E5------E6------E7------

Les évènements E1, E2 etc., se suivent dans la ligne de la narration, qu’il ne faut pas confondre avec la ligne T du temps : le cerveau humain ne peut traiter la parole (entendue ou prononcée) que de manière linéaire et séquentielle. La narration aligne donc les évènements sous forme de séquence. L’ordre dans lequel les évènements sont présentés ne correspond pas forcément à l’ordre réel. Ce qui compte, c’est que ces évènements sont « énumérés » dans un ordre donné. Les temps verbaux servant à se faire succéder ces évènements dans la narration sont le passé simple et le passé composé.

2. Le passé composé

Le passé composé est formé avec le présent de l’auxiliaire et le participe passé. Cette caractéris­tique morphologique fait que le passé composé est toujours rattaché d’une manière ou d’une autre au présent de l’énonciation. Ce temps a deux valeurs essentielles :

– c’est le temps de la narration des évènements passés dans le discours (p. 501), en situation de deixis. Quand on rapporte une succession d’évènements dans la langue parlée, dans la presse, dans une lettre, dans un courriel etc., on uti­li­se le passé composé, et, en finnois, le prétérit (imperfekti) :

De bon matin, nous sommes partis en bus pour une visite de la route en longeant le lac Léman jusqu’à Montreux. Nous avons découvert des petits villages pittoresques. L’après-midi, nous sommes allés en train aux Pléiades. Après un bon bol d’air, nous avons été conviés à un apéritif au bâtiment forestier de la commune. La journée s’est terminée sur un bon repas offert par l’association. [adapté d’un blog suisse]

– cette relation avec le présent explique la deuxième valeur du passé composé, celle « d’action passée dont les conséquences durent encore ». Dans ce cas, en finnois on uti­li­se le parfait (perfekti) :

L’Union européenne a établi une nouvelle stabilité en Europe.
La découverte de ce médicament a permis de prolonger notablement la vie des patients.

3. Le passé simple

Le passé simple s’uti­li­se comme temps de la narration dans l’énonciation de récit (par opposition à discours, voir p. 501), en dehors de la situation de deixis. On pourrait dire en quelque sorte que le passé simple est le temps de la narration « artificielle », car il se rattache toujours à une narration qui se pose comme narration, qui se dit comme narration (roman, récit journalistique ou historique, etc.), qui ne fait plus partie du système du présent, mais d’une ligne de narration virtuelle. Le passé simple est le temps du non-déictique, c’est un passé qui se place à un niveau temporel indéfini par rapport au « je ici et main­te­nant » du locuteur (cf. l’ancien nom de « passé indéfini »). C’est typi­quement le passé de la narration écrite romanesque ou du récit historique. En français moderne, le passé simple s’uti­li­se ex­clu­si­ve­ment à l’écrit (en dehors des emplois signalés p. 412 2b). Exem­ple de narration écrite au passé simple :

Le maitre d’hôtel vint apporter à Ursule une feuille de papier qu’elle déplia et lut en pâlissant. Michel la vit jeter des regards affolés derrière lui. Elle se pencha : « Il faut qu’on s’en aille tout de suite ! » [...] Elle sortit de son sac deux billets qu’elle laissa sur la table. Elle prit Michel par la main et l’entraina dans la salle. Quelqu’un cria « Marie ! » Michel sentit la pression de la main d’Ursule. Il se retourna. Un homme les rattrapa. Ursule s’arrêta net. (F. Weyergans, Rire et pleurer)

Le mê­me récit relaté à l’oral par quelqu’un serait au passé composé :

Le maitre d’hôtel est venu apporter à Ursule une feuille de papier qu’elle a dépliée et lue en pâlissant. Michel l’a vue jeter des regards affolés derrière lui. Elle s’est penchée : « Il faut qu’on s’en aille tout de suite ! Je t’expliquerai après. Dépêche-toi ! Suis-moi ! » Elle a sorti de son sac deux billets qu’elle a laissés sur la table. Elle a pris Michel par la main et l’a entrainé dans la salle. Etc.

Dans les deux cas (écrit ou oral), en finnois on uti­li­se le prétérit.